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College

LONDON

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KING’S COLLEGE LONDON

ANNALES

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MUSÉUM NATIONAL

D’HISTOIRE NATURELLE,

PAR

LES PROFESSEURS DE CET É T A B L I S SEMEN T. OUVRAGE ORNÉ DE GRAVURES.

TOME PREMIER.

Chez les frères LEVRAULT, Libraires, quai MALAQUAIS3 Et a Strasbourg , chez les mêmes.

an ai. (1802).

NOMS DES PROFESSEURS .

Les Citoyens ,

Haüy

Fauj as-Saint-Fond Fourcroy . . Brongniart . Desfontaines A. L. Jussieu A. Thouin . Geoffroy . , .

XjACÉPÈDE.. .

Lamarck . .

PoRTAE

Mertrud

Cuvier , Prof, adjoint . Yansfaenuonck . , .

}

Minéralogie

Géologie , ou Histoire naturelle du globe. Chimie générale.

Chimie des Arts.

Botanique au Muséum.

Botanique à la campagne.

Culture et naturalisation des végétaux.

Mammifères et oiseaux }

Reptiles et poissons ( 20cq0 j

Insectes, coquilles, madrépores (

etc . . j

Anatomie de l’homme.

Anatomie des animaux.

Iconographie, ou l’art de peindre et dS^Çv dessiner les productions de la Nature.

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in 2015

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*5

PLAN DU MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRK NATURELLE DANS SON ORIGINE

SUR

LE MUSEUM

D’ HISTOIRE NATURELLE. PAR A. L. JUSSIEU,

§ I. Depuis sa fondation jusqu’en 1 6 4 3 .

A u moment les professeurs du Muséum d’Histoire naturelle se réunissent pour publier les Annales de l’établis- sement confié à leurs soins , ils se disposent à présenter au public les découvertes faites dans la science qu’ils cul- tivent ? et la description des objets nouveaux } il a paru convenable d’y joindre une notice historique ( 1 ) sur la fondation du Muséum , sur son institution 9 sur ses divers accroissemens ? sur la forme et l’étendue de son ensei- gnement aux différentes époques de son existence , et sur les hommes recommandables qui ont contribué à son

(i) Cette histoire du Muséum devant faire partie de ses Annales , et être publiée dans les cahiers qui paroîtront successivement, sera partagée en plusieurs parties assez circonscrites pour occuper peu de place dans chaque livraison.

I

2

ANNALES DU MUSÉUM

illustration. On verra , peut - être avec quelque intérêt , comment un jardin, d’abord d’une petite étendue, possédant à peine quinze cents espèces de plantes vivantes , avec quelques objets de Matière médicale renfermés dans un droguier , est devenu un établissement national de première ligne , contenant l’école de plantes vivantes la plus riche en espèces, le cabinet d’histoire naturelle le plus complet dans ^ensemble de ses parties , une collection d’anatomie compa- rée unique dans son genre , et une ménagerie d’animaux vivans , qui commence à mériter l’attention publique ; com- ment l’instruction, d’abord concentrée dans le règne végétal, s’est étendue successivement aux trois règnes , avec les dé- veloppemens qui doivent , dans ce lieu , faciliter aux élèves l’étude approfondie de toutes les branches de la science de la Nature.

Cependant des oppositions d’un corps enseignant , qui vouloit conserver exclusivement le droit d’instruire , ont contrarié cette institution naissante. Sa marche a été ou ralentie ou même quelquefois rétrograde par suite de la né- gligence , de l’impéritie , ou de la malversation de quelques administrateurs , qui détruisoient le bien opéré par leurs prédécesseurs. L’exposition abrégée de ceux de ces faits qu’il ne sera pas possible de taire , d’une part ajoutera quelques traits à l’histoire des progrès de la science et à celle des corps littéraires qui s’attribuent quelques privilèges 5 de l’autre , elle fixera peut-être les idées sur la meilleure forme d’administration à introduire ou à maintenir dans un éta- blissement qui ne peut subsister que par le concours des lumières de plusieurs hommes amis des sciences , dont les talens divers doivent être dirigés vers un même but.

DJ HISTOIRE NATURELLE. 3

L’existence des jardins consacrés à l’étude des plantes ne remonte pas très-haut. Le premier fondé a été celui de Padoue en i54o ; ceux de Bologne et de Pise le furent en 1 5 4 7 ; celui de Leyde en 1 6 6 o . Henri IV en avoit établi un à Montpellier en 1^98 , et il avoit confié le soin de le former à Richer de Belleval , qui publia la même année un catalogue des plantes rassemblées dans ce nouveau local. « On s’étoit aperçu, dit Fontenelle (i), que la botanique , si nécessaire à la médecine , devoit être étudiée , non dans les livres des anciens , elle est confuse , défigurée et imparfaite , mais sur la nature. . . . On avoit aussi vu que le travail d’aller étudier les plantes dans les campagnes étoit immense , et qu’il seroit d’une extrême commodité d’en rassembler le plus grand nombre qu’il se pourroit dans quelque jardin qui deviendrait le livre commun de tous les étudians , et le seul livre infaillible. Ce fut dans cette vue que Henri IV fît construire le jardin de Montpellier , dont l’utilité se rendit bientôt très - sensible , et qui donna un nouveau lustre à la faculté de médecine de cette ville ». Celle de Paris avoit aussi formé , en 1 5y<j (2), un jardin pareil, et l’on retrouve dans ses registres la note des sommes qu’elle paya à Jean Robin jardinier, pour en tracer les

(1) Eloge de Fagon , Acad, des Sc. 1718, p. 94.

(2) Die 3oa. octob. 1 597, ex decreto facultatis Decanus egit cum Joanne Robin de construendâ area et simplicibus excolendis , et cum illo de honorario convenir , ipsique pro terrœ pin guis exportatione in aream , horti culturâ, semini- bus , plantis et aliis impensis necessariis , persolvit y?> liv. 1 s. 6 d. ; pro stipendiis anni exacti die D. Remigii 1598, 36 liv. Notandum adliuc ab illo anno 1598, à singulis Baccalaureis exigi singulis annis nummum aureum , hoc est 3 liv. pro horto.

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1

4 ANNALES DU MUSÉUM

plate - bandes , et y faire les travaux et semis nécessaires. Mais il paroît que le local trop resserré ne permit pas de donner à cette culture le développement nécessaire , ni d’y rassembler un nombre de plantes suffisant pour des dé- monstrations'.

Robin possédoit lui - même dans Paris un jardin assez étendu , dans lequel il cultivoit et plantoit les fleurs les plus belles et les plus rares pour servir de modèles aux dessina- teurs et aux ouvrages en broderie très -communs vers la fin du seizième siècle. Il publia , en 1601 , un catalogue latin de ce jardin, contenant environ i3oo plantes, et le dédia à la faculté de médecine. Henri IV et Louis XIII favori- sèrent Robin , contribuèrent à ses frais de culture , et lui donnèrent le titre de leur botaniste et de leur simpliciste.

Il obtint les mêmes avantages pour son fils Vespasien Robin , qu’il s’associa. Celui-ci devint célèbre par le même genre de travaux, et par un nouveau catalogue latin de 1800 plantes cultivées en 1624 dans le même jardin.

Gui de la Brosse ( 1 ) , l’un des médecins ordinaires de Louis XIII, jaloux de voir des villes et même des particu- liers posséder des collections de plantes vivantes } conçut le dessein de faire établir à Paris un jardin public l’on ras- sembleroit des plantes de tous les pays peur les cultiver et en faire la démonstration. Après avoir médité long-temps . cette idée , il la communiqua à Hérouard , premier médecin de Louis XIII, qui, pénétré de son utilité^ obtint du roi, en

(1) Il étoit originaire d’une bonne famille de Bretagne , et petit-fils d’un mé- decin ordinaire de Henri IV. Voy. Discours de Ant. de Jussieu sur les progrès de la botanique au jardin royal de Paris , 1718, in- 4°.

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d’ histoire naturelle.

i 62.6 y des lettres-patentes enregistrées au parlement, por- tant création d’un Jardin des plantes dans un des faubourgs de Paris , duquel le premier médecin et ses successeurs seroient surintendans , avec le pouvoir à eux donné de choisir un intendant de ce jardin, chargé de la direction et de la culture. La Brosse fut nommé intendant par Hérouard , et confirmé par le roi.

Quelques obstacles , et particulièrement la mort de Hérouard en 1628, retardèrent l’exécution de ces lettres-patentes. Ils furent levés par l’activité de la Brosse, qui obtint l’assentiment de Charles Bouvard, nouveau premier médecin, et inspira à MM. de Bullion et Bouthillier, surintendans des finances^ pour l’établissement de ce jardin , un intérêt tel qu’ils pro- mirent de faire les fonds pour l’acquisition du local et pour son entretien. Alors il leur proposa un terrain d’environ vingt- quatre arpens de surface, situé dans le faubourg Saint-Victor^ non loin de la rivière , ayant deux entrées sur la grande rue du faubourg , consistant en plusieurs corps de logis , cours, celliers , pressoirs , jardins , bois et buttes , plantés en vignes , cyprès , arbres fruitiers et autres , le tout clos de murs , etc. , appartenant aux enfans et héritiers de Daniel Voisin, greffier criminel au parlement de Paris. Cette pro- priété, qui relevoit en partie des religieux de Sainte-Geneviève, et en partie du fief de Coppeaux , fut acquise au nom du roi par les surintendans des finances , moyennant la somme de 67,000 liv. , par contrat du 2 1 février 1 633 , chez Cornuel, notaire.

La faculté de médecine de Paris, instruite de cette acquisi- tion , s’adressa à Bouvard , qu’elle comptoit parmi ses membres , pour obtenir de lui que, prenant les intérêts de son corps, il

6

ANNALES DU MUSÉUM ne permît point à la Brosse, empirique ét?'a?iger , d’enseigner la botanique dans les jardins royaux, et que, parmi trois ou quatre docteurs présentés par elle , il choisit les professeurs , lesquels seraient renouvelés après quatre ans , afin que tous pussent participer à cet honneur. Bouvard fit aux députés du corps des promesses consignées dans ses registres ; il ajouta qu’il désirait faire joindre à la démonstration de l’extérieur des plantes, celle de la composition des inédicamens. Comme il parut bientôt oublier une partie de ses promesses , la faculté fit des démarches auprès du cardinal de Richelieu , et dans une audience obtenue par l’entremise de Citois , son médecin, elle lui demanda un collège, un amphithéâtre, et un jardin des plantes. Le cardinal promit , comme avoit fait le premier médecin ; il demanda même un plan de l’établissement à former, avec l’indication du lieu il pourroit être placé. Le plan fut bientôt tracé ; l’île Saint-Louis , moins habitée qu’elle ne l’est maintenant , fut indiquée comme le local le plus con- venable. Mais il arriva dans cette circonstance ce qui arrive presque toujours dans les affaires auxquelles les gouvernans attachent peu d’importance : la demande et le plan furent mis à part pour être examinés à loisir , c’est-à-dire , ils furent bientôt oubliés. Bouvard , stimulé par la Brosse , sollicita la ratification de l’acquisition du terrain. Elle fut accordée par un édit du mois de mai 1 635 , également enregistré.

Comme cet édit renferme plusieurs articles relatifs à l’objet de la fondation , aux dépenses générales , à la nomination et aux devoirs des divers fonctionnaires , et peut être regardé comme la première constitution de l’établissement , laquelle a été suivie en partie jusqu’à nos jours, nous croyons devoir en présenter ici textuellement les principales dispositions.

d’ HISTOIRE NATURELLE. 7

Sur l’avis qui nous a été donné , dit Pacte ? par le feu sieur Hèrouard . . . ^ et le sieur la Brosse . . . ? de l’utilité et néces- sité qu’il y a d’établir à Paris un jardin de plantes médici- nales ? tant pour l’instruction des écoliers en médecine que pour V utilité publique y nous nous y serions entièrement portés : et aurions , par notre édit de janvier 1626...., ordonné qu’en un faubourg de la ville seroit choisi un lieu propre pour ce dessein. . . . ; et le sieur Bouvard succé- dant . ... au sieur Hèrouard y auroit chargé le sieur la Brosse . ... de chercher . ... un lieu propre ... ; à quoi ayant travaillé , il n’ auroit trouvé lieu plus convenable . . . que la maison appartenante aux héritiers de feu sieur Voi- sin ...._, laquelle auroit été acquise pour nous , par . . . ? surintendans de nos fnances. . . . En conséquence de quoi le sieur Bouvard nous auroit supplié d’ accorder nos lettres de ratification. ... ; et outre y attendu que l’on n’enseigne pouit dans Paris y non plus qu’es autres écoles de médecine du royaume , les écoliers à faire les opérations de pharma- cie / d’où procède une infnité d’erreurs des médecins en leur pratique et ordonnance , et d’abus ordinales des apo- thicairesj, leurs ministres en exécution d’icelles y à la ruine de la santé et de la vie de nos sujets ; ledit sieur Bouvard , ayant pouvoir . ... de nous nommer telles personnes qu’il jugera plus propres. . . . Nous auroit encore supplié .... que trois docteurs y par lui choisis y des plus capables de la faculté de Paris } et non d’autres ? soient par nous pourvus pour faire aux écoliers la démonstration de l’inté- rieur des plantes , et de tous les médicamens y tant simples que composés y qui consiste en l’ enseignement de leur essence y propriétés et usages y et pour travailler manuellement en

8 ANNALES DU MUSEUM

toutes opérations pharmaceutiques , choix , préparations et compositions de toutes sortes de drogues , tant par voie simple et ordinaire que chimique .... ; Et que notre bon plaisir soit aussi de créer un sous-démonstrateur pour aider audit de la Brosse à faire la démonstration extérieure des plantes : A ces causes , inclinant aux supplications dudit sieur Bouvard . ... , et déclarant n’avoir d’autre intention que de vouloir que les écoliers soient autant instruits sur l’intérieur des plantes .... que sur l’ extérieur . . . ; avons . . . ratifié et confirmé. . . . ledit contrat d’acquisition. . . ; con- firmons ledit Bouvard et ses successeurs nos premiers méde- cins , en la surintendance dudit jardin , et , sous lui , la nomination et provision dudit la Brosse en l’intendance d’icehd. . . . Et d’autant qu’il importe grandement à la con- servation et entretien dudit jardin , à l’avenir , de mettre en ladite charge d’intendant personnes capables , bien versées en la connoissance et culture des plantes : Nous , désirant gratifier et reconnaître .... les soins , vigilance , assiduités et affections que rend ledit Bouvard . . . . près notre per- sonne , pour la conservation de notice santé ; voulons que Michel Bouvard son fils , par lui instruit et dressé , suc- cède à ladite charge d’ intendant , après le décès dudit la Bios se , et qu’à cette fin , dès à présent , lettres de provi- sion hd soient expédiées à titre de survivance , sur la dé- mission de la Brosse , pour après son décès e?i jouir .... aux mêmes gages y honneurs.... En outre , avons créé... , en tit7'e d’office , trois de nos conseillers médecins de la Faculté de Paris et non d’autres, qui auront la qualité de démons- trateurs et opérateurs pharmaceutiques en notre jardin , pour faire la démonstration de l’intérieur des plantes . . . ?

d’ HISTOIRE NATURELLE. (f

- et pour travailler .... en toutes opérations pharmaceu- tiques , tant ordinaires que chimiques , qui seront jugées nécessaires pour instruire les écoliers y de tout point 9 en la science et opération manuelle de pharmacie . Esquels ojjîces il sera par jious pourvu , quant à présent y sur la nomina- tion dudit Bouvard ? des personnes de M. Jacques Cou- sinot (1) et Urbain Baudineau (2) y nos conseillers méde- cins ordinaires , docteurs de la Faculté de Paris ; et pour le troisième 9 nous voulons y être pourvu aussi par nous pour cette fois seulement ? de la personne de M. Marin Cureau de la Chambre (3) , aussi notre conseiller et méde- cin ordinaire 9 de la Faculté de Montpellier y sans que la provision dudit de la Chambre puisse tirer à conséquence ni déroger audit édit. . . .

(1) Cousinot , gendre de Bouvard, fut de son consentement premier médecin de Louis XIV , à son avènement au trône en i643 , et laissa à son beau-père la surintendance du jardin des plantes. Il mourut en juin 1646 ; et , à raison de ses infirmités , il fut remplacé , deux mois avant sa mort , par Vautier. On ne trouve aucune indication de son exercice de la place de démonstrateur à laquelle il avoit été nommé. Bouvard lui survécut jusqu’en 1 658.

(2) Baudineau , docteur en 1627 , mourut en 1669 , très-regretté de la Faculté. JDoctor melioris notœ et insignis prudentiœ , de scholâ optimè meritus. Cet éloge peut faire croire qu’il n’exerça pas une place qui auroit pu le rendre moins agréable à son corps.

(3) Cureau de la Chambre, admis par Richelieu comme littérateur dans la première formation de l’Académie française en 1 635 , fut aussi l’un des physiciens de l’Aca- démie des sciences créée en 1666. Il traita, dans ses écrits très-variés, de l’homme et de ses passions , de l’ame , de la connoissance des animaux , de leurs affections , de la lumière , de l’iris, du débordement du Nil. Ces divers omvrages , conformes aux opinions du temps , ont été oubliés avec elles , et n’ont , dit Condorcet , que le mérite , alors rare , d’être écrits en style moins inintelligible que celui des écoles. Son meilleur ouvrage est une traduction d’un livre de la physique d’Aris- tote , précédée d’un discours. Les mémoires sur sa vie ne font aucune mention de sa place au jardin des plantes. Il mourut en 1674,

I .

2

lO ANNALES D U MUSÉUM

Si voulons .... que dans un cabinet de ladite maison , il soit gardé un échantillon de toutes les drogues , tant simples que composées . . . , ensemble toutes choses rares en la nature qui se rencontreront , pour servir de règle en toutes autres , et y avoir recours en cas de besoin ; duquel cabinet ledit la Brosse aura la clef et la régie pour en Jade ouverture aux jours de démonstration , s’il en est requis , dont il laissera l’extrait d’année en année au premier médecin.

Et d’autant que ledit la Brosse , qui aura tout le faix de la direction et culture du jardin , ne pourra toujours vacquer à faire la démonstration extérieure des plantes , avons aussi créé . ... en titre d’office , un sous-démonstra- teur. . . . pour aider audit la. Brosse à faire la démonstra- tion extérieure dans le jardin ; duquel office sera aussi pourvu par nous la personne de Vespasien Robin ^ notre arboriste.

Chacun desquels ojfciers vacquera à l’ exercice de sa charge aux jours et heures qui lui seront désignés par notre surintendant. ... A tous lesquels avons attribué les gages qui suivent', savoir , à notre premier médecin , sur- intendant de toute l’œuvre , oooo liv. à chacun des t/ois .... démonstrateurs . . . , i 5 oo liv. à la Brosse et à ses successeurs , intendans , 6000 liv. , pour être assidûment obligé de vacquer à la culture du jardin ; au sous-démons- trateur , 1200 liv.

Voulons aussi que ledit la Brosse .... dispose des Ingé- nié ns , d t jardin , à la réserve . ... de ce qui sera bâti ci- après pour l’instruction . . . , le laboratoire . . . , et le cabinet pour la garde et conservation des échantillons et raretés.

D^HISTOlRE NATURELLE.' 11

Choisira les jardiniers , portiers . . . , eu tel nombre qu’il avisera être nécessaire . . . ? même les herboristes pour en- voyer à la campagne à la recherche des plantes. Four l’en- tretien duquel jardin , des ouvriers ci-dessus , et des usten- siles nécessaires à la culture . . . , nous avons ordonné à l’intendant la somme de 4000 liv. par an , outre ses gages , moyennant laquelle .... il ne pourra prétendre plus grande somme pour l’ entretien du jardin , et sans qu’il soit tenu en rendre aucun état ni compte . . . , attendu la qualité de ladite dépense. Donnons aux démonstrateurs et opérateurs pharmaceutiques 4°° hiv. pour convertir en l’achat des matières et drogues nécessaires auxdites opérations annuelles, lesquelles seront par après distribuées aux pauvres qu’ils 'verront en avoir besoin. . . . Et outre, la somme de 400 liv. par an pour l’entretennement et salaire des garçons servant audit laboratoire .

Four le payement desquelles sommes sera par nous fai fonds de la somme de 21,000 liv. (1) que nous avon assignée ; savoir , 7000 liv. sur la ferme du sol pour liv .

de l’entrée des cendres gravelées et soudes , et 14,000 /. sur notre recette générale de Paris , lequel fonds nous vou- lons y être affecté par expiés , sans que ci-après il puisse en être diverti. . . , Auquel effet . . . . créons un receveur et payeur . . . , aux gages de 600 liv. par an . . . lequel sera pourvu . . . , sur la nomination de notre premier

1

(i) La livre tournois en i633 valoit 2 livres et 5 dixièmes de notre monnoie actuelle; ainsi les 21,000 liv. anciennes représentent maintenant 52,5oo liv. La différence dans la valeur comparative des denrées est beaucoup plus consi- dérable.

2

12 ANNALES DU MUSEUM

médecin ... , etc.... A Saint- Quentin , au mois de mai 1 635^ et de notre règne le 2.5. Signé Louis.... Registre le i 5 mai î 635. Signé , Lyonne.

Les motifs de l’opposition présentée par la Faculté de médecine , le 20 décembre 1 6 3 6 , à l’enregistrement de cet édit , sont remarquables. Elle persiste à demander qu’il ne soit pourvu par le surintendant aux offices du jardin que sur la présentation de trois sujets par elle , et que l’in- tendance ne soit remplie que par un de ses docteurs élu par elle, et seulement pour deux ans. Elle accuse la Brosse d’incapacité notoire en la connoissance des plantes 5 et quoiqu’il soit qualifié médecin ordinaire du roi . elle offre de justifier qu’il 11’a aucun degré en médecine. Elle pré- sente le même argument contre Bouvard fils , son survivan- cier , qui ne se dispose pas même à l’étude de cette science. Enfin ^ ce qui est plus particulier , elle se constitue for- mellement opposante à ce que la chimie soit enseignée dans Paris , comme étant , pour bonnes causes et consi- dérations , défendue et censurée par arrêt du parlement. Et ne se trouve vrai f dit-elle, que la pharmacie ne s’ enseigne nulle part , attendu qu’en la Faculté il y a deux pro- fesseurs de cette partie , auxquels si on donnait seule- ment la moitié des gages affectés par Vécût , il se verrait toute autre éruditioti que celle qu’on peut attendre de ceux y dénommés .

On pardonnera ces remontrances à un corps qui, ayant la conscience du mérite de ses membres , se voyoit avec peine enlever des brandies importantes d’instruction médicale , et faisoit des efforts pour les conserver. Son opposition à l’enseignement de la chimie , citée ici comme pouvant

d’histoire naturelle. l 3

Sê'rviE à l’histoire des connoissances humaines, tient aux préjugés du temps, qui proscrivoient , dans le traitement des maladies, toutes les préparations chimiques, et spécialement celles de l’antimoine.

L’opposition resta sans effet , et n’empêclia pas la Brosse de prendre possession de la maison des héritiers Voisin, ïl se hâta d’y transporter son domicile , et s’occupa sur-le- champ de la réparation des bâtimens et de la préparation du terrain , dont le plan étoit très-inégal , rempli de fon- drières , couvert de brossailles et arbres mal disposés. Pressé de l’employer suivant sa destination, il se contenta de dresser la première année un parterre de quarante-cinq toises de longueur sur trente-cinq de largeur , et y plaça toutes les plantes qu’il put se procurer , sur-tout celles que Robin lui fournit de son propre jardin. En i636 elles s’élevoient au nombre de plus de mille huit cents , en y comprenant les variétés, suivant un premier catalogue publié cette année ; ce nombre excédoit déjà celui du jardin de Montpellier. Toujours attaché à son objet principal, la Brosse supprima de vieilles charmilles, fit passer par la claie, à la profondeur de six pieds, et dans un espace de dix arpens , toutes les terres com- posées de décombres et graviers , traça le jardin suivant le plan dont on présente ici la gravure ( pl. lre. ) , et obtint pour les arrosages une concession de vingt lignes d’eau de Rungis , qui arrivent à Paris par l’aqueduc d’Arcueil. Ensuite il mit ses soins à enrichir le jardin de plantes indigènes et exotiques j en quoi il fut encore secondé par Robin , qui avoit une correspondance très - étendue avec lea cultivateurs étrangers. On lui envoya de l’Amérique et de l’Inde des graines qui levèrent en partie. Il fut en état de

I 4 A I K À L E S DU MUSÉUM

faire, en i 640 , l’ouverture du jardin, et publia, en 1 64 1 , un nouveau catalogue^ dans lequel le nombre des espèces ou variétés est porté à deux mille trois cent soixante. Le supplé- ment présente les plantes étrangères nouvellement acquises.

II fit dessiner celles qu’il craignoit de perdre , pour en conserver le port et les caractères , et il commença la gravure de quelques-unes.

Ici finissent les travaux de la Brosse. Il étoit parvenu à son but , après avoir surmonté de nombreux obstacles. Son amour pour les plantes , son activité pour établir le jardin qui les renferme , doivent lui mériter la reconnoissance des amis de la botanique. On ne le jugera pas sur le petit nombre d’écrits qu’il a publiés pour engager les autorités supérieures à favoriser son projet , ou pour faire connoître les plantes rassemblées par ses soins. Ces écrits ( 1 ) , assez superficiels et peu instructifs , se ressentent du siècle ils furent com- posés. Il termina sa carrière en 164^ dans l’établissement dont il étoit le vrai fondateur. On y conserve encore ses restes , qui furent déposés dans la chapelle du jardin des plantes, et qui reposent dans un caveau particulier, depuis que le bâtiment de la chapelle a été transformé en escalier des galeries d’histoire naturelle.

(j) Multa ad morem sœculi vaga non tamen absque admixtis bonis annota- tionibus , et aliquâ variorum stirpium passim memoriâ. Theophrasteum fcrè ad morem agit de iis quœ planter, communia habent aut divers a : tum de elementis ubi chemica placita admiscet ; de viribus medicatis. Fusissimè de nions trat utili- tatem horti publia'..* Catalogum addit plantarum quas vocant usuales. Haller, Bibliot. bot. 1 , p. 440.

A

Pt.JI.

uu anuiNVJ'iUA

ï)’ HISTOIRE NATURELLE.

MEMOIRE

Sur le Trâss ou Tufea volcanique des environs

d’ JLndernach.

par FAUJAS-SAINT-FOND.

Le trass est un produit volcanique plus ou moins compacte, une sorte de pouzzolane très-utile pour toutes les constructions hydrauliques. On tire cette matière , sous forme de pierre , des environs d’Andernach sur la rive gauche du Rhin j on la transporte ensuite par ce fleuve jusqu’à Dordrecht^ elle est réduite en poudre à l’aide de moulins à vent très- ingénieusement construits pour cet objet.

D’après les renseignemens exacts que j’ai recueillis en Hollande , ainsi que sur les mines ou carrières qui dépen- doient alors de l’électorat de Cologne et de l’abbaye de Laacîi, et qui appartiennent à présent à la France , j’ai appris que le nom de trass ne convient à cette matière que lorsquelle est réduite en poussière , livrée au commerce , et prête à être employée 5 c’est en cet état que, mélangée avec partie égale de chaux forte , elle forme , après avoir été bien broyée , un ciment parfait, qui résiste non - seulement à l’eau

1 6 ANNALES DU MUSEUM

ordinaire , mais aussi à celle de mer , dans laquelle elle

prend corps , et durcit promptement.

Lorsque la matière sort de la carrière , elle est en fragmens pierreux plus ou moins gros , mais dont les plus considé- rables n’excèdent guère cinq à six livres. Les ouvriers allemands qui la tirent , lui donnent le nom de tiijf-stem (pierre de tuff), lorsqu’elle est de bonne qualité \ elle a d’autres noms lorsqu’elle est moins parfaite, et j’en ferai mention en décrivant les diverses espèces de ces pierres que j’ai obser- vées avec attention sur les lieux , dans les exploitations les plus considérables.

Le nom de tuff étant consacré dans la langue française à désigner une concrétion calcaire , pierreuse , plus ou moins dure , absolument étrangère au tiff-stein des environs d’An- dernacii , il ne s’agiroit , pour ôter toute équivoque, que d’ajouter une seule lettre à ce mot, et dire 'tuff ci au lieu de tuff. Cette légère addition remet le nom dans sa véritable acception , car les Italiens ont désigné ainsi une matière ana- logue à celle-ci ^ qui forme un genre bien distinct dans la classification des produits volcaniques.

La petite ville d’Ândernacli , située sur la rive gauche du Rhin , entre Bonn et Coblentz est le grand entrepôt et le lieu d’embarquement de tous les tuffa destinés pour la Hollande ; on les transporte sur des charrettes des villages de Pleyt , de Cretz , de Crufft , de Toenisteinn et de Brühl , sont les exploitations.

Comme j’ai été à portée d’examiner avec soin ces carrières remarquables , que j’ai fait dessiner celles dont l’ordre et la disposition des matières peuvent intéresser la géologie , et que je me suis attaché en même temps à recueillir les

D?HIST0IRE naturelle. 1 7

morceaux les plus remarquables et les plus propres à nous tracer la marché de la nature dans une grande opération , les eaux sont entrées en concours avec le feu , j’ai cru que ce mémoire pourroit être utile , du moins quant à l’exactitude des faits, à ceux qui aiment à étudier cette partie de l’histoire- naturelle , qui touche de si près aux révolutions de la terre.

En partant de Coblentz , et c’est le chemin le plus com- mode , on se rend à JVeisen-Thurn (la Tour-Blanche), gros village distant d’une lieue d’Andernach j comme on quitte ici la grande route , il est prudent de se munir d’un guide dans cette entrée des montagnes. On ne met guère plus d’une heure en voiture pour se rendre, en montant par une pente douce, de Wcisen-Thurn à Meissenlieim , petit village la terre est comme jonchée de très petits fragmens de véritable pierre ponce blanche, fibreuse, légère, semblable à celle qu’on trouve à Lipari , à Vulcano, à Pompeia et ailleurs. Les plus considérables n’excèdent guère la grosseur d’une noix ; d’autres sont plus petits et de forme arrondie 3 et si abondons qu’ils constituent au moins un cinquième de la terre des champs qui servent à la culture.

Le même ordre de choses règne dans tonte la plaine un peu montueuse qui forme l’arrondissement de Meissenlieim, et s’étend à plus d’une lieue. On arrive de au village de Pleyt : en approchant de ce lieu , les pierres ponces qui sont sur la surface du sol sont beaucoup plus grosses.

C’est à Pleyt , et à une très-petite distance du village , que sont les premières carrières de tuff-stein. , presque tous les habitans du lieu sont employés à l’exploitation ou au transport de cette matière ; et diverses mines ouvertes çà et là, donnent de la vie et du mouvement à un pays stérile i. 3

lB ANNALES DU MUSÉUM

de sa nature , mais ricîie par cette branche d’industrie.

Un nommé Severin Ackerman à qui je m’adressai, et qui est propriétaire d’une carrière considérable , voulut bien me servir de guide , m’accompagner par-tout , et me faire voir les divers tuffa qui avoient, dans le commerce , la préférence les uns sur les autres. Il me conduisit aussi à d’autres exploitations , et mit dans sa conduite à mon égard une complaisance et une bonhomie peu communes en général parmi ceux qui exercent un état pareil , et qui aiment à s’envelopper ordinairement de mystères. A présent que le pays appartient à la France , je voudrois qu’ Ackerman sût que je suis encore reconnoissant envers lui.

Carrière de J?leyt .

Cette carrière est presque en face du village , sur la droite du chemin qui conduit à l’abbaye de Laach / elle est sur une plaine cultivée , mais qui forme un très-mauvais sol : une exca- vation de forme conique, de cent pieds de diamètre vers le liant , sur trente-six à quarante pieds de profondeur f est le résultat des excavations qui ont eu lieu pour tirer le tuff-stein; car ces carrières s’exploitent ici à ciel ouvert, et non par galeries. On a soin, à mesure qu’on s’enfonce, de ménager des sentiers tournons , ou des pentes inclinées les moins rapides possibles, pour permettre aux ouvriers de descendre et de remonter le tuffa, soit en petits blocs qu’ils portent sur l’épaule , soit avec des brouettes , lorsque la voie est tracée avec soin et bien ménagée.

O

Comme ces grandes cavités sont coupées presqu’à pic dans quelques parties , ce qui donne la facilité de détacher le tuffa

s’eistoire naturelle. 19

par tranches , l’ordre et la disposition des couches se trouvent à découvert ) on peut très-bien les étudier Je lis dessiner avec beaucoup de soin celle qui est voisine du village , comme une des plus considérables ( Voy.pl. II. ). Je vais la suivre jusqu’à sa profondeur depuis le haut vers le bas.

Figure ire. Couche horizontale de terre labourable , d’un pied d’épaisseur environ , entièrement composée de petits fragmens de véritable ponce plus ou moins blanche 7 légère , de parcelles de lave poreuse , grise ou rou- geâtre, de petits éclats d’un schiste noir, argileux, de la nature de l’ardoise , et d’une substance terreuse d’un gris blan- châtre , mêlée de quelques points noirs , mais en petite quantité, due à du schorl noir volcanisé (pyroxènn d’Jdaüy), La matière terreuse, examinée à la loupe , n’offre qu’un sable de pierre ponce plus ou moins atténué. Les fréquentes cultures , les détritus des végétaux , les engrais même , ont dénaturé cette couche supérieure de manière à ne pas permettre de la considérer comme une couche vierge j et je n’en fais mention que pour observer l’ordre des matières , et parce qu’elle recouvre d’autres couches plus dignes d’at- îention. ~

Fig. 2. Seconde couche horizontale de deux pieds d’é- paisseur , entièrement composée de petites pierres ponces , de fragmens de lave compacte noire , de petits éclats lameîleux de schiste gris de la nature de l’ardoise , de poussière de schorl noir , de quelques atomes de spath calcaire blanc , ainsi que de quelques grains de quartz de la même couleur. Cette aggrégation de corps divers forme une sorte de brèche grossière et anguleuse qui a une certaine dureté ? quoique les fragmens dont eile est composée paroissent

2 0 iNUALES DU MUSEUM

n’adhérer entre eux que par la force de cohésion. On tranche cette pierre en grands parallépipèdes , et elle est employée dans la construction des murs comme pierre à bâtir : elle offre quelques variétés dans le grain 7 plus ou moins fin , plus ou moins adhérent j elle fait mouvoir le barreau aimanté 7 ce qui est à la lave noire.

Fig. 3. Cette seconde couche est suivie d’une troisième 7 très - distincte ? qui a cinq pieds d’épaisseur ; elle n’est formée que de pierres ponces blanches en fragmens angu- leux , dont les moindres sont de la grosseur d’une amande ou d’une noix, et les autres de celle d’un de très-gros œuf. Cette pierre ponce 7 quoique très-ancienne 7 est encore dure et de bonne qualité , malgré sa haute antiquité $ elle pourroit être utile dans les arts , et elle formeroit une branche de com- merce d’autant plus avantageuse , que le transport se feroit avec facilité et économie par le Rhin : on n’en fait néanmoins aucun usage 7 si ce n’est pour dérouiller et polir la vaisselle de fer.

L’on ne peut considérer cet amas de matières légères , qui sont incontestablement l’ouvrage du feu7 et dont l’étendue se prolonge bien au-delà de l’abbaye de Laach jusqu’où je l’ai suivi 7 c’est-à-dire , dans un espace de plus de trois lieues de longueur sur une largeur au moins aussi considé- rable 5 que comme le résultat d’une pluie de pierre ponce qui a eu lieu probablement à plusieurs reprises à l’époque très- reculée d’anciens volcans se manifestoient dans un pays tout retrace leur existence. Le Vésuve 7 et d’autres volcans en activité , nous fournissent plusieurs exemples modernes de ces pluies de pierres ponces mêlées d’autres matières pulvérulentes , auxquelles on a donné le nom impropre de pluies de cendres .

HISTOIRE NATURELLE. 21

Mais un fait très-remarquable, et digne d’être observé , c’est qu’on voit dans l’intérieur de ces mêmes pierres ponces , et au milieu de leur tissu fibreux , non-seulement de petites lamelles de schiste gris-argentin , de la nature de l’ardoise , qui n’ont pas éprouvé d’altération sensible, mais encore de petits éclats d’une pierre vitreuse d’un très-beau bleu, qui rappelle l’idée du saphir. Or , comme j’avois reconnu autrefois le véritable saphir parmi les produits volcaniques des environs d’Expailly dans le Velay , mêlé avec des cristaux de fer octaèdres , et que je voyois dans la pierre ponce de Pleyt des points ferrugineux fortement attirables à l’aimant , j’étois fondé à croire que le saphir pouvoit exister dans cette pierre ponce.

Cependant la couleur des pierres bleues que je prenois pour des saphirs étoit si vive , si rapprochée de celle du plus beau lapis , que je crus devoir la soumettre à l’examen du savant minéralogiste Haiiy , qui m’en fit voir une sem- blable dans un tuffa volcanique que l’ingénieur des mines Cordier , lui avoit donné , et qui venoit de Clooster Laach , c’est-à-dire , des environs de l’abbaye de Laach. Un second échantillon que le même ingénieur lui avoit donnée offroit une ébauche de cristallisation assez prononcée pour faire soupçonner à Haiiy que cette pierre avoit le plus grand rapport avec celle à laquelle il avoit donné le nom de pléonaste dans sa Minéralogie ? tom. 3, p. 175 il fut confirmé dans cette opinion d’après divers caractères qui le déterminèrent à la considérer comme un véritable pléonaste de couleur bleue. La dureté du saphir raye le cristal de roche , tandis que celle du pléonaste est trop foible pour l’attaquer ; d’après cela , je fis sur - le - champ une expérience comparative

2 2

N A L E S DU MUSÉUM

avec des fragmens de saphir et de petits éclats de la pierre bleue, que je tirai grain à grain des ponces de Pleyt. Ces der- niers, écrasés avec effort sur une plaque d’agate avec un morceau de cristal de roche poli, résistèrent peu et n’atta- quèrent aucunement le cristal ^ tandis que les molécules de saphir du Puy le rayèrent. Il faut donc conclure que la pierre bleue des ponces de Pleyt est,, comme celle de Ciooster Laach , le pîéonaste de la minéralogie de Haüy.

Ces détails , quoiqu’un peu longs, ne sont pas inutiles à la science , puisqu’ils apprennent de quelle manière j’ai évité l’erreur dans laquelle j’aurois pu tomber sans le secours de cet habile professeur, et que , dans les accidens de lumières du pîéonaste , il faut ajouter une couleur de plus , la bleue et la noire ? rapportés dans le Traité de minéralogie. Ce fait nous apprend encore que le pîéonaste se trouve dans la pierre ponce de Pleyt.

Fig. 4. Grande couche ou dépôt de plus de trente pieds d’épaisseur d’un tuffa volcanique ou tuff - stein , d’une apparence homogène , dans la masse duquel on choisit la matière la plus dure , la plus âpre et la plus sèche au toucher, pour être transportée à Andernach , et de en Hollande elle est convertie en trass.

Comme il est à croire que cette accumulation de détritus volcaniques est l’ouvrage de diverses explosions qui élançoient dans Pair ces matières plus ou moins divisées par l’effet des commotions et des frottemens, ou plus ou moins vitrifiées en raison de l’intensité du feu ou de sa plus grande durée , il en est résulté diverses variétés de tuffa , dont voici les prin- cipaux caractères.

JSfQ. I. Tuffa dont la pierre ponce est réduite en poussière

d’histoire naturelle. 2 3

si fine que cette matière a l’aspect d’une pierre marneuse blanchâtre , et qu’on la prendroit pour telle , si des noyaux de laves poreuses de diverses couleurs , qu’on aperçoit dans sa pâte , n’attestoient que son origine est volcanique , et qu’elle est formée principalement de détritus de pierre ponce ? mélangés de quelques atomes de matière calcaire pulvéru- lente. Cette variété que les ouvriers rejettent , parce qu’elle est trop chargée de poussière de pierre ponce , est appelée,, sur les lieux ? du nom de tauch-stein ; et comme elle n’est pas bien dure , ceux qui la tirent la taillent avec des hachettes , en manière de briques y et la destinent à des constructions. Ce tuffa est attirable à l’aimant ? et ne fait qu’une très-légère effervescence avec les acides.

jN ° . II. Tuffa à pâte fine et compacte , d’un blanc un peu jaunâtre , mais trop tendre et trop terreux pour former un bon trass j il est mêlé de quelques petites lames de schiste ardoisé , fait mouvoir l’aiguille aimantée , et résiste aux acides.

N°. III. Tuffa a grain plus fin que le précédent. Sa pâte est d’une contexture plus serrée et plus égale ) il est y malgré cela , léger , et renferme quelques points de schorl noir. On peut facilement le .tailler avec un ciseau y sans qu’il s’égrène ni s’écaille : aussi î’a-t-on employé quel- quefois à former des statues y lorsqu’on en a trouvé des blocs assez considérables et assez sains. L’on voyoit sur la chaussée de Cûblentz à Andernach , et à la gauche du chemin , un Christ sculpté de cette pierre. Il est vrai que , pour la garan- tir de l’humidité qui auroit pu l’altérer pendant les gelées ? elle étoit recouverte de plusieurs couches de peinture à l’huile y ce qui me fit croire d’abord qu’elle étoit de bois j

24 ANNALE 8 DU MUSEUM

mais je m’assurai qu’elle étoit de tuffa , aussi inattaquable aux acides que le précédent , et ayant la même action sur l’aimant.

]STQ . IV. Tuffa d’un gris tirant un peu sur le rouge , mêlé de globules plus ou moins arrondis, plus ou moins gros, de pierre ponce blanclie , de petits fragmens de lave noire compacte , de quelques lamelles de schiste ardoisé : comme il est sec et friable , il est propre à former un trass de bonne qualité. L’on en transporte de grandes quantités à Andernacli pour les envoyer en Hollande. Ce tuffa fait mouvoir l’aiguille aimantée , et résiste aux acides.

V. Tuffa dont la pâte est formée de poussière de pierre ponce , de globules des mêmes pierres , de fragmens de lave dure , compacte, en très-petits éclats irréguliers , de schorl noir , tantôt informe , tantôt en cristaux réguliers j de quelques grains de sable quartzeux , de ‘amelles de schiste ardoisé, et de quelques molécules calcaires peu abondantes , disséminées dans ce tuffa , qui est dur, qui fait mouvoir l’ai- guille aimantée , et qui résiste aux acides. Son grain est sec et propre à former un des meilleurs trass. C est dans cette variété qu’on trouve quelquefois , et à la profondeur de vingt-cinq et même de trente pieds , des morceaux de bois qui n’ont éprouvé d’autre altération qu’un passage à l’état de véritable charbon. Deux causes peuvent avoir contribué à cette carbonisation. L’une est relative à la chaleur des laves pulvérulentes , lorsqu’elles tomboient en manière de pluies sur ces bois , qui avoient été probablement élancés eux- mêmes, puisqu’on les trouve dans le centre du tuffa. L’autre peut être considérée comme produite par l’action même du volcan qui aura embrasé des bois , et les aura jetés pêle-mêle

d’histoire naturelle. zB

parmi les laves pulvérulentes qui les recouvroient et les privoient de l’accès de l’air. Les pluies de ponces et d’autres laves pulvérulentes peuvent avoir eu lieu aussi dans un fond de mer , si ces volcans ont été sous-marins , ainsi qu’il y a lieu de le croire. Au surplus , quelque explication qu’on veuille donner à ce phénomène , le fait n’en est pas moins certain et positif. Ce charbon , malgré son antiquité , est sain et entier ; sa couleur est du plus beau noir 5 son grain est friable et tache les doigts comme le charbon de bois ordinaire : il s’embrase au feu et brûle de la même manière- Il y a de ces fragmens de bois depuis la grosseur du pouce jusqu’à celle du bras d’un enfant ; ils sont ordinaire- ment cylindriques y et de la longueur d’une main ouverte. J’en possède un échantillon d’un gros volume , j’en ai déposé un semblable au Muséum d’Histoire naturelle (1).

Telle est la description de la principale carrière de tuffa > des environs de Pleyt . La plupart des autres exploitations que j’ai visitées , et qui sont en grand nombre , offrent les mêmes matières à peu de différence près. Cependant celle qui appartient en propriété à Severin Ackerman , et qui porte le nom de carrière de ritz , éloignée d’un demi-quart

(1) Le fait que je rapporte ici au sujet de ce charbon est rare , mais n’est pas unique. Spallanzani , dans son savant voyage dans les deux Siciles , fait mention d’une observation semblable qu’il fit dans un tuffa de l’île de Lipari , qu’il attribua à une éruption boueuse, ce Voici , dit cet illustre naturaliste, page 11 du tome III u de la traduction de Toscan , un phénomène inattendu que m’a présenté le tuffa. » En le brisant je n’ai pas eu de peine à reconnoître du véritable charbon par sa » couleur, sa légèreté, etc. On découvre les parties fibreuses du bois. Ces char- 35 bons forment de petits cylindres 5 ils paroissent avoir appartenu à des rameaux » d’arbres ou d’arbustes ; ils sont ensevelis dans le tuffa à diverses profondeurs^ » et se trouvent clair-semés dans toute son étendue. »

4

2 6 ANNALES DU MUSÉUM

de îieue de celle que je viens de faire connoître , offre un fait que je ne dois pas omettre. On y voit dans la profon- deur , qui est plus grande que dans la première , des couches épaisses de tuffa de bonne qualité ? qui ont une tendance à se diviser en prismes verticaux , et ont des fissures longitudinales qui leur donnent une figure prisma- tique plus ou moins régulière , ce qui facilite l’exploitation et permet aux ouvriers de les abattre à l’aide de pinces ou de coins de fer. Ce tuffa prismatique est recouvert d’un dépôt de tuffa terreux qu’on rejette ? et qui a plus de trente pieds d’épaisseur.

L’on ne se contente pas ici d’attaquer le meilleur tuffa à carrière ouverte ? on le poursuit encore en formant des galeries souterraines assez profondes. Il en est de même à Crujÿt f l’on trouve des restes considérables de très- anciennes exploitations faites de cette manière , et qui ont donné lieu à des galeries profondes : de est venu peut-être le nom du village j car Crufft signifie caverne , grotte.

Si l’on étoit bien aise de connoître la forme des moulins à vent et de la mécanique destinée à pulvériser et à tamiser le trass en Hollande ? on peut consulter la figure qu’en a donnée Desmarets dans le Journal de physique et d’Histoire naturelle , année 1 7 7 9 , première partie , page 199, planche Ire , avec une très-bonne explication qui en facilite l’intelligence.

-

.

pi. m.

/

C H A U X C A RBON AT E E .

d’histoire NATÜREtU,

27

OBSERVATIONS

Sur le Cuivre arseniaté. par HAUT.

Les seules mines de cuivre arseniaté qui soient bien connues sont celles du comté de Cornoailles en Angleterre. La détermination de leur véritable composition a suivi de près la découverte de cette substance métallique , et l’on en est redevable à l’heureuse circonstance qui en fît tomber quelques échantillons entre les mains du célèbre Klaproth. Ce fut en 1 787 qu’il publia , dans le Journal delà société des curieux de la nature ( 1 ) , le résultat de l’examen qu’il venoit de faire de ce nouveau minéral.

Les auteurs qui ? depuis cette époque , ont parlé du cuivre arseniaté , 11e l’avoient cité que sous la forme de cristaux aciculaires , lorsque le citoyen Lelièvre , membre du Conseil des mines , à l’inspection d’un groupe de lames vertes hexagonales biselées qu’on lui présentoit , ayant présumé l’existence d’une substance particulière , en fît l’essai , et reconnut la présence de l’oxide de cuivre et de

4 *

(1) Tom. VIII, pag. 160.

2 8 ANNALES DU MUSEUM

l’acide arsenique. Le citoyen Yauquelin vérifia bientôt après cette indication , et détermina le rapport entre les quantités relatives des deux principes contenus dans la même sub- stance.

Vers le même temps , une seconde fouille entreprise dans le comté de Cornoailles fît reparoître le cuivre arseniaté dont îa veine précédemment exploitée se trouvoit épuisée. Cette découverte étoit d’autant plus intéressante , que la substance se montroit , dans son nouveau gisement, avec des caractères tout particuliers et sous des formes jusqu’alors inconnues.

M. de Bournon qui se trouvoit à portée de participer au surcroît de richesses qui en résultoit pour la minéralogie , nous envoya , au citoyen Gillet Laumont et à moi , divers échantillons choisis parmi ceux qu’il possédoit ; et ce qui donnoit un nouveau prix à ses dons , c’étoit son empresse- ment à nous en faire jouir avant d’avoir publié le travail intéressant qu’il avoit préparé sur la partie cristallographique relative au cuivre arseniaté.

M. Chenevix s’occupoit en même temps de l’analyse de cette substance. Bientôt après ils publièrent l’un et l’autre , dans les Transactions philosophiques (1) , les résultats de leurs recherches ; et M. Chenevix témoigne son admiration en voyant ici régner un parfait accord entre deux sciences qui empîoyoient deux manières si différentes d’interroger la nature. M. de Bournon^ de son coté ? dit que les analyses de M. Chenevix ont donné îa sanction la plus satisfaisante à la division établie par lui-même du cuivre arseniaté en quatre espèces distinctes.

(i) Année 1801 , pag. 199 et suiv.

D* HISTOIRE NATURELLE. 2 p

Avant d’aller plus loin ? il est nécessaire de faire con- noître les variétés de cuivre arseniaté que j’ai été à portée d’observer. Je me bornerai à en donner une description succincte et indépendante des lois auxquelles est soumise la structure des cristaux ? l’état actuel de nos connaissances sur cet objet ne m’ayant permis que quelques vues hypothétiques dont je parierai dans la suite.

1. Cuivre arseniaté octaèdre obtus ( PI. III }Ji g. i ), inci- dence de P sur p ? 5 4' ? de ^ sur P' i 8' ; de P sur P',

i3pd 47' (i). La couleur des cristaux est tantôt le beau bleu céleste , tantôt le vert qui varie entre le vert pré et le vert pâle. L’octaèdre devient quelquefois cunéiforme , en s’allongeant de manière que l’arete terminale est parallèle

àD.

2. Cuivre arseniaté lamelliforme. En lames hexagonales dont les faces étroites sont inclinées alternativement en sens contraire ; incidence de deux des faces étroites situées d’un même côté , sur la base correspondante , i3 5d à peu près ? suivant M. de Bournon ; incidence de la troisième sur la même base , i i 5d à peu près.

Les lames se divisent avec beaucoup de facilité paralièle-

(i) J’adopte ici, à très-peu de chose près, les résultats de M. de Bournon, qui indique 5o deg. pour l’incidence de P sur p , et 65 deg. pour celle de P sur p . Seulement, j’ai cherché des limites propres à faciliter les calculs que je me proposois de faire. Soient bac , gac {fig. 3) , les mêmes faces que P et p' (fig- i)> soit a a {fig- 3 ) la hauteur de la pyramide qui a son sommet en A ( pg. î ) , on (fig- 3), une perpendiculaire sur 5c, et or une perpendiculaire sur cg: si

l’on fait ao= "t/388, o n ~\/ 2,6<)5 et or~ "\/i440 i on aura 5o deg. /[' pour l’incidence de P sur p ( fig . î ) et 65 deg. 8' pour celle de P' sur p' ; d’où l’on déduit, par le calcul, 139 deg. pour celle de P sur p'.

3o ANNALES D U MUSEUM

ment à leurs grandes faces. Leur couleur est d’un beau vert- pré.

3. Cuivre arseniaté octaèdre aigu ( fig. 2 ). Incidence de r sur r' , suivant M. de Bournon 5 de l sur V , 1 1 2d. La couleur est le vert brun plus ou moins foncé.

a. Cunéiforme. L’octaèdre précédent allongé de manière que l’arête terminale est parallèle à n. Cette forme 3 qui est la plus ordinaire , présente l’aspect d’un long prisme rliomboïdal plus ou moins délié , terminé par des sommets dièdres.

4. Cuivre arseniaté trièdre. En prisme droit triangulaire , qui est en même temps équilatéral , suivant M. de Bournon.

Lorsque les cristaux sont dans l’état de fraîcheur , leur couleur est d’un beau vert bleuâtre ; mais leur surface est sujette à s’altérer et à prendre une teinte de noirâtre. Il suffit alors de les gratter , pour voir reparoître leur couleur primitive.

5. Cuivre arseniaté capillaire. C’est proprement l’olivenerz des minéralogistes allemands.

6. Cuivre arseniaté mamelonné. En masses mamelonnées, striées à l’intérieur. Ces deux dernières variétés sont suscep- tibles d’une grande diversité de teintes , qui présentent les passages du vert pré au vert d’olive , au brun verdâtre , au mordoré , au jaune , au bleuâtre , et au blanc , qui est sou- vent satiné.

Voici maintenant de quelle manière M. de Bournon a classé les diverses modifications qui viennent d’être citées , d’après les différences qu’elles lui ont offertes relativement à leurs formes, à leur pesanteur spécifique et à leur dureté

d’histoire naturelle, 3 1

Il les divise , comme je Fai dit , en quatre espèces distinctes. La première dérive de l’octaèdre obtus 5 la seconde a pour type le cristal lamelliforme , en lame hexagonale à biseaux inclinés alternativement en sens contraire. Il indique pour forme primitive de la troisième l’octaèdre aigu ? et il y rap- porte comme variétés les cristaux acicuîaires et les concré- tions mamelonnées ; il place dans la quatrième le prisme triangulaire équilatéral , et plusieurs autres formes qui pré- sentent ce même prisme tronqué sur ses angles solides ou sur ses bords.

D’ une autre part M. Clienevix a donné six résultats d’analyse du cuivre arseniaté ? que je vais citer ? en les disposant conformément à l’ordre établi par M. de Boumon»

Première espèce , en octaèdre obtus .

Oxide de cuivre ....... 49»

Acide arsenique i/\.

Eau 35.

Perte 2.

100.

Seconde espèce , en cristaux lamelliformes ,

Oxide de cuivre ..*...• 58.

Acide arsenique

Eau ...... 21.

100.

3a

ANNALES DU MUSEUM

Troisième espèce , en octaèdre aigu.

Oxide de cuivre 60.

Acide arsenique. » . . . ; 39,7.

Perte o,3.

100,0.

Variété de la même espèce , en cristaux capillaires.

Oxide de cuivre 5i .

Acide arsenique . . 29.

Eau 18.

Perte. . . . 2.

100.

Autre variété , en concrétions mamelonnées.

Oxide de cuivre 5o.

Acide arsenique 29.

Eau 21.

100.

Quatrième espèce en prisme trièdre.

Oxide de cuivre . ..... 5 4.

Acide arsenique . 3o.

Eau . 16.

100.

M. Cïienevix remarque vers la fin de son mémoire que

p’ HISTOIRE NATURELLE. 33

l’arseniate naturel de cuivre existe dans trois différentes combinaisons , dont la première renferme 14 pour 100 d’acide arsenique ( premier résultat ci-dessus ) 5 la seconde en renferme 21 ( second résultat ) 5 et la troisième 2 9

( troisième y quatrième ? cinquième et sixième résultats ). A la vérité , le troisième résultat a donné 3 9,7 d’acide sur 100 parties 5 mais comme le reste de la masse étoit composé de 6 o parties de cuivre sans eau 9 il se trouve que le rap- port entre la quantité d’acide et celle de cuivre ne diffère pas beaucoup de celui qui a lieu dans les variétés dont l’eau fait partie : ce qui a engagé M. Clienevix à comprendre ce résultat dans la même division. Il ne laisse pas de regarder la combinaison qu’il a offerte comme étant le seul véritable arseniate de cuivre , tandis que les trois autres sont des arseniates d’iiidrate de cuivre.

Je sens d’autant mieux le prix du double travail dont je viens de donner l’extrait ? qu’ayant lu avec beaucoup d’attention les mémoires qui en renferment le développe- ment , j’ai été à portée de juger du progrès qu’il a fait faire à nos connoissances sur une matière encore neuve en grande partie 5 lorsque MM. de Bournon et Clienevix ont com- mencé à s’en occuper. L’exposé que je vais ajouter de quelques recherches que j’ai tentées sur la cristallisation du cuivre arseniaté , et des réflexions qu’elles ont fait naître , n’aura pour but que de ne rien négliger de ce qui peut tendre à éclaircir de plus en plus tout ce qui est lié à un objet aussi important que la distinction des espèces minéra- logiques.

Après avoir lu la partie cristallographique du travail dont il s’agit , j’ai été curieux de savoir s’il ne seroit pas

1. 5

34 iHÂLES DU MUSEUM

possible de ramener à une même forme de molécule inté- grante quelques-uns des cristaux décrits par M. de Bour- non , comme appartenant à des espèces différentes. Mais n’étant pas à portée de faire toutes les observations directes qui auraient pu me guider dans cette recherche , j’ai été obligé de me borner à de simples hypothèses.

J’ai donc considéré l’octaèdre obtus comme faisant la fonction de forme primitive , et j’étois d’autant mieux fondé à en concevoir cette idée , que le célèbre Karsten , dans un supplément à l’excellent mémoire qu’il avoit déjà publié (i) sur les combinaisons du cuivre avec différens principes , dit que l’octaèdre dont il s’agit est lamelleax dans un sens parallèle aux faces des deux pyramides dont il est 1 assem- blage (2). En partant de cette donnée , j’ai été curieux de savoir s’il ne serait pas possible de rapporter à la forme de l’octaèdre obtus dont il s’agit ici , celle de l’octaèdre aigu que M. de Bournon a pris pour le type de sa troisième espèce. Soit toujours P, P' (Jïg- i ) l’octaèdre obtus , dans lequel Pincidence de P sur p est censée être de , et

celle de P' sur p' de 6od 8' , conformément aux mesures

indiquées ci-dessus : si l’on imagine un autre octaèdre

2 4

(Jîg- 2 ) qui ait pour signe DF , on trouvera que Pinci-

1 1

dence de /sur l est de 1 Oj41 , et que celle de r sur r' est de 3 6'. Or les incidences correspondantes déterminées par M. de Bournon sont, l’une de 1 1 et l’autre de rjôdj ce qui fait d’une part 3d , et de l’autre 24' de différence.

(1) Journal de physique , brumaire an 10 , p. 34^ et suit.

(2) Id. pluviôse an 10 , p. i3i.

d’histoire naturelle. 35

\

5i les mesures ont été prises sur des cristaux assez pro- noncés ; pour que Ton doive regarder ces différences comme réelles ? il faudra en conclure que les cristaux forment deux espèces distinctes , parce qu’on 11e pourroit faire disparoitre ces mêmes différences qu’en supposant des lois de décrois- sement beaucoup trop compliquées pour être admissibles.

Mais si les cristaux 11e se prêtoient pas à des mesures très-précises , on concevroit d’autant mieux que les diffé- rences fussent simplement apparentes 7 qu’il seroit possible que l’erreur ne tombât pas toute entière sur une seule ob- servation , puisqu’il a fallu en faire deux , qui auroient pu produire de petits, écarts en sens contraires 5 et alors la division mécanique pourroit seule , en donnant des résultats différens relativement aux deux octaèdres , faire connoître que la conformité entre les angles observés et les angles calculés seroit purement accidentelle.

J’ai comparé ensuite la variété lamelliforme à biseaux alternes , qui est la seconde espèce de M. de Bournon 7 avec le même octaèdre à sommets obtus. Or , si l’on suppose deux plans coupans parallèles à la face P , et qui intercep- tent le centre , ils détacheront un segment d’octaèdre 7 au- quel on peut supposer très*peu d’épaisseur , et dont les deux grandes faces seront des hexagones , et les six faces laté- rales des trapèzes inclinés sur les grandes faces (1). Mais ces trapèzes ne seront pas situés alternativement en sens contraire. Les trois qui feront des angles obtus avec l’une des grandes faces seront contigus entre eux ? et ainsi de

(1) Plusieurs substances, entre autres le spinelle , offrent des exemples de pareils segmens,

1. 5 *

36 AîTlSTALES DU MUSEUM

ceux qui feront des angles aigus avec la même face. Par exemple , ceux de ces trapèzes qui feront des angles obtus avec la grande face analogue à P , répondront aux deux faces de l’octaèdre adjacentes à B , B , et à la face située derrière A parallèlement à P. L’inclinaison de cette dernière face sur P est , suivant M. de Bournon , de 1 1 $ et les

deux autres , telles que je les ai indiquées plus haut , d’après mes calculs, sont chacune d’environ iSpdf.

Maintenant , parmi les trois trapèzes latéraux dans le cuivre arsenical lamelliforme , l’un est de même incliné de i 1 sur cette base , selon M. de Bournon , et les deux autres de i35d$ valeur qu’il ne donne que comme ap- proximative , et qui ne diffère que de 4d t de celle qui lui correspond sur l’octaèdre obtus de la Jig. î .

La grande différence consiste en 'ce que les trois trapèzes latéraux qui regardent une même base , dans le segment d’octaèdre dont j’ai parlé , sont contigus entre eux , ainsi que je l’ai dit ) au lieu que ceux du cuivre arseniaté la- melliforme alternent avec les trois autres qui regardent la base opposée (î).

Mais il y auroit un moyen de lever la difficulté. Conce- vons que les deux sections faites dans l’octaèdre {Jig- i) , au lieu d’être parallèles à la face P le soient à la face P'. Dans ce cas , les trapèzes latéraux situés des deux cotés des arêtes P, B'7 seront toujours inclinés de i3pd f sur la base su-

(i) La figure donnée par M. de Bournon, et dont on voit une copie (fig. 4) sur la planche ci-jointe, paroît avoir été tracée d’après la condition qu’il y ait contiguïté entre les trois trapèzes tournés ver6 une même base. C’est sans doute une inadvertance du dessinateur.

d’ histoire naturelle. oy

périeure. Maintenant si le segment parallèle à p faisoit avec la base analogue à P un angle de 11 , les trois segmens garderoient , par rapport à ceux qui sont tournés vers la base opposée , l’alternative indiquée par M. de Bournon. Mais l’incidence de p sur P donne , au contraire , un angle aigu de 5 od. Or, imaginons un décroissement indiqué par D , qui agisse sur la face p et sur celle qui lui est opposée : les faces produites seront situées vertica- lement y d’où il suit que celle qui masquera la face p fera avec P un angle égal à 90e1 plus 2 qui est la moitié de l’inclinaison de p sur P , c’est-à-dire que l’angle dont il s’agit sera de 1 1 od, conformément à l’observation (1).

Je ne pousserai pas plus loin ces résultats, que je 11e donne , ainsi que je l’ai dit , que comme purement hypo- thétiques , et je m’abstiendrai d’y joindre mes aperçus re- lativement à la quatrième des espèces admises par M. de Bournon , qui a , selon lui , le prisme triangulaire équila- téral pour forme primitive. Il me suffît d’avoir montré que les lois de la structure peuvent faire naître ici , par rapport à la division du cuivre arseniaté en quatre espèces distinctes , des doutes qui méritent quelque attention. Si Ton parvient à les écarter , comme cela 11’est pas impossible , il en résul- tera une preuve de plus en faveur d’une opinion sur la- quelle il ne doit rester aucun nuage , pour qu’elle mérite d’être unanimement adoptée.

Si nous considérons maintenant les résultats des analyses

(1). J’ai un cristal lamelliforme, sur lequel, au lieu d’un simple biseau, on en voit deux situés en sens contraire de part et d’autre d’une même arête ; mais iis sont trop petits pour qu’il soit possible d’en déterminer exactement les positions.

5 f

38

ANNALES BU

MUSEUM

que M. Chenevix a faites des différentes modifications du cuivre arseniaté , nous voyons que parmi celles de ces analyses qui ont eu pour objet les types des quatre espèces admises par M. de Bournon , trois ont donné des différences sensibles entre les quantités relatives de cuivre , d’acide arsenique et d’eau. Ces analyses se rapportent à la première , troisième et quatrième espèces. Une autre analyse faite sur la seconde espèce n’a donné que du cuivre et de l’acide arsenique sans eau. Ainsi , en supposant que les rapports entre les quantités des trois principes contenus dans les modifications que M. Chenevix appelle arsenicites d’hidrate de cuivre , constituent de véritables limites , et que dans la modification qu’il nomme simplement cu'senicite de cuivre l’absence de l’eau tienne à la nature même de la substance ; on trouvera, à cet égard , entre les résultats de l’analyse et ceux de la cristallographie un accord bien favorable à la soudivision du minéral dont il s’agit ici , en quatre espèces distinctes.

Mais le citoyen Yauquelin, en analysant un morceau de cuivre arseniaté lamelliforme dont les cristaux avoient toute leur fraîcheur , a obtenu un rapport tout différent entre les quantités des trois principes (1). Voici son résultat :

(1) M. Chenevix rapporte dans son mémoire un passage d’une lettre que le citoyen Y auquelin lui avoit écrite, et dans laquelle il annonçoit qu’ayant analysé des cristaux de la variété lamelliforme , il avoit trouvé qu’ils étaient composés d’en- viron 5ç d’oxide de cuivre et de d’acide arsenique. M. Chenevix ajoute que la grande différence entre ce résultat et celui que lui-même avoit déjà obtenu \ relativement à la même substance , l’avoit engagé à répéter son analyse avec beaucoup de soin et d’attention , et qu’il avoit constamment trouvé les mêmes proportions d’oxide de cuivre, d’acide arsenique, et d’eau. Il est très-probable que

d’ HISTOIRE NATURELLE. 3 ÿ

Oxide de cuivre * . 89.

Acide arsenique . . /p-

Eau

Perte 1

100.

Ce qu’il y a ici de remarquable , c’est que la quantité d’acide surpasse celle de cuivre , tandis que , dans le résultat auquel est parvenu M. Clienevix , elle forme seulement un peu plus du tiers de la quantité de cuivre. Il n’est donc pas évident que les limites indiquées par ce célèbre chimiste soient dans l’essence même des substances analysées.

Les expériences des mêmes savans sur les cristaux ca- pillaires 11e présentent pas des diversités moins frappantes. Suivant le citoyen Vauquelin : ces cristaux contiennent ,

Silice 2.

Eau 5.

Arseniate de fer 7 à 8.

Arseniate de cuivre . » . 86.

100.

Ce chimiste ajoute que si l’arseniate de cuivre ne ren- fermoit pas de matière étrangère , il seroit formé d’environ parties d’oxide de cuivre et de 3i d’acide arsenique.

Nous avons sur le même objet un autre résultat obtenu

ce résultat annoncé par le citoyen Vauquelin , et si différent d’une autre part de celui qu’on va voir, avoit été obtenu dans un premier essai, ou que ce chimiste , lorsqu’il écrivoit à M. Clienevix, s’en est fié à sa mémoire, qui ne l’aura pas aussi bien servi qu’à l’ordinaire. Quoi qu’il en soit , le seul résultat avoué par le citoyen Vauquelin est celui que nous publions ici , et qui a été consigné dans le Journal des mines , 55, p. 56a.

40 ANNALES DU MUSEUM

par M. Klaproth , dont les travaux ont concouru si avan- tageusement , avec ceux de V auquelin , à nous procurer des connoissances exactes sur la composition des minéraux. Ce résultat a donné ,

Oxide de cuivre 5 0,62.

Acide arsenicjue

Eau . , 3,5o.

Perte 0,88.

100,00 (1).

La quantité de cuivre est à peu près la même que dans le résultat de M. Chenevix j mais on trouve d’un coté 45 d’acide avec 3,5 d’eau , et de l’autre seulement 2. y d’acide et 1 8 d’eau ce qui est très-différent.

Au reste, il ne faudroit que s’en tenir aux résultats même de M. Chenevix, pour trouver ici des difficultés et des causes d’incertitude : car , tandis que ce célèbre chimiste a retiré des cristaux capillaires et des masses mamelonnées une quantité d’eau très-sensible , ces deux modifications sont regardées, par M. de Bournon , comme de simples variétés de sa troisième espèce , qui est l’octaèdre aigu , et qui n’a donné que du cuivre et de l’acide arsenique sans eau. Il y a mieux : c’est que si l’on rapproche les analyses des cristaux capillaires et des masses mamelonnées de celle des cristaux en prismes trièdres , que M. de Bournon range dans sa quatrième espèce , on verra que les différences n’excèdent pas celles qui se rencontrent assez souvent entre

(1) Additions à la Co .noissance chimique des minéraux , p, 1 92.

I

d’histoire naturelle. 4 1

les analyses de plusieurs morceaux qui appartiennent visi- blement à une même espèce de minéral.

J’ajoute que M. de Bournon paroissoit d’autant mieux fondé à regarder les cristaux capillaires et les concrétions mamelonnées comme de simples variétés de l’octaèdre aigu , qu’il indique les modifications intermédiaires qui lient ces variétés à leur type ; en sorte que , suivant lui , il y a des cristaux qui sont parfaitement déterminés dans une partie de leur longueur et fibreux à leur extrémité.

M. de Bournon, frappé sans doute de l’exception que paroit souffrit ici cet accord entre les deux sciences , an- noncé par M. Chenevix et par lui-même , a inséré depuis , dans le journal de M. Nicholson (i), une note il pro- pose d’établir une cinquième espèce de cuivre arseniaté , composée des cristaux capillaires et des concrétions ma- melonnées 5 ce qui semble moins lever la difficulté que la mettre dans un plus grand jour.

On ne peut disconvenir que les modifications du cuivre arseniaté ne présentent des différences sensibles dans leur aspect , leurs formes extérieures et leurs couleurs. M. de Bournon en indique aussi relativement à la dureté et à la pesanteur spécifiques. Mais la réduction des êtres naturels au plus petit nombre possible d’espèces réellement distinctes , est un avantage si précieux pour la science qu’elle perfectionne en la simplifiant, qu’avant, de séparer des substances , d’après quelques diversités qui semblent contrarier les rapports qu’elles ont d’ailleurs entre elles , et avant de leur chercher

(i) A journal of natural philosophy , eliemistty } and tire arts? by Williams Nicholson 5 july x, xÔ02, n°. 7, p. iy4»

1 .

6

42 ANNALES DU MUSEUM

des noms spécifiques particuliers , comme cela seroit néces- saire , il faudroit avoir épuisé tous les moyens de s’assurer que les diversités dont il s’agit ne sont pas purement acci- dentelles. Quand même les reclierclies qui restent encore à faire pour remplir ce but n’auroient d’autre effet que de faire disparoître de la méthode une seule des espèces admises par les deux hommes célèbres dont j’ai exposé les résultats , elles ne seroient pas stériles pour le progrès de la miné- ralogie.

O

d’ histoire naturelle.

43

ANALYSE

DE L’ALUMINE DE HALL, EN SAXE, r a r. A. F. F O U R C R O Y.

NT o N confrère Haily m’a remis quelques fragmens ? pesant ensemble environ trois grammes, d’une terre blanche, annoncée comme de l’alumine pure ^ trouvée à Hall en Saxe , pour la soumettre aux essais que cette petite quantité pourrait me permettre. Il m’a remis en même temps sur la découverte et le gîte de cette substance , une note que je transcrirai ici telle qu’elle lui a été donnée par ÎVL Bénich , minéralogiste allemand , très -instruit , et très-zélé pour les progrès de la science des minéraux.

« L’alumine pure , dit M. Bénich a été découverte à Hall en Saxe , dans le jardin d’une maison royale d’édu- cation ( nommée Pedagogium regium ) , en y arrangeant une place pour le jeu ,de ballon. Elle se trouve immédiatement sous le terreau dans de la glaise ^ avec laquelle elle est souvent mêlée. Sa forme présente toujours des concrétions

6 *

/

44 ANNALES DU MUSEUM

mamelonnées , de quelques millimètres jusqu’à un déci- mètre d’épaisseur. Elle est devenue assez rare , soit par les recherches des amateurs , soit par les travaux des jardi- niers^ qui ont détruit les mamelons en bêchant le terrain. C’est ce quia fait dire qu’on ne la rencontrait plus. J’en ai trouvé néanmoins dans l’endroit indiqué , et même dans le voisinage sous le gazon ; et , suivant ce que l’on m’a assuré , elle pourrait être retirée encore de plusieurs autres endroits du jardin.

» Le célèbre Schreber , alors à Hall , en a fait le premier l’analyse , qui a été répétée par plusieurs chimistes , entre autres par Gren : j’ai vu moi-même ce dernier chimiste tra- vailler à cette analyse. Le résultat a toujours été le même ; savoir , l’alumine très-pure , fort peu de chaux carbonatée, et de l’acide carbonique. Ce dernier entre dans cette combi- naison dans une proportion trop grande pour être attri- buée à la chaux carhonatée seulement , dont l’existence n’y semble être qu’accidentelle.

» Dans la suite on en a annoncé la découverte en Bohême et en Silésie , ce qui n’a point été confirmé. Cependant des personnes dignes de foi m’ont assuré qu’on l’a trouvée depuis peu sur le Hartz.

« L’existence de ce minéral étant donc prouvée, Werner n’hésita plus de lui assigner une place dans son système de minéralogie , ce qui a été suivi par la plupart des mi- néralogistes et chimistes allemands. Feu M. Wiedenmann , seul , ne croyoit pas y voir le type de la nature , et il considérait cette substance comme le résidu d’un procédé pharmaceutique Cette opinion n’est appuyée par aucun fait connu. Wiedenmann ne semble l’avoir avancée , qu’en

b’ HISTOIRE NATURELLE.

supposant le jardin dudit Pedagogium regium , voisin de la pharmacie de la fameuse maison des orphelins , dont les vastes bâtimens touchent en effet ceux du pedagogium , n’en connoissant pas la localité ; et il a confondu ces deux établissemens. Enfin , il seroit très-difficile d’obtenir l’alumine aussi pure ; il le seroit encore plus de la disposer, comme l’a fait ici la nature , en concrétions réniformes entre les vastes couches d’une colline. On ne sait pas trop ce qui pourrait avoir engagé les anciens pharmaciens chimistes à la porter et à la déposer dans un jardin éloigné de leur pharmacie d’un quart de lieue séparé d’elle par une grande rue , et enfermé de murailles. Ne se seraient -ils donné tant de peines que pour proposer un problème aux chimistes et aux minéralogistes modernes ? »

Cette terre est d’un beau blanc , douce au toucher , un peu grenue , légère et poreuse assez semblable à l’agaric fossile , happant à la langue , répandant l’odeur argileuse lorsqu’on y souffle la vapeur pulmonaire. Quand on la presse entre les doigts , elle se brise et devient friable. On y trouve quelques parcelles d’oxide de fer rouge , dispersées inégalement dans sa masse.

Elle est infusible au chalumeau ; en l’y faisant rougir , elle devient plus sèche et moins pesante sans se durcir sensiblement , quoiqu’elle perde un peu de son volume primitif.

En la chauffant au rouge dans un creuset d’argent pendant quelques minutes , elle perd près de la moitié de son poids , sans prendre de dureté et sans se cuire.

Elle se dissout très-bien dans les acides sulfurique , ni- trique et muriatique, à l’aide d’une légère chaleur j elle ne fait

46 ANNALES 33 U MUSEUM

point effervescence pendant cette dissolution. Elle laisse un peu de résidu en poussière blanche , indissoluble , légèrement grenue , qui m’a paru être de la silice , et dont la nature n’a pas pu être appréciée à cause de sa petite quantité.

La dissolution de l’alumine de Hall dans l'acide sul- furique a donné , par une lente évaporation , des cristaux en feuillets nacrés ; en y ajoutant quelques gouttes de dis- solution de sulfate de potasse, il s’y est formé sur-le-champ des cristaux octaèdres d’alun. Cette expérience prouve que la terre de Hall ne contient point de potasse puisqu’elle n’a point fourni d’alun par sa simple dissolution dans l’acide sulfurique , et puisqu’il a fallu y ajouter du sulfate de po- tasse pour en obtenir ce sel triple.

Un gramme de cette terre a été chauffé avec cent vingt fois son poids d’eau distillée qu’on a fait bouillir pen- dant une demi-heure ; la liqueur filtrée n’a point changé la teinture de tournesol ; elle a fortement précipité le ni- trate de barite et l’acide oxalique. Sa presque totalité, éva- porée lentement , et jusqu’à siccité , a fourni de petits cris- taux aiguillés ? soyeux , insipides , et très - reconnoissables pour du sulfate de chaux déjà indiqué par les trois réactifs précédens. Gn a fait bouillir une seconde fois de l’eau distillée en même quantité , et pendant le même temps sur l’alumine 5 et en pesant le résidu de cette seconde lessive avec celui de -la première auquel il étoit parfaitement semblable pour la nature , on a eu en sulfate de chaux une quantité presque égale au quart du poids de la terre.

L’alumine ainsi lessivée dans deux cent quarante fois son poids d’eau bouillante et à deux reprises , avoit perdu presque la moitié de son poids après une dessiccation

d’ HISTOIRE NATURELLE. 4 7

lente. Elle étoit extrêmement divisée et très-légère. On l’a trai- tée par l’acide nitrique foible ; elle s’y est dissoute avec effer- vescence , tandis qu’avant son lavage , et dans l’état naturel , elle s’étoit dissoute sans aucun mouvement ou dégagement de gaz : ainsi elle avoit absorbé de l’acide carbonique pen- dant sa dessiccation.

Cette dissolution nitrique de l’alumine lessivée ne préci- pitoit plus par le nitrate de barite , et ne contenoit plus de sulfate ; elle a donné un précipité assez abondant par l’acide oxalique 5 et ce précipité , qu’on a reconnu pour de l’oxalate calcaire , a prouvé , que la présence de la chaux unie à l’acide carbonique étoit la cause de l’effervescence annoncée.

Il résulte de ces expériences qu’il ne m’a pas été permis de pousser plus loin à cause de la petite quantité du fossile qui 111’a été remise , que l’alumine de Hall , au lieu d’être de l’alumine pure , contient , avec cette terre ? du sulfate de chaux , de la chaux non acidifère , de l’eau. , et une quantité presque inappréciable de silice 5 plus , quelques traces d’un muriate qui s’est aussi montré dans plusieurs de nos essais.

L’acide sulfurique,, qu’on assure que M. Simon, de Berlin, y a trouvé à la quantité de 0,20, n’y est pas isolé ni com- biné à l’alumine , mais à la chaux.

Il y a lieu de croire que la chaux qui y a été trouvée libre après une longue ébullition dans l’eau et une lente dessiccation à l’air , y étoit unie à l’alumine j qu’elle en a été séparée par l’agitation et l’action de l’eau bouillante , au point d’attirer ensuite l’acide carbonique atmosphérique , et de devenir effervescente.

48 ANNALES D TJ MUSEUM

Quant aux quantités respectives ou aux proportions des matières contenues dans cette terre , on pourroit con- clure de l’analyse que je viens de décrire, qu’elle contient,

Alumine 4^*

Sulfate de cliaux 24*

Eau . . . 2 7.

Chaux, silice, et un muriate 4*

100.

Mais je n’ai point eu assez de ce fossile pour déterminer avec précision ces proportions 5 je ne puis rien dire d’exact sur la chaux , ni sur les quantités réelles d’eau et d’alumine. Je soupçonne que la chaux y est plus abondante , l’eau bien davantage que je ne le dis , et l’alumine bien moins que je ne l’indique.

Ainsi je renverrai la recherche de ces résultats à un tra- vail plus parfait ; je m’y livrerai, si je puis me procurer une quantité suffisante de cette terre , avec d’autant plus de plaisir que je crois ce sujet piquant et neuf sous plusieurs rapports pour l’histoire des fossiles.

Dafj’ùié fa/' G l'an J'f><

u/ortfA

Fi.ir.

Tithonia tageüflora.

d’ histoire naturelle.

4 9

DESCRIPTION

DU GENRE T I T H O N I A.

par desfontaines.

La description de ce genre avoit été lue à l’Académie des Sciences en 1780, et devoit être insérée dans les mé- moires des savans étrangers $ mais ces mémoires n’ayant point été imprimés depuis cette époque , et celle ils le seront étant incertaine , nous avons cru devoir la publier dans les annales du Muséum.

Caractère essentiel .

Calice cylindrique. Divisions très- profondes , ovale-allongées, disposées sur deux rangs. Demi-fleurons stériles. Fleurons tous hermaphrodites à cinq dents. Tube renflé près de la base. Graines allongées, couronnées de quatre à cinq pail- lettes. Réceptacle garni de paillettes concaves. Feuilles alternes.

Calix cylindricus , gemino ordine multipartitus , laciniis ovato-oblongis , con- niventibus , strictis , subœqiialibus. Flores radiati , ligulis neutris. Corollulœ hermaphrodites , tubulosœ , supra basim inflatœ , quinquedentatœ. Semina elon- gata 1 paleis quatuor aut quinque coronata. Receptaculum paleaceum. Folia alterna.

TITHONIA TAGETIFLORA. Tithonia à fleurs de Tagètes. Foliis altérais, cordatis , triangularibus , in petiolum productif; inferis trilobis.

Racine rameuse , annuelle.

Tige droite , lisse , cylindrique , de la grosseur du doigt , haute de quatre à ciiwj

7

1 .

5 O ANNALES DU MUSEUM

décimètres , couverte d’un duvet fin et très-court , partagée en deux , trois , ou en plus grand nombre de rameaux creux , inégaux , renflés , et dégarnis de feuilles au sommet, terminés chacun par une fleur.

Feuilles alternes , en cœur , rudes , velues , dentées , un peu pendantes , larges de cinq à huit centimètres, longues de huit à neuf, marquées de trois nervures longitudinales, décurrentes sur un pétiole légèrement creusé en gouttière; les inférieures sont ordinairement divisées en deux ou trois lobes un peu aigus , dont les sinus sont arrondis.

Calice cylindrique , à dix ou douze divisions profondes , entières , ovale - allon- gées , égales , terminées en pointe , larges de huit à dix millimètres sur deux centi- mètres de longueur, rapprochées, dispo ées sur deux rangs, réfléchies en dehors à l’extrémité après l’épanouissement d la fleur.

Corolle radiée. Diamètre de quatre centimètres. Neuf à douze demi - fleurons stériles , elliptiques , obtus , irrégulièrement dentés , ou seulement échancrés au sommet , portés sur un tube court , filiforme , velu et légèrement arqué.

Fleurons tous hermaphrodites , couronnés de cinq petites dents aiguës. Tube cylindrique , renflé près de la base. Cinq étamines réunies par les anthères. Un style surmonté de deux stigmates écartés et recourbés en bas , comme dans le plus grand nombre des Composés.

Graine lisse , longue de onze à douze millimètres , couronnée de quatre à cinq paillettes blanches , aiguës.

Piéceptacle convexe , garni de paillettes concaves , aiguës , un peu plus longues que les graines.

J’ai donné à ce genre le nom de Tithonia à cause de la couleur aurore de ses fleurs. Il a du rapport avec le genre G aillar dia de Fougeroux , ou Virgilia de L’Héritier. Il en diffère par son calice cylindrique , dont les divisions sont sensiblement égales , ovale - allongées ? serrées et disposées sur deux rangs , par ses fleurons renflés près de la base ; les graines du Gaillardia sont coniques et couronnées de huit paillettes distinctes , celles du Tithonia sont très-allon- gées , et seulement surmontées de quatre à cinq paillettes. Cette plante fleurit en été : je ne lui connois aucun usage ni dans la médecine , ni dans les arts $ elle mériteroit cl’ètre multipliée dans nos parterres ? dont elle seroit un

D HISTOIRE NATURELLE.

5 1

clés plus beaux ornemens. Tliiery , voyageur connu par des projets utiles à son pays , en envoya, en 1 7 7 8 , au jardin des plantes, des graines qu’il avoit cueillies dans les envi- rons de la Vero Crux. Elle a été cultivée pendant deux ou trois ans ; mais comme elle ne donnoit que peu de semences , elle s’est perdue , et l’on n’a pu se la procurer depuis.

Explication de la Planche IV.

1. Un demi-fleuron.

2. Un fleuron.

3. Les étamines , dont une séparée des autres.

4. Une paillette du réceptacle.

5. Un ovaire avec son aigrette.

*

7

5a

ANNALES DU MUSÉUM

MEMOIRE

Sur la plante nommée par les botanistes Eric J. daboecia1 et sur la nécessité de la rapporter à un autre genre et à une autre famille .

par JUSSIEU.

T oUrnefort a le premier fait connoître , sous le nom à’Erica cantabrica , flore maximo , foliis Myrti subtus incanis , Inst, p. 6o3 , une plante à tige basse et ligneuse comme la bruyère , dont elle a tout le port , et que Rai cite ensuite dans sa Dendrologie ? p. 98 3 sous le même nom géné- rique , en ajoutant que les Irlandais la nomment Dabeoci . Cette plante, indiquée en Angleterre et en Irlande, fut d’abord connue imparfaitement par Linné , qui , dans la deuxième édition de ses Species , p. 5op , la rapporta > avec doute, à la fin du genre Erica , sous le nom d '’Erica daboecia. En- suite ayant reçu la description de la fleur et du fruit , envoyée par Colinson , il la nomma Andromeda daboecia dans la douzième édition de son Systema ? p. 3 00 , en observant que son port commandoit ce rapprochement , quoique par le nombre de ses parties elle eût plus d’affinité avec la bruyère j Murray et Reiçhard adoptèrent ce changement.

!>’ HISTOIRE NATURELLE. 53

Thunberg , dans sa monographie sur V Eric a , la ramena à ce genre sous son premier nom , en quoi il a été suivi par Lamarck, Gmelin et Wildenow.

Cette incertitude de Linné et des autres dans la déter- mination générique provient ou de la non-observation de toutes les parties de la fructification , ou du peu de cas que quelques-uns ont fait de certains caractères assez impor- tans. Les partisans de l’ordre systématique croient souvent avoir donné une idée complète d’un fruit capsulaire , en disant qu’il est à quatre loges , remplies de plusieurs se- mences , et qu’il s’ouvre en quatre valves. Celui qui étudie les affinités naturelles ne s’en tient pas à cette indication ; il veut connoître la forme et la structure des valves , leur manière de se réunir , la position et l’attache des semences $ et de ces différentes considérations tirant des conséquences plus précises , il parvient souvent à fixer invariablement le lieu qu’une plante doit occuper dans l’ordre naturel.

La plante en question peut en offrir un exemple assez frappant. Il existe dans la série actuelle des dicotylédones à corolle monopétale et périgyne , c’est-à-dire attachée au calice , deux familles anciennement réunies en une seule , et de plus confondues avec d’autres genres dans les Ordines naturales de Linné , ord. 1 8 , dans la famille des airelles d’Adanson ? et même dans la série des ordres de Trianon. Ces familles ont été distinguées plus récemment d’après des caractères assez tranchés , et tellement importans , qu’elles pa- roissent devoir rester toujours séparées, et ne pouvoir jamais être confondues à l’avenir. Ce sont les Rhododendra ou rosages , et les E?ncae ou bruyères distingués dans le Généra que j’ai publié en 178p. Le fruit de la première

54- ANNALES DU MUSEUM

de ces familles est une capsule dont chacune des valves ren- trant sur elle-même, et rapprochant intérieurement ses bords^ forme une loge entière , absolument séparée et indépendante de la loge formée par la valve voisine ( valvoe inti'ojlexaG loculum proprium constituentes ). Ces bords des valves vont s’appliquer contre un axe central auquel sont attachées des graines nombreuses et menues. Les valves qui composent la capsule des bruyères ont une structure différente. Chacune porte dans son milieu une cloison qui la partage en deux ( vcilvae medio septiferae') , et qui^ s’appliquant contre l’axe central , également séminifère, produit la séparation des loges, de manière que chacune de ces loges est formée par le concours de deux valves. Cette distinction assez frappante fixe invaria- blement la ligne de démarcation entre les deux familles , qui d’ailleurs offrent encore d’autres différences. Elle a été adoptée par les botanistes sectateurs de l’ordre naturel 9 et a servi à V entenat pour prouver que Vepigœa , rangé par moi dans les bruyères , devoit passer aux rosages , puisqu’il avoit les valves rentrantes , et formant chacune leur loge parti- culière.

Smith, dans ses Rlantae inecLitae , cédant au même motif, a rapporté aux rosages son genre nouveau , nommé par lui Menziezia , t. 56, qui , au caractère d’une corolle en grelot quadrifide , de huit étamines périgynes , d’un ovaire libre 9 surmonté d’un style et d’un stigmate , joint une capsule à quatre valves rentrantes absolument comme celles du Rhododendrum et de Vepigœa.

En examinant la capsule de Verica daboecia , on lui retrouve la même structure que dans les rosages , c’est-à- dire , quatre valves rentrantes $ d’où l’on tire la consé-

d* histoire naturelle. 55

quence naturelle que cette plante , loin de rester dans le genre de Ver ica ou de Vandromeda , doit même être dé- tachée de la famille des Bruyères pour passer dans la voi- sine. L’inspection de ses autres caractères , tirés de la forme et du nombre des diverses parties force aussi de la rap- porter au genre Menziezia dont elle ne pourra plus être sé- parée , quoiqu’un peu différente par le port. Nous propo- serons de la nommer menziezia poly folia , parce que ses feuilles ressemblent en effet beaucoup à celles du Teucrium polium , L. et de V andromeda polyfolia , L. On pourra la caractériser par la phrase descriptive suivante.

Menziezie ( à feuilles de polium ) , alternes , ovales , révo- lutées, vertes, glabres, et garnies seulement de quelques poils épars en dessus , tomenteuses et blanches en dessous j à fleurs en grappe terminale.

Menziezia ( polyjolia ) foliis altérais , ovatis , revolutis , suprà viridibus , glabris , passim pilosis , subtiis tomentosis , incanis ; floribus racemosis , terminalibus.

L’espèce de Smith , qu’il nomme simplement Menziezia ferruginea , pourra être ainsi distinguée.

Menziezie (ferrugineuse), à feuilles terminales, fasciculées, lancéolées , dentelées , non révolutées , garnies de poils en dessus , lisses en dessous $ à fleurs également disposées en fais- ceaux entre les feuilles , et portées chacune sur un long pé- doncule.

Menziezia {ferruginea'), foliis terminalibus ,fasciculatis? lanceolatis? denticulatis , non revolutis ? suprà pilosis , subtus lœvibus ; floribus inter folia pariter fasciculatis , singulis longé pedicellatis.

Une troisième plante peut être rapportée avec doute au

56 ANNALES Dtr MUSEUM

même genre : c’est Y Azalea pilosa de Michaux ? que Lamarck cite dans ses Illustrations , pag. 494 ? comme espèce incertaine , à la lin du genre Azalea : dont elle diffère par son nombre d’étamines , portées à huit au lieu de cinq. Nous pouvons supposer que sa capsule est semblable pour la structure à celle du Menziezia ? puisque l’auteur en faisoit un Azalea . Ce nombre d’étamines indique celui de quatre valves au lieu de cinq ; et de ces deux considéra- tions résulte un rapprochement réel du Menziezia ? confirmé par l’existence d’une corolle ovale ? énoncée dans sa phrase descriptive.

PLANCHE IV.

A. Une capsule du Menziezia poly folia.

B. Une capsule de V Andromeda buxifolia.

C. Une capsule du même Andromeda } vue en dedans.

POLYPTERE BlCHIR

d’ HISTOIRE NATURELLE.

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HISTOIRE NATURELLE

JEt D esc ri pt ion anatomique d’un nouveau genre de poisson du Nil , nommé P o l y pt è r e.

par E. GEOFFROY.

C’est en général parmi les poissons à branchies fixes et à squelette cartilagineux que se rencontrent les formes les plus variées et les plus curieuses : c’est que d’im- portantes modifications de quelques - uns des organes constitutifs de la vie déterminent nécessairement des diffé- rences majeures dans le reste de l’organisation. Mais que parmi les poissons abdominaux : les êtres ont entre eux de si grands rapports 7 il y ait une espèce pres- qu’entièrement différente de ses analogues 7 et , pour ainsi dire étrangère au milieu de sa propre famille , c^est sans doute une considération neuve pour l’histoire naturelle , et digne de l’attention des physiologistes.

Cette espèce 7 connue en Egypte sous le nom de bichir 9 est en effet tellement anomale aux poissons abdominaux , qu’on peut dire qu’elle n’a guère d’autres rapports avec eux 1. 8

5 8 ANNALES DU MUSEUM

que la position respective des nageoires pectorales et ven- trales , et que d’ailleurs elle en diffère entièrement.

§ I. De la physionomie du Bichir. Le port de ce poisson le feroit prendre pour un serpent et c’est ce qui lui a valu de la part des Egyptiens le nom de bichir ou à? about* chir : sa tête est défendue par de larges pièces osseuses , et son corps se trouve revêtu de grandes écailles 5 il est , en quelque sorte , cuirassé. Il est sur- tout remarquable par la considération de son abdomen dont la longueur égale les quatre sixièmes de sa longueur totale.

§ il. Des organes du mouvement . Le bichir semble privé de celui de ces organes qui joue le principal rôle dans la natation j car sa queue est d’une brièveté singulière , tout au plus égale au douzième de sa longueur totale : mais cet inconvénient n’a rien de réel. Les nageoires de ce poisson qui correspondent aux extrémités des mammifères , se trou- vent façonnées de manière qu’il peut à volonté les employer comme les phoques , soit à la natation ^ soit à la marche , soit au moins à la reptation. Déjà nous connoissions une organisation assez semblable , celle des lophies , dont les nageoires pectorales et ventrales sont placées à la suite de prolongations charnues ; mais ce genre appartient à l’ordre des poissons jugulaires , les extrémités se trouvent dans un ordre renversé , et ne peuvent servir à accrocher ces animaux que dans certaines circonstances.

Le bichir présente donc a cet égard , avec les quadru- pèdes , une analogie plus complète. Pour l’apprécier à sa juste valeur, décrivons les nageoires pectorales et ventrales.

L’extrémité antérieure ( 70 millimètres ou 2 pouces 7'lig. ) est plus longue que la postérieure (0.049)* Le

d’ histoire naturelle. 5 9

bras est de très -peu plus court que la nageoire ( 36 millimètres ou î pouce î o lig. ) : il est très -aplati , nu en dedans , et seulement revêtu d’écailles à l’extérieur j on y retrouve tous les os qui composent l’extrémité antérieure des quadrupèdes.

L’omoplate est une large pièce carrée , au haut de laquelle est une apophyse large à sa base , et qui s’articule avec la dernière des plaques de la tête : le sternum est de forme allongée , disposé transversalement, remarquable par une large gouttière située en devant $ au dessous est l’os claviculaire , qui saille en dehors de manière â accompagner parallèlement l’humérus , et à servir comme lui aux articu- lations de l’avant-bras. Quant à l’humérus , c’est un osselet très-court et moins large que la partie de la clavicule dont 4 il est accompagné : tous ces osselets ne sont séparés que dans de jeunes sujets j ils se réunissent dans les adultes de manière à ne former qu’un seul os , les traces de leurs anciennes séparations se manifestent toujours par des sutures.

L’avant -bras est composé de deux os longs , grêles et inégaux , le cubitus et le radius , lesquels s’écartent sous un angle de 5o° : une plaque osseuse , ronde, très - mince , et que je regarde comme un véritable carpe , occupe le centre de cet écartement ; et c’est sur la base demi-circulaire de ce triangle que viennent s’appuyer les apophyses tutrices des rayons $ cette espèce de métacarpe est terminée par la nageoire.

Parmi les muscles dont l’avant-bras est pourvu, on dis- tingue un adducteur et un abducteur, et sur-tout de larges fléchisseurs et extenseurs qui tapissent l’intérieur et l’exté- rieur du métacarpe. 8 *

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ANNALES DU MUSEUM

II s’en faut de beaucoup que l’extrémité postérieure pré«r sente autant de points de contact avec celle des mammifères. Le membre ( 1 o millimètres ou \ lig. ) est extrêmement court relativement à la nageoire ( 3 9 millimètres ou

1 pouce 5 lig. ) j il n’est d’ailleurs composé que de cinq os. Le premier, qui fait , avec son congénère , fonction de bassin, est long , aplati , et se termine par une large base , à l’ex- trémité de laquelle s’articulent quatre petits osselets allongés et parallèles. Les apophyses tutrices des rayons , quoi- qu’extrêmement courtes , enveloppent pourtant de chaque coté l’extrémité de ces quatre osselets ; ce qui est possible , parce que chaque rayon , composé de deux lames , se trouve terminé par une double apophyse.

Cette organisation se voit plus en grand et plus distincte- ment dans la nageoire anale , chaque rayon , composé de deux lames triangulaires , réunies seulement par leur bord antérieur , est disposé de manière que le premier rayon reçoit le second , celui-ci le troisième, cet autre le quatrième , et ainsi de suite.

La nageoire dorsale offre un fait d’organisation non moins curieux que ce que nous venons de décrire : elle se trouve composée de seize, dix-sept ou dix-huit rayons osseux (long.

2 5 millimètres ou 1 1 lign. ) , séparés les uns des autres f transversalement comprimés , également larges ( 3 milli- mètres ou 2 lign. ) , et terminés par deux pointes aiguës. Ces lames osseuses , en se relevant tout le long du dos , dé- veloppent au besoin une arme redoutable : cependant pour que ces lames jouissent d’une base proportionnelle à leur solidité , elles s’articulent directement avec les apophyses montantes des vertèbres , et non plus , comme dans les autres

d’histoire NATURELLE. 6 I

poissons , avec les apophyses tutrices des rayons : à cet effet y les apophyses montantes des vertèbres sont et plus fortes et terminées par une tète destinée aux articulations des rayons. Les apophyses tutrices , devenues inutiles par ce singulier arrangement , se retrouvent toutefois , mais plus petites , et engagées sous la peau dans le tissu cellulaire ; ce n’est plus que le rudiment de ce qui existe ailleurs avec plus de développement.

Les rayons dorsaux ne sont pas seulement transformés en dard à double pointe , chacun d’eux est encore une nageoire particulière ; car il naît de la surface postérieure des lames osseuses une membrane transparente qui excède de beau- coup le rayon lui -même ( millimètres ou i pouce 6 lign. ) , laquelle est soutenue vers le haut par quatre petits rayons ronds et cartilagineux , qui ont chacun une origine particulière. Cette suite de petites nageoires se prolonge jusque sur la nageoire caudale sans interruption , au point qu’on ne les distingue que par la différence de leurs rayons.

La queue est très - courte , comprimée sur les côtés , et terminée en pointe : la nageoire qui la borde en dessus et en dessous est cependant arrondie à son extrémité j les rayons de cette nageoire , composés d’anneaux articulés , se subdivisent à mesure qu’ils s’éloignent de leur origine ; ceux des nageoires pectorales et ventrales leur ressemblent , à la différence de la taille près : tous sont tellement rapprochés et retenus, qu’ils ne paroissent pas susceptibles de mouve- mens propres.

§ III. De la tête . L’ouverture branchiale est d’une gran- deur considérable , ce qui n’arrive jamais dans les autres

6 2 ANNALES Dn MUSÉUM

poissons , à moins que le nornbi*e des rayons branchiostèges n’augmente en proportion. Mais dans le bicbir il n’y en a aucun ; ils y auroient d’ailleurs été à peu près inutiles , puis- que la membrane branchiostège ? au lieu d’être assez mince pour se plisser ou se déployer à volonté ? est formée d’un cuir épais : comme elle se trouve d’une assez grande étendue pour excéder de beaucoup le bord opposé de l’ouverture branchiale , elle est soutenue vers le milieu par une longue plaque osseuse.

On imagine bien qu’un organe branchiostège comme celui-ci ne pourroit remplir les fonctions qu’on lui connoît dans les autres poissons , si l’on ne trouvoit dans les arran- gemens des plaques qui recouvrent la tête une sorte de compensation pour ce qui manque , une organisation sup- plémentaire qui mette toutes ces parties dans un accord

Le milieu de la tête se trouve protégé par une grande plaque composée de six pièces toutes articulées ensemble : cette espèce de casque se trouve séparée de l’opercule par une bande composée de petites pièces carrées 9 lesquelles , venant de l’œil , se portent obliquement sur les côtés de la nuque. Vers le milieu, on remarque que deux de ces pièces ne tiennent par une membrane qu’à la première pièce de l’opercule , tandis que teur bord opposé est libre : cette fente communiquant avec la cavité de la bouche, il arrive que l’eau ? qui s’est portée sur les branchies , se trouve fortement comprimée tant par les pièces de l’opercule que par la longue plaque qui tient lieu des rayons bran- chiostèges ? que ce liquide soulève les deux petites pièces mobiles , et s’ouvre un passage par il s’échappe comme par une véritable soupape.

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d’ histoire naturelle. 63

L’opercule n’offre rien de bien remarquable ; il est com- posé de trois pièces : l’antérieure et la postérieure sont à peu près de même grandeur j la troisième, qui est située entre deux , est beaucoup plus petite , et se trouve avoir la forme d^un triangle équilatéral : au-dessus de cette troisième pièce , les deux autres sont contiguës. Les feuillets des branchies sont simples.

La forme de la tête se rapproche assez de celle des ésoces j elle est longue et aplatie de haut en bas j la mâchoire inférieure est un peu plus avancée.

La bouche est large j son intérieur est garni d’une double rangée de dents égales , fines , aiguës , assez rapprochées. Sa cavité est remplie par une langue extrêmement épaisse , libre et non couverte de dents , comme dans les ésoces. Sur les côtés de la bouche sont deux lèvres prolongées dont il n’y a que la supérieure qui soit soutenue par un cartilage 5 ce cartilage n’est autre chose qu’un tendon épaissi : un peu au-dessus , vers l’endroit commence la lèvre mobile , on trouve un petit barbillon, long de 4 millim. (2 lign. )j et entre les deux barbillons deux petits trous qui sont les ouvertures des narines.

L’œil est situé plus en arrière et sur les côtés de la tête y il est aplati et assez profondément logé.

§ IV. Des tégumens généraux. Le bichir est à peu près cuirassé de la même manière que l’ésoce cayman : ses écailles sont grandes , épaisses , rhomboïdales , très-fortement fixées dans la peau et distribuées obliquement par bandes : cha- cune de ces bandes commence à la ligne moyenne du dos , et finit à la ligne moyenne du ventre , de façon à for- mer avec la bande du côté opposé un angle d’à peu près 45 degrés.

64 il If AIES DU MUSÉUM

Le vert de mer est la couleur générale du bichir j le ventre tire un peu sur le blanc sale : cette couleur est relevée par quelques taches noires , irrégulières , et plus nombreuses vers la queue que vers la tête.

La ligne latérale est droite et assez peu visible.

La taille commune du bicliir est de cinq décimètres ( i pied 6 pouces ) j le nombre des rayons des diverses nageoires , comptés sur plusieurs individus , se trouve dans la table suivante :

B. i. D. 16, 17 ou 18 nageoires dorsales. P. 32. V. 12. A. i5. C. 19.

§ V. Des organes de la digestion. Le bicliir se rapproche à cet égard bien davantage des raies que des ésoces, avec lesquels on seroit d’abord tenté de le classer. A l’extré- mité d’un œsophage assez spacieux ( 3 o millimètres ou 1 pouce 2 lig. de long ) se trouve l’estomac , de 110 milli- mètres ( 4 pouc. 5 lig. ) de longueur , sur 3 o millimètres ( 1 pouce 2 lig. ) de diamètre \ il est cylindrique dans une partie de sa longueur, et conique à son extrémité. L’intestin qui naît de la partie supérieure de l’estomac , s’élève d’abord pour se replier bientôt sur lui - même et se rendre droit à l’anus j un peu au-dessous de l’arc qu’il forme, 'on trouve, ce qui manque à la plupart des ésoces , un cæcum très- court (11 millimètres ou 5 lignes ) qui se dirige vers la tête. A l’intérieur du canal intestinal on observe } comme dans les squales et les raies , une membrane fixée à l’in- testin par un de ses bords , et roulée sur elle-même de ma- nière à former par ses différens replis autant de cellules qui arrêtent le cours des alimens et les font séjourner dans l’intestin le temps nécessaire pour la digestion. Quoique

d’histoire naturelle. 65

l’on ait connu déjà cet admirable mécanisme qui supplée ainsi à la trop grande brièveté des intestins , on n’en est pas moins étonné de rencontrer cette organisation dans un poisson de l’ordre des abdominaux.

§ VI. Des autres viscères abdominaux ? et i°. des vessies aériennes . Le genre ésoce ? comme la plupart des poissons abdominaux , n’a qu’une seule vessie natatoire , adhérente aux côtes , et occupant tout le haut et toute la longueur de la région abdominale : dans le bichir ? on trouve deux de ces sacs aériens j ce sont deux cylindres inégaux et qui ne sont adhérens qu’à l’estomac et au foie. La plus petite de ces vessies ( 2 5 millimètres ou 11 lig. ) accompagne l’estomac et se termine en pointe : la grande (200 milli- mètres ou 7 pouces 4 ) occupe toute la longueur de

l’abdomen. Vers la partie supérieure et inférieure de l’œso- phage est une fente qui débouche dans ces vessies : un muscle constricteur ferme au besoin cette large ouverture. 2°. Du foie. Ce n’est qu’une masse large et entière dans les ésoces 5 dans le bichir il est à peu près conformé comme les vessies natatoires , composé de deux lobes grêles et iné- gaux : la petite portion se porte sur la droite de l’estomac ; la plus longue ? qui est aussi la plus grêle , sur la gauche du canal intestinal. La vésicule du fiel naît de la longue portion 5 elle a la forme d’une bouteille à long goulot. (Long. 3 5 milli- mètres ou 1 pouce 4 lig*) (Diamètre. 1 o millimètres ou 4 lig- ) 3°. La rate est un corps rubané , de la consistance et de la couleur du foie 5 elle est adhérente à la grande vessie natatoire. 4°. Les reins ont à peu près la même forme ; ils sont au nombre de deux ? logés de chaque côté de la saillie de la colonne vertébrale : en quoi ils diffèrent beaucoup d’un 1 .

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66 ANNALES DU MUSEUM

rein unique d’une consistance pulpeuse , tel qu’on l’observe dans les ésoces. 5°. Les ovaires ( 3oo mill. ou 1 i pouc. ) n’offroient rien de remarquable ; ils n’étoient attachés aux organes voisins que par un tissu cellulaire si lâche , qu’ils se ramassoient en boule ou s’allongeaient suivant la manière dont on transportoit le poisson. Les œufs n’étoient pas plus gros que des grains de millet ; ils étoient d’un vert de pré , lorsque l’ensemble de l’ovaire paroissoit d’un brun-noi- râtre.

§ VII. Des habitudes duBichir. Queîqu’attention que j’aie pu apporter à prendre des informations sur les mœurs de ce poisson , je n’ai pu y réussir. On le trouve si rarement dans le Nil , que plusieurs pêcheurs m’ont avoué n’en avoir jamais vu d’autres individus que ceux que je leur avois mis sous les yeux. Le haut prix que je donnois de chaque bichir m’est un sûr garant que l’on m’a fourni tous ceux qui ont paru au marché général du Caire , et cependant je n’en ai jamais acheté plus de trois à quatre par an. C’étoit à l’époque des plus basses eaux qu’on le pêchoit , et il n’est jamais arrivé qu’on m’en ait apporté quelques jeunes indi- vidus. Ayant trouvé que tous les poissons du Nil se divi- soient en deux classes de voyageurs $ que les uns ? dans le décroissement de ce fleuve , le remontoient depuis son em- bouchure , et que les autres descendoient de la Nubie avec les grandes eaux , j’ai voulu savoir à laquelle de ces divisions appartenait le bichir j mais je n’ai pu trouver personne en état de m’en informer. Tout ce que j’ai pu soupçonner des divers renseignemens que j’ai acquis , c’est que le bichir n’habite que les lieux les plus profonds du fleuve , qu’il vit constamment dans la vase ? et qu’abandonnant

b’ HISTOIRE NATURELLE. 67

seulement ses retraites pendant la saison d’amour , il vient quelquefois alors se renfermer dans les filets des pêcheurs. Je n’ai même pu savoir de quoi il se nourrit ; j’en ai pourtant ouvert et disséqué trois individus , mais ils avoient l’estomac tout-à-fait vide : toutefois , à l’étendue de sa gueule , aux dents nombreuses dont elle est armée , à la conformation de son canal intestinal , il y a tout lieu de croire que le bicîiir est carnivore. Sa chair est blanche et beaucoup plus savou- reuse que celle des autres habitans du Nil : comme on ne peut entamer ce poisson avec le couteau , on est obligé de le faire cuire ; on détache alors plus facilement sa peau , que l’on enlève d’un seul morceau.

§ VIII. Des rapports naturels. Le genre dont le bicliir se rapproche davantage est celui des ésoces ; il a même quelque chose de la physionomie du caïman et de l’aiguille écailleuse , ressemblance qu’il doit à ses tégumens, à la distribution et à la grandeur de ses écailles. Mais on sent que ce n’est point une considération assez importante pour déterminer à ranger le bicliir parmi les ésoces , lorsqu’il en diffère , aussi bien que de tous les autres abdominaux connus , par des organes beau- coup plus essentiels. C’est le seul de cet ordre qui ait ses nageoires placées à l’extrémité des bras, le seul dans lequel les rayons branchiostèges soient remplacés par une plaque osseuse, le seul qui ait des espèces d’évents, munis de soupapes pour fermer ces ouvertures en dehors , tous caractères par lesquels il se rapproche des cétacés j c’est aussi le seul dont la la ligne dorsale soit garnie dans toute sa longueur de petites nageoires , le seul dont le premier rayon de ces nageoires soit transformé en un aiguillon à deux pointes , le seul dont les apophyses des vertèbres soutiennent , sans intermédiaire ?

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AITÏAIBS DU MUSÉUM les rayons osseux des nageoires dorsales ? le seul qui ait une queue si courte qu’elle est presque inutile à la nata- tion , le seul enfin qui semble , à l’égard des organes de la digestion, établir une nuance des abdominaux aux carti- lagineux. C’est d’après ces considérations que je me crois fondé à décider que le bichir, répugnant à entrer dans toutes les divisions connues , doit être considéré comme un être isolé , et comme dans cet état d’anomalie que les natu- ralistes ont coutume de désigner sous le nom de genre nouveau : en conséquence , j’établis ce genre ainsi qu’il suit:

POLYPTÈRE.

Caract. tnd. Un seul rayon branchiostège : deux évents : un grand nombre de nageoires dorsales.

POLYPTÈRE b i c h i k.

Habite dans le Nil.

Planche V.

Fig. i. Le Polyptère.

2. La tête du Polyptère vue en dessus. A. B. ouverture des évents.

3. Nageoire dorsale isolée vue de côté, l’on peut remarquer les deux pointes qui terminent le rayon osseux.

Pi. n.

Cuvier Del .

J. ING VL. 1 AnA TINA

Cio quel U

d’histoire naturelle.

MEMOIRE

Sur V animal de la Lingule (Lingula anatina lam. )

a r G. CUVIER.

3

Il n’est pas de genre de testacés qui prouve mieux que ne fait celui des Lingules^ la nécessité de connaître l’animal, et de ne pas se borner à la coquille , pour ranger convenable- ment ces mollusques dans une méthode naturelle.

En effet, les coquilles des Lingules, quoique d’une forme assez particulière, ne pouvoient faire soupçonner les grandes différences qui séparent leur animal des autres genres de sa classe -, et tant qu’on n’a connu qu’elles , on les a ballottées arbitrairement de genre en genre.

Comme elles n’ont point de dents à leur charnière, on ne pouvoit deviner , en les voyant isolées , qu’elles étoient bivalves 5 et Linnœus qui n’en avoit vu qu’une , l’avoit placée parmi les patelles , sous le nom d "’unguis , sous lequel elle paroît encore, quoiqu’avec doute, dans l’édition de Gmélin. Rumphè ? et d’après lui Favanne , avoient pensé que ce pouvoit être le bouclier testacé de quelque limace. Chemnitz ayant eu occa- sion d’en voir les deux valves , jugea , je ne sais trop

V

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y O ANNALES BU MUSEUM

pourquoi 5 qu’elle devoit passer dans le genre des jambonneaux^ et la nomma pinna un guis. Bruguière est le premier auteur systématique qui ait su que ces deux valves sont naturelle- ment attachées à un pédicule membraneux^ comme celles des térébratules et des anatifes , et qui en ait fait en consé- quence^ dans les planches de l’Encyclopédie , un genre par- ticulier , dont il ne donne point de description ? parce que son voyage et sa mort l’empêchèrent de conduire j usque - son dictionnaire d’Helminthologie. Mais le citoyen Lamark a adopté et caractérisé ce genre, et il restera d’autant plus sûrement , que l’animal , ainsi qu’on va le voir par ma des- cription , diffère considérablement de tous ceux des bivalves ordinaires.

Il est assez singulier que les auteurs systématiques aient été si long-temps dans l’erreur au sujet de la Lingule , tandis que cette coquille étoit déjà parfaitement représentée avec ses deux valves et son pédicule , dans Séba , tome III , pl. i 6, n°. 4 ? mais l’indication que cet auteur en donne en peu de mots , comme d’une espèce particulière de conque anatifère ? aura sans doute donné le change aux naturalistes.

Quoi qu’il en soit , l’échantillon possédé par Séba ? et com- posé de deux individus, étant passé depuis dans le cabinet du Stadhouder , et delà au Muséum , le citoyen Lamark a bien voulu me permettre de disséquer l’un des deux individus.

J’en ai observé un autre , rapporté par Riche de la mer des Indes , et déposé dans le cabinet du citoyen Alexandre Brongniard : c’est d’après ces deux morceaux que j’ai fait la description suivante.

Les deux valves n’engrènent l’une avec l’autre par aucune dent j elles ne sont pas non plus attachées par un ligament

d’ HISTOIRE NATURELLE, 71

dorsal élastique, capable de les ouvrir, comme le sont celles des bivalves ordinaires ; mais elles sont suspendues l’une et l’autre à un pédicule commun, semblable , pour la forme et la structure , à celui des anatifes j c’est-à-dire , d’une demi- mollesse, et revêtu d’une membrane cylindrique et circulai-

rement fibreuse.

«

L’animal n’a donc point , comme la plupart des autres bivalves , la faculté d’ouvrir sa coquille en relâchant ses muscles intérieurs 5 mais il a un autre moyen qui consiste dans ses bras : lorsqu’il les fait sortir , il écarte avec eux les bords des valves comme avec des coins.

Si l’on enlève les deux valves, on voit qu’elles sont exac- tement doublées l’une et l’autre par les deux lobes du man- teau, qui ont précisément le même contour qu’elles. Sur ce manteau sont différentes taches brunes et rudes, formées par les extrémités des muscles qui l’attachoient à la coquille, et qu’il a fallu couper pour l’en séparer : elles correspondent à des impressions musculaires qui restent à la face interne des valves. Entre ces taches, est un espace le manteau est transparent , et laisse apercevoir le foie et quelques parties d’intestins : cette partie du manteau est adhérente au corps 5 mais tout son pourtour et toute sa moitié inférieure , c’est- à-dire, opposée au pédicule, sont libres, et cette moitié, en particulier , peut s’écarter de la partie correspondante de l’autre lobe.

Tout le bord du manteau est légèrement renflé en bourrelet, et garni tout autour de petits cils fins , courts , serrés et bien é^aux.

O

La membrane elle -même est mince, demi - transparente, et parsemée de fibres blanchâtres et musculaires , destinées à contracter le manteau.

72

ANNALES DU MUSÉUM

Lorsqu’on soulève cette partie libre de Pun des lobes, on aperçoit les branchies attachées aux surfaces internes des lobes , et les bras ou les tentacules situés entre eux.

Ces bras ou tentacules sont le seul organe par lequel Panimal puisse agir au-dehors , soit pour saisir sa nourriture , soit pour amener à lui de Peau nouvelle lorsqu’il en a besoin ? soit enfin pour écarter ce qui pourrait lui nuire.

Si , comme nous avons lieu de le croire , le pédicule n’est pas doué de contractions volontaires , ces bras peuvent encore procurer à Panimal quelque légère loco-motion. En les agitant avec plus ou moins de force , il peut éprouver de la part de Peau assez de résistance pour se balancer de côté ou d’autre.

Mais ce sont des instrumens encore beaucoup plus délicats de toucher, ainsi qu’on va en juger: leur substance est char- nue j leur forme, un cône comprimé très-allongé, environ vingt fois plus long que sa base n’est large ; leur longueur est d’à peu près un tiers plus considérable que celle de la coquille 5 ils sont garnis à leur côté externe d’une série de petits filamens charnus, très-serrés et très-nombreux, ressemblans parfaite- ment à une frange , et devant être des tentacules très- sensibles.

Cette frange, arrivée à la base de chaque bras, se continue d’un côté du corps seulement, de manière à se réunir à la frange du bras opposé, et à ce que les deux séries n’en forment réellement qu’une.

Ces deux bras sont probablement organisés à l’intérieur comme ceux des seiches ? et ils donnent à Panimal de la Lingule un certain rapport avec ces céphalopodes $ mais nous n’avons pu en faire une anatomie plus profonde,

1

!>’ HISTOIRE SATÜRELLE. 7 3

Lorsqu’ils sont dans l’état de repos , ils sont roulés en spirale , entre les parties libres du manteau, de manière qu’ils se touchent par leurs franges. Entre leurs bases d’un coté est située une proéminence charnue et conique , qui adhère au manteau de ce côté-là, et au sommet de laquelle est percée la bouche , qui n’est qu’une ouverture de grandeur médiocre , sans dents ni autres parties dures.

On voit qu’il n’y a aucune analogie entre ces organes et le pied toujours unique des autres bivalves , pied d’ailleurs toujours situé vis-à-vis le ventre, au-devant de la bouche, mais jamais à ses côtés j pied enfin qui n’est jamais garni de tentacules.

Les branchies des Lingules ne diffèrent pas moins de celles des autres bivalves. On sait que dans ces dernières,, ces organes sont toujours quatre feuillets, placés, en dedans du manteau , aux deux côtés du pied lorsqu’il existe ^ et dans les- quels les vaisseaux sont disposés en dents de peigne.

Ici on ne trouve rien de pareil $ mais les branchies sont adhérentes au manteau même, ou plutôt en font partie. On voit sur chacune de ces parties libres deux vaisseaux artériels venant de l’intérieur du corps, et formant l’un avec l’autre une figure de V. Chacun d’eux donne de son bord externe des vaisseaux tout parallèles , qui forment une belle figure de peigne sur la surface interne du lobe; dans les intervalles des premiers , il en revient d’autres qui entrent dans un vaisseau veineux parallèle au vaisseau artériel. Les deux vais- seaux veineux du même côté^ c’est-à-dire, celui d’un lobe, et celui qui lui est opposé dans l’autre lobe , entrent dans le cœur de ce côté-là.

Nous verrons tout-à-Pheure qu’il y a deux cœurs.

74 A K N A L E S DU MUSEUM

On pourrait tout au plus trouver une analogie légère entre cette forme de branchies et celle des patelles , des oscabrions , et de mes pliillidies , qui sont en quelque sorte aux patelles ce que les Umax sont aux heUxm} mais dans ces animaux il y a , au lieu de simples vaisseaux , de petites lames saillantes , et d’ailletirs leur manteau n’étant que d’une seule pièce , il n’y a qu’un seul cordon de ces lames , tandis qurici il y a quatre rangs de vaisseaux.

Telles sont les choses qu’on aperçoit dans les Lingules , sans faire aucune incision. Ouvrons à présent l’intérieur de leur corps, et, pour cet effet, enlevons le manteau et ses appartenances.

Cet intérieur est rempli par les muscles et les principaux viscères, qui s’entrelacent les uns dans les autres , chose éga- lement presque particulière à cet animal. Ce qui l’est encore plus , c’est l’obliquité d’une partie des muscles qui réunissent les deux coquilles. Dans les bivalves ordinaires , ils sont perpendiculaires d’une valve à l’autre, et ne peuvent que rapprocher ces valves dans cette direction j et comme elles sont articulées par ginglyme , elles ne peuvent en effet en prendre d’autre : mais dans la Lingule , elles sont sin*e plement adhérentes à i^pédicule mou, elles pouvoient encore glisser l’une sur l’autj?e 5 c’est ce que produisent les muscles de cet animal. Ils se croisent obliquement ; les uns se portent de droite à gauche, les autres de gauche à droite, en passant d’une valve à l’autre et en descendant en dehors. Un coup d œil sur la ligure suffit pour faire juger que ces muscles agis- sant ensemble , doivent fermer les coquilles , et qu’en agis- sant séparément , il y en a assez pour les faire glisser dans toutes sortes de directions.

d’ HISTOIRE NATURELLE. 7 5

Il y en a aussi un près de la charnière , et deux vers le milieu de la longueur des coquilles, qui vont directement d’une coquille à l’autre , et qui n’ont d’âutre usage que de les rapprocher.

Le canal intestinal est un tube simple qui n’a point de renflement apparent, et qui, par conséquent, ne se divise pas en estomac, et en intestins grêles et gros. C’est encore une grande différence entre ce genre et les autres bivalves, qui ont toujours au moins un estomac large, et d’une surface très-inégale. Le tube intestinal de la Lingule, se rend d’abord directement vers les sommets des valves $ il fait un repli, et, après être un peu revenu sur lui-même , fait un arc de cercle , un second repli, et se porte sur le coté, il s’ouvre au-dehors en faisant une petite saillie en cône tronqué entre les deux lobes du manteau.

Tout l’intervalle restant entre les muscles et autour de l’in- testin est rempli par deux espèces de substances glanduleuses $ l’une, d’un vert blanchâtre, du moins dans les individus qui ont macéré long-temps dans l’esprit-de-vin , forme une masse ronde , assez compacte , de chaque côté de l’œsophage ; elle nous a paru communiquer avec lui par de petits canaux : et nous croyons, sans oser l’affirmer, qu’elle tient lieu de glandes salivaires.

L’autre substance glanduleuse se divise en beaucoup de lobes et de lobules , qui forment comme des grappes j elle entoure la première et remplit tous les intervalles des muscles, des cœurs et de l’intestin 5 sa couleur est un jaune orangé , beaucoup de vaisseaux sanguins la parcourent 5 et quoique nous n’ayons pas vu ses vaisseaux excréteurs, nous ne doutons pas que ce ne soit le foie.

76 ANNALES DU MUSEUM

L 3S cœurs occupent les deux côtés du corps, sur la racine de chacun des vaisseaux qui forment les V des branchies 5 ces cœurs sont très-comprimés , et d’une figure à peu près demi-elliptique. Leur grandeur est assez considérable, à pro- portion du reste du corps ; en les ouvrant , on y remarque des rides ou des colonnes charnues, dont la direction est longitu- dinale, et cette face interne est teinte d’un violet noirâtre. Un gros vaisseau communique des deux branchies d’un côté, dans le cœur correspondant ; et quoique nous n’ayons pu bien reconnoître les valvules , l’analogie des autres mollusques 11e nous laisse pas douter que le sang n’aille de la branchie dans le cœur.

Ce nombre et cette position des cœurs sont encore absolu- ment particuliers à la Lingulej les céphalopodes en ont trois, comme on sait^ les gastéropodes un, et les bivalves aussi un, si on excepte les arches ? le cœur est partagé en deux à cause de la partie rentrante de la coquille. Ici ce nombre de deux est indépendant de tonte ligure de la coquille 5 ce nvest pas une légère déviation d’un type commun , mais c’est une structure faite sur un plan neuf, et dont les parties sont inti- mement liées : la position des branchies exigeoit celle des cœurs.

C’est dans le foie que se distribuent d’abord les principales branches qui sortent des cœurs.

Le cerveau m’a paru être quelques ganglions qui se font apercevoir -vers l’espèce de col ou d'étranglement situé à la base des brasj mais il n’a pas été possible de suivre les nerfs, en examinant les autres viscères , et il faudra attendre l’occa- sion de disséquer un troisième individu de Lingule, pour les décrire.

ï)’ HISTOIRE NATURELLE. 77

Il n’y a point d’yeux, ni , à ce qu’il paroit , d’autres organes des sens que celui du toucher : la bouche ne contient aucune langue ni aucune dent; c’est un simple commencement d’œ- sophage , comme dans les acéphales ordinaires.

Nous n’avons rien vu qui nous ait paru se rapporter à la génération , et nous jugeons d’après cela que les Lingules se multiplient comme les autres bivalves , sans avoir besoin d’ac- couplement; qu’elles n’ont par conséquent aucun organe mâle; et que si nous ne leur avons pas trouvé l’organe femelle, c’est que les individus que nous avons disséqués , n’avoient pas été pris dans une saison les œufs fussent assez déve- loppés pour être visibles.

Cette structure de la Lingule paroîtra sans doute assez dif- férente de celle des bivalves ordinaires, pour justifier l’éta- blissement, dans la classe des mollusques, d’une quatrième famille, qui sera caractérisée par l’absence de tête et de pied, par les deux bras charnus et ciliés qui entourent la bouche , et par la position et la forme des branchies. En effet , soit qu’on adopte la méthode de M. Poli ou la mienne , méthodes qui reviennent à la même quant au fond , on ne peut y placer la Lingule sans faire entorse aux caractères. Il est vrai que dans la division du citoyen Lamark, elle entre tout simple- ment dans les mollusques acéphalés ; mais l’énorme distance qui la sépare des autres genres, est une raison suffisante pour un peu ajouter au caractère d’ordre de ceux-ci , afin qu’elle n’y entre plus.

11 suffît de jeter les yeux sur la figure que Millier a donnée de l’animal de son patetla anomala , pour voir qu’il ressemble à la Lingule par ses bras ciliés et en spirale; et quoique nous ne l’ayons pas vu , nous ne doutons pas qu’il n’appartienne

78 ANNALES DU MUSÉUM

à la même famille : c’est ce qui nous a porté à en faire le genre orbicule , qui a été adopté par ie citoyen Lamark.

Quant aux térébratules , nous avons eu d’abord quelque incertitude 5 leur pédicule indiquoit bien quelque affinité 5 la description que Linnæus donne de l’animal des anomies , description qui se rapporte sans doute à l’une des espèces d’anomies dont Miilier et Bruguières ont fait depuis leurs térébratules , sembloit confirmer cet indice 5 ces bras ciliés , linéaires , avancés , alternes avec les valves ? plus longs que le corps ? paroissoient annoncer beaucoup de ressemblance.

Mais , d’1111 autre côté , on trouve dans le dernier voyage de la Peyrouse , une description et une figure de l’animal de la térébratule par Lamanon , obscure , et même à coup sûr fausse en quelque point, mais accompagnée d’une figure pas- sablement dessinée , d’après laquelle il semblerait que ce coquil- lage a des branchies semblables , quant au fond , à celles des bivalves ordinaires , quoique soutenues par des osselets , mais manouant de bras ciliés.

JL

Heureusement une troisième description, celle de Walch, dans le N atur-foi'scher III , 8 o , quoique faite sur un indi- vidu desséché , suffit pour lever tout embarras. O11 y voit bien que les deux parties que Lamanon et Walch lui-même ont prises pour des branchies , sont précisément des bras charnus et garnis de franges libres comme ceux de nos Lingules ; seu- lement ils ne paraissent pas roulés en spirale. Le petit lobe du milieu, que Linnæus avoit appelé ligula , n’est qu’une apparence produite par les franges de la base des bras qui reviennent sur elle-même : ce que Walch nomme, je ne sais pourquoi, la langue ? n’est que 1e corps ou l’abdomen $ et les vraies branchies seront restées adhérentes au manteau , sans que Lamanon ni Walch les aient aperçues.

3d’ HISTOIRE NATURELLE. 7P

Ainsi, quoique nous n’ayons pas encore vu par nous- même l’animal des térébratules , il ne nous reste cependant aucun doute, d’après les réflexions précédentes, qu’il ne doive entrer dans le même ordre que ceux des lingules et des orbicules.

Explication des Figures .

Fig. i. La Lingule entière avec sa coquille et son pédicule.

Fig 2. Un côté du manteau, lorsqu’on a enlevé la coquille. a. Portion des glandes salivaires, vue au travers du manteau. b. Portion du foie, vue de même. ccce. Diverses extrémités muscu- laires.

Fig. 3. L’intérieur de la valve qui couvroit ce côté du manteau.

Fig. 4' Le côté opposé du manteau.

Les mêmes lettres signifient les mêmes clioses.

Fig. 5. L’intérieur de la valve qui couvroit ce second côté du manteau. On y voit, ainsi qu’à la Jig. 3, les empreintes des muscles.

Fig. 6. La Lingule dans la position de la fig. 4- Un des lobes du manteau soulevé.

aa. Les branchies, bb. Les bras roulés en spirale, avec leurs franges.

Fig. 7. La Lingule du côté opposé , l’autre lobe du manteau relevé.

Fig. 8. La position de la jig. 6 5 le manteau encore plus relevé, pour montrer ce que je crois être le cerveau, a. Les bras écartés pour montrer la bouche, b.

Fig. 9. Le côté opposé. La bouche b fendue, pour montrer le commencement de l’œsophage.

Fig. 10. La position des Jig. 4 et 6. La partie du manteau qui couvroit les viscères, enlevée. a. Glande salivaire. bb. Portions de foie. ce. Les cœurs.

dd. Les vaisseaux principaux des branchies vus au travers du manteau.

ee. Portion d’intestin. f. Anus.

Fig. 11. La même partie, les cœurs sont mieux à découvert, et l’un d’eux est ouvert.

Les mêmes lettres ont les mêmes significations.

Fig. 12, et i3. Tout le manteau, les glandes et les cœurs enlevés, on voit à nu tout le canal intestinal et les principaux muscles.

d’ histoire naturelle.

8 i

CORRESPONDANCE.

Notice sur la culture des arbres à épiceries introduits à

Cayenne.

par Joseph MARTIN, botaniste, chargé de la direction des jardins et pépinières coloniales dans la Guiane française.

Extrait de ses lettres adressées au citoyen André Thouin (1).

Lettre du 22 ventôse an VII.

«Pendant mon séjour en France il a péri dans l’iia- bitation des épiceries au moins mille anciens girofliers 5 c’est une grande perte , puisque les récoltes annuelles ont été moindres de 8 milliers environ de girofle. Cette mor- talité provient de ce qu’on n’a pas récolté tous les clous

(1) Cette correspondance de Joseph Martin peut faire suite aux deux articles indiqués ci-dessous, et qui sont imprimés dans les Mémoires de l’Institut , partie des sciences mathématiques et physiques , tom. II.

i°. Mémoire sur l’Introduction de diverses plantes utiles dans les Colonies françaises de la Guiane , par Richard, page y5.

20. Rapport sur un Mémoire de Joseph Martin , relatif à la culture des arbres à épiceries dans la Guiane , par A. L. Jussieu et Desfontaines , pag. 65.

1 1

1

8 2 ANNALES D IT M U S É ü M

de girofle 5 que les arbres , par ce moyen , ont été sur- cliargés de baies qui ont épuisé la végétation d’où il s’en est suivi îa chute totale des feuilles. Ensuite ? les chaleurs brûlantes de ce climat sont venues tout ravager , parce que ces arbres n’avoient plus rien au-dessus d’eux qui les mît à l’abri du soleil. »

Lettre du 27 nivosê « an VIII.

« L’habitation des épiceries est actuellement en bon état : la mortalité des girofliers a cessé. On a récolté cette année 2 6 milliers de clous de girofle j et si îa mortalité n’avoit pas eu lieu , il y auroit eu 36 à milliers

pesant, »

Lettre du 1 2 vendémiaire *, an IX.

« J’ai beaucoup travaillé cette année à augmenter les cultures à la Gabrielle , habitation des épiceries. J’ai planté environ 1000 girofliers 7 1 5 o o poivriers , 1800 eannelliers , et quelques muscadiers. Il reste encore dans les pépinières environ 10,000 girofliers ? autant de poivriers qu’il m’en faudra pour doubler pendant l’hiver les plantations que j'ai déjà faites de cotte plante utile ; je compte en faire autant pour les eannelliers. Indépendamment de ce ceci , j’ai rem- placé avec soin tous les anciens girofliers epi sont morts pendant mon absence , au nombre de deux mille et plus : c’est une perte considérable que cette . habitation a faite. Depuis dix ~ huit mois les cultivateurs sont 5 pour ainsi dire ? occupés à défricher cet établissement 7 qui étoit ; à

mon arrivée 7 dans un abandon presque total : à présent cette habitation des épiceries fait l’admiration de tous ceux qui viennent la voir.

» J’ai aussi commencé cette année une plantation de vanilliers. Les progrès qu’elle a déjà faits 7 quoiqu’elle soit récemment plantée , me donnent de grandes espérances sur sa réussite. Je vais la continuer dans la prochaine saison des pluies.

» La récolte du girofle ne sera pas abondante cette année : elle ne montera guère qu’à 7 milliers pesant. Si les Anglais n’étoient pas venus nous inquiéter et déranger tous nos ateliers ? nous eussions récolté 3o milliers au moins de

» Je crois qu’il est intéressant de vous faire connoître combien on a récolté de poivre sur un seul plant. Un propriétaire de File de Cayenne , le citoyen Laforêt , en a cueilli vingt - neuf livres. Il est vrai que ce poivre étoit encore vert lorsqu’on Fa pesé , mais il aura la moitié de ce poids étant sec. J’ai vu ce poivre , qui étoit d’excellente qualité , gros , bien plein , d’une belle couleur ? très-pi- quant , aromatique , supérieur même à celui qu’011 nous apporte de l’Inde j car nous en avons fait récemment la comparaison. Vous voyez combien ce fait devroit encourager la culture de cette plante , et combien elle seroit profitable à ceux qui en feroient des plantations en grand j mais toutes les cultures en général ne pourront réussir dans la colonie , que lorsqu’il y aura plus de population } et que l’industrie y sera exercée par des hommes qui auront l’amour du travail. »

84

ANNALES DU MUSÉUM

Lettre du 1 3 vendémiaire , an IX.

« Il est étonnant de voir combien la végétation fait ici de progrès rapides. Lorsque j’ai revu les groupes de végé- taux que j’avois plantés , il y a dix - huit mois , sud les bords des rivières de la colonie , j’ai été infiniment sur- pris : le Caoutchou et le Duroia , par exemple , avoient deux pieds de hauteur lorsque je les ai transplantés $ au bout de dix-huit mois le caoutchou avoit vingt-deux pieds huit pouces de hauteur , et le duroia celle de dix-huit pieds six pouces. Le premier étoit frêle et droite sans une seule branche collatérale \ et le dernier avoit une tige de quatre pouces de diamètre ? garnie de longs rameaux collatéraux. »

Lettre du 2 1 messidor 7 an IX.

« Nous possédons à présent trois individus du Lit-chi ; j’en ai planté un dans l’habitation des épiceries. Je vais encore en faire des marcottes ; et je compte que dans six mois ce nombre sera doublé.

» Je n’obtiens pas tous les heureux résultats que je m’étois promis du muscadier ? parce que les étés sont ici trop secs. Malgré les soins que je donne à cet arbre , beaucoup de ses fruits avortent. J’ai porté mes soins jusqu’à employer un homme pour arroser cet arbre pendant l’été , mais je n’ai pu cependant réussir à faire mûrir tous les fruits 5 souvent il arrive que les puits qui l’avoisinent 7 tarissent pendant l’été , et qu’on ne peut alors l’arroser aussi fré- quemment qu’il seroit nécessaire. Nous obtenons cependant

d’ histoire naturelle. 85

des fruits qui germent très- bien, mais pas en aussi grand nombre que les apparences nous l’ont fait espérer.

» Le Poivrier se propage actuellement avec un peu plus d’activité dans cette colonie. Depuis qu’on a reconnu les avantages de sa culture , les liabitans m’en font tous les ans des demandes. Le citoyen Laforêt, l’un des colons , est le plus avancé dans cette sorte de culture : il doublera cette année la récolte de l’an passé. Un seul nègre peut cultiver 800 à 1000 plants de poivriers après que la plantation a été faite $ 011 doit les mettre à la distance de 1 o à 12 pieds : cet homme peut aussi suffire pour faire la récolte. Le poivre que le' citoyen Laforêt a récolté fan dernier , est si gros et si aromatique , que , mis en compa- raison avec celui qui nous est apporté des Indes , on pren- droit ce dernier pour des balayures de grenier. Vous voyez par - que cette culture mériteroit plus d’attention , et qu’elle est encore fort au dessous de ce qu’elle pourroit être. Si les autres colons avoient eu autant de zèle que le citoyen Laforêt , la colonie produirait à présent des milliers de poivre.

» J’ai augmenté , cette année , l’habitation des épiceries d’un très-grand nombre d’individus. J’y ai formé des plan- tations de poivriers , de cannelliers et de girofliers. Dans quelque temps cet établissement sera encore plus iniéres- sant , car ces nouvelles plantations lui donneront beaucoup de splendeur : son sol est généralement très - propre à la culture des arbres à épices. Il nous manque encore ici , pour compléter notre collection , le ravensara de Mada- gascar il est malheureux qu’on ait laissé périr les individus que j’y avois apportés en 1789. »

86

A I I A L E S DU MUSEUM

Lettre du y brumaire ? an JC.

« Je viens de faire beaucoup de semis de poivre 7 parce que je compte que l’on en plantera cette année ^ et qu’il me sera fait des demandes de la part des colons. Ils com- mencent à s’apercevoir que la culture du poivrier peut devenir très-lucrative j quelques-uns d’entre eux se préparent à en former des cultures en grand.

» On n’a pas récolté cette fois une grande quantité de girofle 7 parce que les vents du nord ont porté un grand dommage à la cueillette. Sans cet accident on en auroit eu au-delà de toute espérance. »

Lettre du 7 Frimaire ? an JC.

« Dès que la saison sera favorable ? je m’occuperai à faire des essais relatifs à la culture du poivrier. Le citoyen Victor Hugues ? agent du Gouvernement , vient de mettre à ma disposition un terrain , pour cet objet , dans l’ile de Cayenne. Il s’agit de connoître quels sont les arbres qui sont les plus propres à servir de tuteurs au poivrier. Il paroît qu’on doit préférer le calebassier , l’immortel 7 le monbin , la poincillade 7 et particulièrement tous les arbres qui peuvent venir de bouture , qui s’élèvent le moins haut, qui sont plus vivaces , et qui ont l’écorce épaisse et spon- gieuse. Ce n’est pas le seul résultat qu’on cherche à obtenir de ces essais. L’ile de Cayenne est cultivée depuis un siècle environ 5 son sol dans plusieurs parties se trouve épuisé par les cultures premières , et il résulte de-ià qu’on

d’ histoire naturelle. 87

est forcé de laisser reposer la terre ? comme dans d’autres endroits de la colonie 9 afin de pouvoir y mettre ensuite 9 sans risque 9 d’autres plantes. Outre cet inconvénient 9 il existe dans cette contrée un fléau très-préjudiciable aux cul- tures ; car les fourmis ne cessent de dévorer les plants que le colon confie avec tant de peine à la terre. Dans certains endroits il est presque impossible de se garantir de cet insecte 5 qui se propage considérablement , et qui cause de tels ravages dans certains endroits ? qu’une très - grande quantité de terres reste abandonnée. On est maintenant presque assuré que les fourmis ne coupent point les feuilles du poivrier j car quelques plants épars sur différentes lia- bitations 9 ont été respectés par les fourmis. Si le fait se confirme par de grandes cultures ? File de Cayenne se renouvellera bientôt , et Fon obtiendra par ce moyen une compensation annuelle , égale aux revenus antérieurs.

» Je viens de marcotter le muscadier femelle ; c’est , je crois , le moyen le plus sûr et le plus prompt pour le propager , si je réussis bien. Parmi les noix muscades que Fou sème ? et qui germent très-bien , il se trouve beaucoup plus d’individus males que de femelles 9 et c’est un grand obstacle à la propagation de cette épicerie. Je me propose aussi de tenter encore de le greffer 5 je prendrai les indi- vidus mâles pour sujet 5 je choisirai les temps que je croirai les plus convenables pour cette opération ? et je me servirai de tous les procédés relatifs à la greffe.

Lettre du 2 7 pluviôse , an IX.

« Dans ce moment la préparation des girofliers et des

88 ANNALES DU MUSEUM

poivriers est infiniment satisfaisante 5 tout porte à croire qu'il y aura cette année une très-abondante récolte. Les vents du nord qui apportent ordinairement de grands obstacles à la floraison de ces arbres , ne se sont point encore manifestés d’une manière aussi âpre que ceux qui ont régné l’année passée , et qui ont fait tant de tort aux récoltes , principalement à celle des girofliers.

Lettre du 8 floréal > an X.

« La plantation pour essai est terminée : elle est composée de calebassiers ( 1) et immortels (2) ^ au nombre de 1 44° , après lesquels grimperont autant de poivriers. J’ai abandonné l’idée quej’avois d’abord de plan ter des monbins (3 ) pour servir aux mêmes fonctions , parce que je me suis aperçu que le poivrier , en s’attachant à cet arbre , en recevoit un effet bien préjudiciable à sa fleur. J’ai vu à la Gabrielle et dans d’autres lieux quelques beaux poivriers fleurir tous les ans, de manière à faire espérer dix à douze livres de poivre par chaque arbre , et cependant n’en pas produire plus d’un quart de bouteille , ou même pas un seul grain. Ils ont très * bien fleuri cette année sur les monbins ; et l’on ne récoltera que très-peu de poivre , tandis que la récolte sera très-abondante au contraire sur les calebassiers et les immor- tels. Sont-ce les vents qui nuisent aux poivriers , ou bien ces végétaux tirent - ils des monbins qui leur servent de tuteurs, une sève nuisible à la fructification ? L’observation

(1) Crescentia cujete. Linn.

(2) Erythrina corallodendron. Linn, 0) Spondias moulin. Linn.

d’histoire natureeee. 89

suivante pourra peut-être éclaircir ce que je viens de dire. Plusieurs personnes ont planté des poivriers sous des manguiers, des abricotiers (1), et même contre des cannel- liers , dans des vergers ou jardins à Cayenne 5 ils fleurissent bien tous les ans , mais ensuite les chatons tombent. Je suis tenté de croire , d’après mes propres observations , que la sève de ces arbres qui servent de tuteurs au poivrier , étant ré- sineuse et gommo - astringente , et par conséquent âcre , doit nuire à celle aromatique du poivrier , et causer instantané- ment la chute des fleurs et des feuilles : le poivrier , en mêlant à sa sève celle de ses tuteurs , qu’il pompe à l’aide de ses griffes ou suçoirs , et en s’imbibant , pour ainsi dire , dans toutes les parties , de cette sève échauffante et hétéro- gène , perd alors ses fleurs avant leur fécondation , et ses feuilles avant qu’elles aient perdu leur belle couleur verte.

» L’habitation des épiceries offre une très-belle apparence de récolte j et s’il n’arrive pas d’événemens fâcheux , la colonie fournira beaucoup de girofle au commerce. Les produits de cette année surpasseront beaucoup ceux des années précédentes.

» Monsieur Anderson vient de nous envoyer de l’ile Saint-Vincent quelques végétaux , dont la plupart sont très- intéressans pour la colonie , tels sont quelques arbres frui- tiers de l’Inde ^ entr’autres V inocarpus edülis , V artocarpus integrifolia ? le bananier d’Otahiti , le longamier (2) , et quelques jambos de l’Inde. »

(1) Mammea Americana. Linn.

(2) Euphoria longan.

ANNALES DU MUSEUM

CorresponcLemce départemetitale de la Meuse - inférieure , sur une dent fossile d’éléphant.

Par une lettre du 2 5 prairial an 10, datée d’Hasselt , le citoyen Onzout , commissaire du Gouvernement près le tribunal d’arrondissement , donne avis au ministre de l’intérieur , que des paysans , en fouillant dans une argil- lière pour se procurer de la terre à brique , trouvèrent, le 1 5 floréal , à trois pieds de profondeur , une portion de mâchoire, d’environ un pied de long^ d’un animal inconnu. Cet os maxillaire fut brisé à coups de pioche 5 mais une dent qui y étoit attachée , et qui pesoit une livre et demie,, fut conservée.

Le cit. Villers , percepteur des contributions d’Hasselt , en fît l’acquisition ; mais , d’après l’invitation du citoyen Ouzout , il offre de la céder, si elle est jugée digne d’être placée dans les galeries du Muséum. La lettre du commis- saire du Gouvernement près le tribunal d’arrondissement est accompagnée du dessin, fait avec soin et de grandeur naturelle , de cette dent.

Les professeurs du Muséum d’histoire naturelle , après avoir pris connoissance de la lettre du citoyen Ouzout , et examiné le dessin fait par le cit. Villers, qui leur ont été communiqués par le ministre , ont reconnu dans le fossile trouvé à Iiasseît , la dent mollaire d’un jeune éléphant d’Asie , dont l’espèce est bien caractérisée par la forme et la disposition des sillons parallèles qui recou-

d’ histoire naturelle. 9 1

vrent la surface mollaire ? tandis que l’éléphant d’Afrique a les mêmes sillons configurés en lozanges.

Le Muséum national d’histoire naturelle possède un grand nombre de ces dents mollaires d’éléphant de l’une et l’autre espèce , tant fossiles que naturelles. Mais il est bon de constater la découverte de celle trouvée près d’Hasselt j c’est un fait de plus en ce genre ? et d’autant plus digne d’attention ? qu'Husselt n’est qu’à cinq lieues environ de Maestricht , l’on a trouvé les restes de plu- sieurs crocodiles fossiles d’espèce inconnue , mêlés avec des tortues et des productions marines des mers les plus loin- taines (1).

(i) Voyez Histoire naturelle de la montagne de Saint-Pierre de Maestricht , par Faujas - Saint - Fond ; in-4°. avec un grand nombre de figures. Paris } chez Déterville } libr. , rue du Battoir.

CATALOGUE

Des graines rares envoyées pendant l’an X du jardin de botanique appartenant à la France , situé près de Charles- Town dans la Caroline méridionale , pour le jardin des plantes de Paris.

pab. F. A. MICHAUX fils, commissaire du ministre de l’intérieur pour l’agriculture dans les États-Unis.

Pinus à deux feuilles. Lieux humides. Très-résineux .

Pinus inermis.

Pinus palustris.

Diospyros virginiana. Espèce cultivée , à gros fruits , et hâtive.

Nyssa biflora. A petits fruits. Le Lois est bon. Lieux humides.

Nyssa aquatica. Bois propre au charon- nage.

Nyssa ogecbee. Fruits très-acides. Lieux humides. Très-rare. Présumé espèce nouvelle.

ïlex cassine. Vrai Yapon.

Ilex caroliniana.

Ilex myrtifolia. Lieux humides. Très- joli arbrisseau , qui s’élève à quinze pieds.

Hibiscus. Deux espèces.

Conyolvulus jalapa. Apporté de Xalapa et cultivé au jardin de France à Charles- Town.

Callicarpa Sp. nov.

Smilax à fruits rouges. Lieux humides.

Smilax à fruits noirs.

Andromeda arborea, ( Soreltree ). Feuilles très-acides.

Andromeda ferruginea. Très-beau , Delà Floride, Rare.

Andromeda nitida.

Sarracenia tubulata.

Mespilus. Quatre espèces ou variétés , dont une a le tronc tortueux et droit.

Pinckneya bracteosa. Très-bel arbre de la frontière de la Géorgie. Rare.

Prinos à gros fruits rouges.

Befaria.

Evonimus

Annona grandiflora.

Kalmia hirsuta.

Tabernæmontana

Cornus florida. Bois très-estimé.

Sideroxylon tomex.

Paclus sempervirens .

Liane à graines odorantes.

Fraxinus

Myrica pumila.

Gordonia lasiantbus. Lieux frais et om- bragés.

Chamerops humilis.

Coryplia. Haut de cinquante à soixante pieds , dont le tronc est très-estimé pour faire des digues , et qui résiste plus de cent ans dans l’eau : il croît naturellement à cinquante lieues plus au nord que l’oranger. C’est le Choux palmiste de Catesby. Il vient dans les endroits arides sur le bord de la mer.

ANNALES DU MUSEUM, 6tC.

9 3

MÉMOIRE

Sur le nombre, la nature et les caractères distinctifs des diffêrens matériaux qui forment les calculs, les bézoards et les diverses concrétions des animaux .

par A. F. F O U R C R O Y.

Ce n’est que depuis quelques années qu’il est permis aux naturalistes et aux chimistes de déterminer et de reconnoître la nature diverse et comparée des différentes concrétions calculeuses qui naissent spontanément dans le corps des animaux.

Avant que j’eusse publié en l’an 7 les premières recher- ches que nous avons entreprises plusieurs années aupara- vant, le cit. Vauquelin et moi , sur les calculs de la vessie humaine et sur les bézoards des animaux, on n’avoit quç des notions imparfaites sur la nature et la composition variée de ces concrétions.

Jusqu’à Schéele , les médecins regardcient les pierres de la vessie humaine comme formées d’une espèce de terre absorbante, que les uns ayoient cru être simplement de la

1 3

x

ANNALES DU MUSEUM

craie , et que quelques autres avoient comparée à la terre des os.

Scliéele fit voir, en 1776, que les calculs urinaires hu- mains étoient formés par un acide particulier concret , peu soluble ou presque indissoluble dans l’eau et dans les acides foibles, très-dissolubîe dans les alcalis fixes caustiques, et qui a été connu sous les noms successifs d'acide hézoar - dique , d’ acide lithique , et enfin sous celui à? acide urique, qui est définitivement adopté.

En faisant cette découverte trop peu célébrée encore dans le monde savant, Schéele commit une erreur d’autant plus extraordinaire , qu’il est rare d’en trouver dans les ouvrages de cet habile chimiste : ce fut de croire que l’acide urique étoit la seule matière constituante des calculs urinaires hu- mains , et que tous en étoient constamment et uniquement formés.

Bergman , qui confirma la découverte de Schéele , ne releva pas cette erreur $ mais bientôt après eux divers chimistes s’aperçurent qu’il y avoit une autre substance qui accompagnoit souvent l’acide urique dans les calculs uri- naires de l’homme , et qui formoit quelquefois la plus grande quantité de ces calculs : cette matière , c’est le phosphate de chaux , base des os.

Nos longues recherches , nos analyses exactes et assez multipliées, puisqu’elles s’étendent aujourd’hui à 600 calculs de la vessie , et à un nombre considérable de divers bézoards , ainsi qu’à des concrétions différentes de toutes les régions du corps de Fliomme et des animaux, nous ont appris qu’outre l’acide urique et le phosphate de chaux, on trouve, dans l’ensemble de ces concrétions , de l’urate d’ammoniaque , de

b’ histoire naturelle. 9 5

l’urate de soude , du phosphate ainmoniaco-magnésien , du phosphate acide de chaux , de l’oxalate de chaux , du car- bonate de chaux , quelquefois même de la silice , enfin une graisse particulière que j’ai nommée adipocire ? et une ma- tière résineuse.

A ces différens matériaux constituans il faut ajouter une substance animale gélatineuse qui accompagne tous les sels indiqués , et qui , si l’on en excepte l’acide urique , l’adipo- cire et la résine, fait partie nécessaire des concrétions et sert de lien à leurs molécules salines , qu’elle tient étroitement serrées et réunies les unes aux autres.

Voilà donc douze substances reconnues par notre travail comme matériaux constituans des concrétions animales , au lieu de deux qui avoient été trouvées avant nous , et qui , pouvant être rencontrées dans les calculs de diverses régions et des différens animaux , doivent être assez exactement ca- ractérisées pour ne pas être confondues désormais sous une ou deux dénominations impropres.

Chacune d’elles d’ailleurs n’existe que dans des organes déterminés , et quelquefois même chez certains animaux. La collection des concrétions et des bézoards est nécessaire- ment comprise parmi celles que l’on recueille , qu’on dispose méthodiquement ? et qu’on offre à l’étude ou à la méditation dans les cabinets. Malgré l’état actuel des connoissances chimiques , il règne encore dans ce genre de collections une incertitude , ou même un désordre qu’il n’est plus permis de souffrir désormais.

J’ai donc pensé qu’il seroit avantageux à l’histoire natu- relle } et qu’il seroit utile à ses progrès^ de faire pour les concrétions , les calculs et les bézoards , ce qu’on a fait pour

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9 6 ANNALES DU MUSEUM

toutes les autres branches de cette science ; de chercher, pour les classer et les ordonner entre eux, une méthode fondée sur leurs caractères essentiels; de porter, en un mot, dans leur distribution cette clarté et cette exactitude qui distin- guent aujourd’hui si éminemment toutes les parties de la zoologie.

La chimie , en nous faisant découvrir les divers matériaux qui constituent toutes les espèces et toutes les variétés des concrétions calculeuses et bézoardiques , nous a offert en même temps dans l’examen de chacun d’eux des propriétés assez marquées et assez contrastées entre elles pour fournir des caractères distinctifs , et pour empêcher que dorénavant on puisse ou les méconnoître, ou les confondre les unes avec les autres.

J’ai dit plus haut que nos analyses nous avoient fait trouver douze substances différentes dans l’ensemble ou la totalité des concrétions calculeuses que nous avons exami- nées jusqu’à présent ; et quoique je ne puisse pas affirmer positivement que la Nature ait borné à ces douze substances les matériaux de toutes les concrétions animales , j’ai néan- moins lieu de croire que cette limite approche beaucoup de la véritable , ou que si quelque substance a encore échappé à nos longues recherches , elle ne peut être que très-rare , puisque plus de 6 o û calculs de la vessie humaine , plus de 6 o calculs biliaires de l’homme et de plusieurs mammifères, au moins 2 5 concrétions de diverses régions du corps ani- mal , 3 o variétés de bézoards de mammifères ont été soumis à notre examen , sans nous offrir rien de plus que ces douze matières.

En décrivant les propriétés physiques et chimiques qui

PL. VII.

4, . P/iosphafe c/e C/iauæ

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3 TI rate c/e Sonde.

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d’ histoire

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97

appartiennent à chacun de ces matériaux, je donnerai une connoissance exacte et suffisante de tout ce qui constitue les concrétions animales , et un moyen de reconnoître facilement chaque matière sans erreur et sans équivoque.

§. Ier. De V acide urique .

Caractères physiques. L’acide urique , l’un des maté- riaux les plus fréquens des calculs urinaires de l’homme , est en couches fines et denses , de couleur jaune fauve ou de bois , dont la nuance varie depuis celle de la paille ou du buis, jusqu’au rougeâtre marbré de la rhubarbe ou du quin- quina.

Il reçoit et présente souvent naturellement à son extérieur un poli doux, semblable à celui du marbre ou de la serpentine.

Il est cassant , et même très - fragile 7 le moindre choc l’écaille : quand il tombe par terre , il se brise en fragmens très-nombreux. On le réduit facilement en poudre d’un jaune pâle ou tirant un peu sur l’orangé.

Il n’a ni saveur ni odeur sensible.

Il affecte dans les reins et la vessie de l’homme toutes les grosseurs variées , depuis les graviers semblables à des grains de millet, jusqu’au volume d’un petit melon, et des formes sphérique, sphéroïdale, orbiculaire, aplatie , celle de cœur , de cylindre resserré dans son milieu , du rein ou du haricot , branchue , tétraèdre ou cuboïde. Cette dernière est le produit du frottement , et ne se trouve que dans les cal- culs réunis en nombre dans la vessie, depuis 3 ou 4 jusqu’à plus de cent.

Caractères chimiques . L’acide urique noircit , sans se

98 ANNALES DU MUSEUM

fondre, sur les charbons ardens. Il exhale l’odeur des os brûlés : il donne du carbonate et du prussiate d’ammoniaque à la distillation.

Il est presque indissoluble dans l’eau froide : l’eau bouil- lante en dissout quelques millièmes de son poids, et le laisse presque tout déposer par le refroidissement en petits cris- taux aiguillés, plus pâles qu’il n’étoit avant sa dissolution.

Il est inattaquable par les acides foibles , et même par plusieurs des acides puissans. L’acide nitrique concentré le dissout à l’aide de la chaleur ? et le convertit en acides prus- sique et oxalique , et il prend une couleur rouge brillante d’œillet. L’acide muriatique oxigéné le change presque tout à coup en acide malique , et finit par en faire passer une partie à l’état d’urée.

Les alcalis fixes purs , la potasse et la soude , liquides et concentrés , le ramollissent en une espèce de savon , et le dissolvent à l’aide d’un peu plus d’eau : tous les acides , et même le carbonique , le précipitent de ces dissolutions en poudre blanche très-fine. La chaux , la barite , l’ammoniaque ne produisent pas cet effet , parce qu’elles forment avec lui des sels indissolubles. Les lessives de potasse et de soude sont donc les véritables et. les seuls dissolvans des calculs d’acide urique.

On n’a encore trouvé cet acide pur que dans l’urine de l’homme $ aucun animal n’a présenté ce produit singulier de l’animalisation- Il existe dans presque toutes les urines humaines ; il forme les petits cristaux rouges qui se déposent au fond des vases l’on reçoit ce liquide. Il se précipite abondamment en poudre ou flocons fleurs de pêcher dans les urines rendues à la fin des maladies fébriles , urines que les médecins nomment critiques. (Voyez PL Vil , 1 , n, ù, c .)

d’histoire naturelle.

98

§. II. Urate d’ammoniaque.

Caractères physiques. L’urate d’ammoniaque , dont on ignoroit avant nous l’existence dans les caîcuis urinaires , et qui , assez souvent , les forme tout entiers présente un tissu quelquefois semblable à celui de l’acide urique, et alors ses couches fauves, ou couleur de café au lait, sont fines et moins sensiblement striées ou fibreuses que celles de cet acide pur. Le plus souvent ce sel est d’un gris blanc ou de perle , d’un tissu assez dense , lisse et brillant dans quelques-unes de ses couches après l’action de la scie , cel- lulaire ou poreuse dans le plus grand nombre. Il n’a ni odeur ni saveur sensibles.

Caractères chimiques. Dès la première impression du feu au chalumeau, l’urate d’ammoniaque donne de l’ammoniaque qui se dégage très -promptement $ il se comporte ensuite absolument comme l’acide urique. Il n’est pas sensiblement dissoluble dans l’eau mais il le devient par un excès d’ammoniaque. Tous les acides, même les plus foibles, lui enlèvent son ammoniaque , et le portent à l’état d’acide urique pur : les alcalis fixes caustiques en dégagent sur-le- champ l’ammoniaque, dont l’odeur frappe vivement les na- rines. C’est ce dernier caractère qui distingue parfaitement l’urate d’ammoniaque, et qui le fait reconnoître'en le réu- nissant à la dissolution complète opérée par la lessive alca- line , puisqu’il n’y a que ce sel qui offre, tous deux à la fois, ces phénomènes. ( Voyez n°. 2, a7 b.)

1 QO

ANNALES DU M U S é U Mf

§. III. Urate de soude .

La combinaison de l’acide urique avec la soude a été annoncée 7 la première fois^ par M. Tennant 7 de la société royale de Londres 7 comme formant les concrétions gout- teuses j deux fois cette matière s’est présentée dans nos analyses , et voici les caractères que nous y avons re- connus.

Caractères physiques . Elle est sous la forme de fragmens irréguliers , aglutinés les uns aux autres sans aucun arran- gement cristallin $ sa couleur est d’un blanc mat , et son grain est grossier comme si elle s’étoit rassemblée ou déposée rapidement. Sans odeur sensible et avec une légère saveur fade 7 elle a peu de consistance ; quoiqu’elle n’ait point de véritable friabilité , la cohérence de ses molécules imite un tissu végétal , et sur-tout celui des champignons ou de l’a- garic : aussi elle se laisse comprimer. Quand on la coupe avec un instrument tranchant 7 ce qui est assez facile , elle montre dans la section une surface luisante et douce au moins dans les parties les plus serrées 7 les plus pressées.

Caractères chimiques. L’urate de soude , sans être fusible sur les charbons ardens et au chalumeau 7 noircit prompte- ment et se charbonne vite ; il exhale une fumée épaisse et fétide comme de la chair grillée. Son charbon est noir foncé et peu volumineux. Quand on l’a fortement calciné et qu’on le lessive dans l’eau } la dissolution contient du carbonate et du prussiate de soude.

Il n’est pas sensiblement dissoîuble dans l’eau ; mais quand on le fait bouillir avec ce liquide 7 il lui donne une

1 O l

d’histoire naturelle.

apparence savonneuse : il présente une mousse épaisse à la surface et une odeur fade , semblable à celles des tendons et des ligamens cuits et chauds. On en extrait ainsi une sub- stance gélatineuse qui paroît faire une grande partie de cette concrétion. L’alcali caustique le rend dissoluble j les acides lui enlèvent la soude et séparent l’acide urique.

On n’a trouvé cette combinaison que dans les dépôts gout- teux des articulations , et je n’en ai pu avoir que deux à ma disposition depuis dix années que je me suis livré à ces recherches. (Voyez 3. )

§. IV. Phosphate de chaux.

Caractères physiques. Il affecte trois manières d’être ou trois formes différentes dans les concrétions dont il fait la base 5 tantôt il est en un tissu dur , ossiforme, composé de beaucoup de petits corps grenus , d’une couleur grise ou jaunâtre, très-adhérens les uns aux autres, et, comme les os, susceptibles d’un véritable poli : telles sont les pierres pré- tendues de la glande pinéale^ des glandes lacrymales , sali- vaires , bronchiques , etc.

Tantôt il offre des couches minces, concentriques, d’un blanc mat , faciles à séparer et friables , comme dans les calculs urinaires ou portions de calculs urinaires humains qui sont de cette nature.

Enfin, il a quelquefois la compacité, la dureté et presque le tissu organique de l’ivoire ; il en répand l’odeur quand on le scie j il en prend le beau poli. On le trouve ainsi dans quelques ossifications de parties molles et dans quelques variétés de bézoards.

i . 14

102 ANNALES DU MUSEUM

Caractères chimiques. Le phosphate de chaux a des pro- priétés chimiques qui le distinguent de tout autre des com- posés calculeux. Il noircit au chalumeau en exhalant une légère odeur animale ; il y blanchit ensuite et devient friable. Il est inattaquable par les alcalis $ il est indissoluble dans l’acide sulfurique , et bien soluble dans le nitrique et le mu- riatique : ces dissolutions précipitent par les alcalis et même l’ammoniaque , et ce précipité est toujours du phosphate de chaux ; elles donnent aussi un oxalate calcaire , inso- luble par l’acidule oxalique ou par l’oxalate d’ammoniaque. C’est ainsi qu’on y reconnoît la présence de la chaux. Quant à celle de l’acide phospliorique , en s’en assure en le traitant par l’acide sulfurique, on décantant la portion liquide qui surnage le sulfate de chaux formé, et en évaporant ce liquide, qui se boursoufle , s’épaissit en miel , se fond en globules vitreux , et donne du phosphore avec le charbon. Ces essais peuvent même être faits en petit au chalumeau. (Voyez 4 , a, b. )

§. V. Phosphate acide de chaux.

Caractères physiques. Il a dans ceux des bézoards , dont il constitue le principal tissu , la forme de couches lisses , striées dans leurs cassures , faciles à séparer , et peu adhé- rentes les unes aux autres j ces couches , d’épaisseur variée et très-fragiles , sont quelquefois marquées de nuances ver- dâtres ou grisâtres bien prononcées. Il a une saveur un peu âpre et acide ; le moindre choc , le plus léger effort suffit pour en briser les couches , pour les détacher les unes des autres : on voit dans leur cassure des stries aiguillées , brillantes , cristallines.

r>’ histoire naturelle. i g 3

Caractères chimiques. Il est fusible seul au chalumeau ; il répand une odeur légèrement aromatique en se dessé- chant j il forme un globule vitreux blanc opaque , et qui répand une flamme phosphorique lorsqu’il est bien rouge et bien pénétré de feu. Il est dissolubîe dans l’eau froide , plus encore dans l’eau chaude : il se sépare de celle-ci en petites paillettes brillantes par le refroidissement ; il rougit la teinture de tournesol. Du reste , il se comporte avec les acides comme le phosphate de chaux ; et les alcalis le font passer sur-le-champ à l’état de ce sel, en lui enlevant sa portion d’acide excédente.

Je ne l’ai encore trouvé que dans quelques bézoards vési- caux des mammifères. (Voyez 5. )

§. VI. Phosphate anunoniaco-magnésicn .

Caractères physiques. C’est un des matériaux calculeux les plus reconnoissables et les mieux caractérisés ; il étoit entièrement ignoré , malgré ses caractères distinctifs et parmi les produits des animaux en général et dans les calculs ou bézoards. Il affecte deux formes différentes , éga- lement caractérisées l’une et l’autre j quelquefois on le trouve en vrais cristaux prismatiques blancs , demi-transparens , ou en espèces de tables dont les bords sont bien saillans , et hérissent de toutes parts la surface des concrétions animales, comme dans quelques calculs urinaires humains , et dans les bézoards intestinaux du cheval , de l’éléphant , etc. D’autres fois il est en couches spathiques, lamelleuses, demi- transparentes, plus ou moins épaisses , recouvrant un autre calcul primitif d’acide urique ou d’une autre matière. Ces

1 4 *

1 O 4 ANNALES DU MUSEUM

couches imitent si bien l’apparence du spath calcaire, que Daubenton et Vicq-d’Azyr qui les ont distinguées et décrites les premiers , les ont presque confondues avec ce fossile. Le phosphate ammoniaco - magnésien est doux au contact et à l’oeil ; il se réduit facilement en une poussière blanche , légère , volumineuse , semblable à de la magnésie ou à de la farine. Il a une saveur douceâtre et fade , sans avoir la sécheresse du phosphate de chaux.

Cai'actères chimiques. Ses caractères chimiques ne sont pas moins saillans que ses caractères physiques. Sur les charbons et au chalumeau , il noircit et exhale une légère odeur animale , puis ammoniacale ; il se fond à une grande chaleur. Il est dissoluble dans Peau chaude, et se cristal- lise par le refroidissement. Les alcalis fixes en dégagent de l’ammoniaque , en séparent de la magnésie , et forment des phosphates alcalins qu’on obtient facilement cristallisés. Les acides le dissolvent très - facilement et sans efferves- cence ; quand on le tient plongé en fragmens assez gros dans de l’acide muriatique foible , il reste , après quelques heures qui suffisent pour la dissolution complète du sel, des flocons membraniformes , légers, moux , transparens, plus abonda'ns et plus rapprochés encore de la figure primitive des fragmens calculeux , que cela ne s’observe avec le phosphate de chaux ^ lequel présente aussi le même carac- tère, mais d’une manière bien moins marquée.

On le trouve souvent formant les couches extérieures des calculs urinaires humains $ il constitue la plus grande partie de la masse des bézoards intestinaux du cheval, de l’éléphant, des grands mammifères ; il n’existe jamais dans les bézoards vésicaux des mêmes animaux.

d’histoire naturelle. 1 o5

Après avoir été bien déterminé dans nos analyses de calculs , il a été reconnu existant dans Purine humaine, d’abord en phosphate magnésien , ensuite en phosphate ammoniaco-magnésien qui forme lorsque l’urine com- mence à s’altérer , et lorsque cette altération a produit de l’ammoniaque. C’est ce sel triple qui se dépose en prismes hexaèdres de quelques millimètres de longueur sur les parois des vases de verre l’on conserve de l’urine pour en suivre les altérations , et au-dessous de la pellicule qui se forme souvent à la surface de ce liquide gardé. ( Voyez 6 , a , b. )

§. VII. Oxalate de chaux.

Caractères physiques. On devoit être fort éloigné de s’attendre à trouver ce composé parmi les matériaux cons- tituans des calculs ; et, malgré les soins que nous avons mis dans nos analyses , il nous a échappé plusieurs fois , tant nous étions loin d’en soupçonner même l’existence dans ces concrétions. Une fois bien déterminé par les moyens qui seront indiqués , nous lui avons trouvé des caractères phy- siques bien prononcés , et nous l’avons reconnu constam- ment dans l’espèce de calcul urinaire humain que les litlio- tomistes nomment depuis long - temps pierre mûrale ou moriforme à cause de sa couleur brunâtre , et de sa figure extérieure tuberculeuse, inégale, qui imite beaucoup celle des mûres.

L’oxalate de chaux animal est fauve ou brun au-dehors^ inégal, raboteux, hérissé, tuberculeux, quelquefois même épi- neux dans sa surface extérieure , dur comme l’ivoire à l’inté- rieur, difficile à scier, s’échauffant, et répandant par la près-

10 6 ANNALES DU MUSEUM

sion de la scie l’odeur fade des os et de l’émail des dents fortement frottés , présentant un beau et vif poli dans ses surfaces striées , une couleur grise de perle , et des lames concentriques , appliquées en écailles arrondies ou en espèces de calottes , se recouvrant successivement les unes les autres ; ce qui détermine les tubercules saillans du dehors de la concrétion j et représente des espèces de rayons partant du centre , et s’écartant les uns des autres à la circonfé- rence.

Caractères chimiques. L’oxalate de chaux , chauffé au chalumeau, brûle avec une odeur très-forte de cuir ; il noircit et fume beaucoup ; il s’incinère facilement j il laisse un ré- sidu blanc qui fuse dans l’eau , et montre toutes les pro- priétés de la chaux vive. C’est cette expérience qui, en nous prouvant qu’il contenoit un sel calcaire dont l’acide est destructible par la chaleur, nous a mis sur la voie d’y re- connoître l’oxalate de chaux. Il est insoluble dans l’eau , qui lui enlève cependant par l’ébullition une quantité no- table de matière animale gélatineuse. Les acides foibles ne l’attaquent pas ; l’acide nitrique un peu fort le dissout. Les alcalis ne lui causent aucun changement ; mais les carbo- nates de potasse et de soude le décomposent par la voie humide , et c’est le seul procédé que j’aie découvert pour y démontrer tout à la fois la présence de l’acide oxalique et de la chaux : il se forme dans ce cas du carbonate de chaux qui reste au fond de la liqueur , et de l’oxalate alcalin qui se dissout.

Nous n’avons encore trouvé ce composé que parmi les calculs urinaires humains et nulle part ailleurs , soit dans d’autres régions du corps de l’homme , soit dans d’autres

D’ HISTOIRE NATURELLE. IO7

animaux : il paroît ne se former que dans l’urine humaine, ( Voyez 7 , a, b , c. )

§. VIII. Carbonate de chaux.

Caractères physiques. Ce composé , qu’on a si long- temps annoncé dans les livres de médecine comme la base unique des concrétions de l’homme et des animaux , et que nous n’avons rencontré que dans les calculs urinaires de ces derniers , n’a point été trouvé encore sous forme cristalline, ni sous celle de couches régulières et serrées les unes contre les autres , comme la plupart des autres matériaux calcu- leux 5 il 11e se présente que sous la forme de concrétions irrégulières , sans surface et sans étendue déterminées , n’af- fectant sous des formes bizarres ,, quelquefois cependant arrondies ou oblongues , qu’une agrégation de molécules grenues, liées par un gluten animal. Il est le plus souvent blanc ou gris , quelquefois jaune ou fauve, rarement brun ou rougeâtre , et à surface dorée ou argentée.

Caractères chimiques. Deux propriétés chimiques réunies suffisent pour le distinguer de tous les autres matériaux constituans des calculs et des concrétions des animaux. Il laisse de la chaux vive après sa calcination complète , et il fait effervescence avec les acides nitrique et muriatique, dans lesquels il se dissout facilement. La matière animale , plus ou moins abondante^ qui lui est unie et qui en lie les molécules , se dissout seule dans l’eau par l’ébullition , et lui ôte sa consistance. Il devient mat et friable , comme les phosphate et oxalate calcaires , lorsqu’on le traite dans le digesteur de Papin.

10B annales du MUSÉUM

Il n’a jamais été trouvé dans les calculs et les concrétions du corps humain ; il n’existe que dans les calculs vésicaux et rénaux des mammifères , sur-tout dans ceux du cheval , du bœuf et du cochon. (Voyez 8. )

§. IX. Silice .

La silice est, à ce qu’il paroît, le plus rare des matériaux de calculs animaux. Je ne l’ai trouvée que dans deux cal- culs vésicaux humains,sur les six cents qui ont été analysés ; encore l’un d’eux n’en contenoit qu’une quantité presque inappréciable.

La silice ne s’est trouvée , dans le cas cité , que mêlée avec trois ou quatre autres matériaux différens : on ne l’a reconnue qu’à la fin. de l’analyse et dans le dernier résidu. Son insolubilité , sa dureté , et la manière dont elle agit sur les lames métalliques , n’ont laissé aucun doute sur sa présence , et serviront de même à la retrouver lorsqu’elle se présentera désormais aux naturalistes.

Peut-être , si on la trouvoit quelque jour plus fréquem- ment dans les concrétions animales , pourroit-on en carac- tériser l’existence par le frottement sur le fer. Au reste , elle ne doit presque pas occuper les naturalistes , puisqu’elle ne se présente que très-rarement et presque par hasard.

Sa présence dans deux calculs urinaires humains prouve au moins qu’elle n’est pas entièrement étrangère aux com- posés animaux , et qu’elle passe quelquefois dans leurs li- quides.

On n’a point fait graver cette espèce ? parce qu’elle ?l’ est pas reconnoissable par ses caractères extérieurs.

d’ histoire naturelle.

109

§. X. Adipocire.

J’ai nommé, depuis plusieurs années, adipocire une ma- tière huileuse , concrète , particulière , que j’ai trouvée dans plusieurs composés animaux ? et qui a des caractères moyens entre la graisse et la cire , quoiqu’elle ne soit ni l’une ni l’autre. Elle est analogue au blanc de baleine , quoiqu’elle en diffère aussi par moins de sécheresse et par plus de fusibilité : mais son analogie m’engagea à com- prendre ce dernier corps sous le nom générique di adipo- cire. Toutes les matières animales molles ont une singu- lière disposition à passer , par leur décomposition putride , à cet état adipocireux. Mais comme j’ai trouvé la ma- tière adipocîreuse dans beaucoup de composés animaux , et comme j’ai reconnu à cette matière des propriétés un peu variées suivant les circonstances de sa formation et les lieux qu’elle occupe , je dois prévenir que ce n’est que de celle qui existe comme matière constituante dans les calculs biliaires de la vésicule du fiel de l’homme, que je parlerai ici.

Caractères physiques. Cette adipocire est souvent sous la forme de lames brillantes et talqueuses, blanches et pures, ou recouvertes d’une matière colorante brune dans les cal- culs cités. Quelquefois on ne l’y trouve qu’en petites pail- lettes qui traversent ces concrétions , qui en occupent le centre , ou qui se déposent de l’alcool par lequel 011 les a traitées à mesure que celui-ci se refroidit. Elle est douce et grasse sous le doigt. Quand on la frotte et qu’on l’échauffe, elle a une odeur fade qui se rapproche de celle du suif ou du blanc de baleine. Elle est très-légère, et nage au-dessus de l’eau.

1 .

1 5

1 1 O A I S A L E S DU MUSEUM

Caractères chimiques. Elle est très - fusible à peu près à la meme température que le blanc de baleine ; elle prend dans sa fusion la forme d’une liuile jaunâtre ; elle s’élève en vapeur et se sublime, comme la cire, à la température au- dessus de celle qui la fait fondre. Elle donne de l’eau , des acides acéteux et sébacique , ainsi que du gaz hidrogène carboné par la distillation à feu nu. Son espèce de fusi- bilité la rend moins décomposable à feu nu que n’est la graisse.

Elle n’éprouve que peu d’altération par les acides.

Elle s’unit très -bien aux alcalis, qui la mettent à l’état savonneux

Elle est insoluble dans l’eau et soluble dans l’alcool , plus à chaud qu’à froid j de sorte qu’elle s’en sépare en. partie en cristaux brillans par le refroidissement. L’eau la précipite de sa dissolution alcoolique , de manière qu’elle imite le camphre dans cette propriété.

Elle se dissout aussi dans les huiles fixes , et même dans les huiles volatiles légèrement chauffées.

On 11e l’a trouvée encore que dans les calculs de la vésicule du fiel chez l’homme. Elle y est quelquefois pure et isolée dans ceux de ces calculs qui sont blancs et cristallins. Elle n’existe point dans les concrétions biliaires du. bœuf, et de quelques autres mammifères que j’ai eu occasion d’ana- lyser. ( Voyez p , u, d, c, )

§. XI. Résine animale bézoardique .

Historique. Il existe des concrétions animales en tout ou en partie résineuses , qui n’ont été encore énoncées que

i 1 1

d’histoire naturelle.

vaguement , et sous le rapport de prétendues vertus presque miraculeuses 5 lors de l’époque déjà séparée de nous par près d’un siècle l’on vantoit beaucoup les médicamens bézoar- diques. Tels sont les calculs , vraisemblablement intestinaux et biliaires, qu’on nommait autrefois et qu’on nomme encore ? dans des ouvrages de matière médicale , hézoards orientauoc . Il faut bien prendre garde de les confondre avec les bézoards occidentaux durs , et d’apparence terreuse^ qui sont for- més de carbonate de chaux , de pliospliate acide de cbaux , ou de phosphate ammoniaco-magnésien. Voici les caractères distinctifs de cette résine bézoardique.

Caractères physiques. Sa couche extérieure est polie comme du marbre ou de la serpentine , d’un vert foncé ou clair quelquefois brune , souvent veinée ou marbrée. Quelquefois elle exhale par le frottement une odeur vive^ âcre ou aromatique. Elle se brise facilement et se sépare en couches très-friables , d’une couleur moins foncée que la sur- face extérieure. Ces couches concentriques oviformes ont une épaisseur presque toujours égale , et continuent jusqu’au centre ou noyau , quelquefois formé par un fruit , ce qui annonce leur existence dans les intestins. Quand on broie cette matière , elle donne une poussière grasse et huileuse.

Caractères chimiques. Quoique nos analyses n’aient point encore été poussées fort loin sur cette espèce de concrétion , ce qu’elle nous a présenté suffit pour re- connoître la nature générale de la résine animale , et sa différence d’avec toutes les substances précédentes. La ma- tière de ces bézoards se ramollit et se fond par la chaleur j une aiguille rouge les perfore et les traverse facilement ) •elle répand bientôt une odeur forte , aromatique et musquée j

i 5 *

112 AFFALES DU MUSEUM

elle s’enflamme et brûle avec une fumée épaisse. Elle donne de la couleur à l’eau bouillante , quoiqu’elle ne soit pas dis- soluble. Elle se dissout presque entièrement dans l’alcool qu’elle colore,, et qui précipite ensuite comme une teinture par l’addition de l’eau. Les alcalis caustiques la dissolvent ? et elle diffère en cela des résines végétales.

On voit actuellement pourquoi l’on irnitoit autrefois des bézoards orientaux, et l’on en faisoit de factices^ en fondant et mêlant ensemble plusieurs résines et gommes résines, aux- quelles on ajoutoit de l’ambre ,, du musc , et des feuilles d’or , parce que quelquefois les bézoards sont dorés à leur surface. La pierre de Goa des matières médicales est un bézoard factice de ce genre.

Il y a aussi une matière résineuse moins fine , moins con- densée que la précédente , dans quelques concrétions bi- liaires de l’iiomme , et dans celles que renferme assez sou- vent la vésicule du bœuf ) on se sert de cette dernière en peinture. Il s’en est trouvé une analogue dans l’éléphant mort dernièrement au Muséum , et que le citoyen Cuvier m’a fait remettre. ( Voyez i o. )

§. XII. Gélatine.

Je compte comme douzième et dernier des matériaux constituons des concrétions animales des calculs ou des bé- zoards la matière animale qui accompagne le plus grand nombre de ces matériaux , et sur-tout les phosphates ter- reux , le carbonate de chaux , l’oxalate de chaux et l’urate de soude.

Cette matière animale qui parort se rapprocher de la gé-

d’histoire N A TU 11 ELLE, 1 1 3

latine , n’y est jamais seule , et ne peut pas en effet former seule des concrétions calculeuses, puisqu'elle ne prend jamais l’état solide et concret qui les caractérise. Mais elle donne néanmoins aux autres matériaux la consistance , le lien , la cohésion qui les distinguent. Elle lie et attache ensemble toutes les molécules de ces matériaux , comme la colle le fait pour la pâte et les fragmens du stuc. Il faut donc la compter au nombre des matières constituantes des concrétions , et sa présence y est annoncée par l’odeur fétide qu’elles don- nent au feu , par la propriété de se charbonner , et par l'ébullition dans l’eau, qui prend par-là l’odeur animale et la propriété d’être précipitée par le tannin. Cette présence , ainsi déterminée , devient la preuve irrécusable de l’ori- gine animale d’une concrétion , et par conséquent fournit l’un des caractères les plus certains de ce genre de produc- tions naturelles.

-

Il y a lieu de croire que ce gluten animal des calculs ,

ce ciment de leur liaison , est d’une nature variée ^ ou n’est pas toujours le même dans les diverses espèces de con- crétions.

Je ne me suis occupé dans ce mémoire que de la des- cription des douze matériaux constituans des concrétions animales. Je traiterai , dans un second mémoire, de la dis- tribution méthodique ou de la classification de ces concré- tions , soit calculs , soit bézoards , soit .concrétions propre- ment dites, d’après les animaux elles se trouvent ? ou les diverses parties des animaux qu’elles occupent.

AlTîfALES DU MUSEUM

1 1 4

_

MÉMOIRE

Sun de nouvelles variétés de chaux carbon alée , avec quelques observations sur les erreurs auxquelles on s’expose en se bornant à l’usage du gonyomètre pour la description des cristaux ,

v a r H A U Y.

Lorsqu’une théorie est parvenue au degré de généralité dont elle est susceptible , elle ne se borne pas à nous donner l’explication de ce qui est connu. Ses résultats enveloppent encore tout ce qui est dans l’ordre des possibles , et nous fournissent un moyen de déterminer une multitude de faits jusqu’alors hypothétiques, mais qui étant de simples corol- laires des lois auxquelles sont soumis d’autres faits dont l’existence est avérée, pourront un jour s’offrir à notre obser- vation. J’ai fait , il y a plusieurs années , une recherche de ce genre , à l’aide de la théorie des lois d’où dépend la structure des cristaux originàires du rhomboïde. J’ai supposé que les formes de ces cristaux fussent limitées à celles qui naîtroient des décroissemens par une , deux , trois et quatre rangées , soit sur les bords , soit sur les angles du rhomboïde primitif $ et en combinant ces décroissemens un à un } deux

d’ HISTOIRE NATURELLE. 1 i5

à deux, trois à trois, etc., j’ai trouvé que le nombre de toutes les combinaisons possibles étoit de 8,088,604$ ré- sultat qui fait voir combien sont fécondes par elles-mêmes les lois de la structure , et combien seroit prodigieuse la quan- tité des corps réguliers dont la cristallisation peupîeroit le monde souterrain , si toutes les circonstances qui peuvent faire varier ses produits se rencontroient dans la nature.

La chaux carbonatée étant de tous les minéraux qui ont un rhomboïde pour noyau , ou plutôt de tous les minéraux en général , celui qui abonde le plus en formes cristallines diversifiées, j’ai pensé qu’il pourroit être intéressant de com- parer le tableau des résultats connus de la cristallisation avec celui que présente la théorie , pour savoir jusqu’où s’étend l’observation dans l’immense série des possibles. J’ai donc été très-attentif à recueillir et à déterminer toutes les nouvelles variétés de cette substance , et voici m’ont con- duit mes recherches.

Il entroit vingt - trois quantités dans le calcul des diffé- rentes combinaisons dont les quatre lois les plus simples sont susceptibles , en y comprenant la forme du noyau. Parmi ces vingt- trois quantités, je n’en connois que onze qui soient comprises jusqu’ici dans les résultats de la cristal- lisation. J’enjoins ici les signes représentatifs, rapportés au noyau , fg . 1 , pl. III ( i ).

1 2 4 2 3 f

PABBFl'EDDDeee .

1 1 3

L’observation m’a offert dix autres quantités relatives à des lois qui excèdent le nombre de quatre rangées , ou à des

(1) Cette planche , qui se trouve dans le premier cahier, contient les six pre- mières figures relatives à ce mémoire.

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AKKÂIES DU MUSEUM

lois soit mixtes soit intermédiaires , et dont voici les signes.

B B ÇE1 B1 Z)2) (E B1 Ds) D D e e e e ; ce qui fait en

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tout vingt et une quantités dont l’existence est réalisée par la cristallisation.

Depuis plusieurs années que j’ai consigné dans mes ma- nuscrits la série de ces vingt et une quantités , je n’ai trouvé aucune addition à y faire , et toutes les nouvelles formes que mes recîierclies m’ont fait reconnoître ne sont que des combinaisons variées des mêmes lois. Enfin , la plus forte des combinaisons que m’ait offerte la cristallisation de la chaux carbonatée ne renferme pas plus de six quantités.

Nous pouvons donc envisager l’ordre des possibles sous un nouveau point de vue mieux assorti à l’observation , en combinant les vingt et une quantités dont il s’agit^ une à une ^ deux à deux , etc. et en prenant pour dernier terme la combinaison six à six. D’après les formules connues relativement à ce genre de calcul , nous aurons en tout 54^64 résultats , sur lesquels il y en a trois à retrancher;

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savoir, A* e , Z> , parce que le premier donne des faces 1

horizontales, et les deux autres , des faces verticales qui ne peu- vent exister solitairement, et sans le concours d’un autre dé- croissement qui en limite l’étendue. Le nombre des résultats admissibles se réduit donc à 54,261 ^ et il est probable que les nouvelles variétés que l’on découvrira à l’avenir sont renfermées d’avance dans la série exprimée par ce nombre , ou du moins on peut regarder cette série comme offrant , dans l’état actuel de nos connoissances , la limite des actions qui concourent à la production des cristaux calcaires. On,

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pourra , par la suite , donner une extension au nombre re- présentatif de la série , si de nouvelles observations l’exigent.

Le nombre des formes cristallines connues est incom- parablement plus petit que celui auquel conduit ici la théorie. Romé-Delisle, dans la nouvelle édition de sa Cristallographie , publiée en 1780, a décrit vingt-six de ces formes (1). J’en ai décrit quarante-sept dans mon Traité de minéralogie , et^ depuis cette époque, j’en ai observé treize nouvelles; ce qui fait en tout soixante.

Je vais donner la description de ces treize variétés , d’après la méthode que j’ai adoptée , comme la plus exacte , et qui consiste principalement dans la réunion des ligures en projection , avec les signes représentatifs des lois de décrois- sement et la mesure des angles } sur-tout de ceux que j’ap- pelle saillans , et qui sont formés par l’incidence de deux faces l’une sur l’autre.

J’ai déjà remarqué ailleurs (2) combien il étoit essentiel que les descriptions des cristaux indicassent les angles que leurs faces forment entre elles , parce que ce sont ces indications qui font ressortir la description par des traits parlans et vrai- ment caractéristiques, et que, sans cela, elle n’est qu’une ébauche imparfaite et grossière f qui peut se rapporter à plu- sieurs objets différens. J’ajouterai ici quelques réflexions sur cet objet important.

Les différens angles soit plans, soit saillans, d’un polyèdre

(1) Il en compte trente, parmi lesquelles il y en a quatre qui ne diffèrent de l’une ou l’autre des formes précédemment décrites , que par une plus grande étendue qu’ont prise certaines facettes.

(2) Traité de Minéralogie , tom. I, pag. 2 Si,

i , i 6

uns

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géométrique ont entre eux une telle relation , que les étant donnés, on peut toujours en conclure les autres à l’aide du calcul. Il suffit même quelquefois , comme dans le cas du rhomboïde , de connoître un seul angle , pour que le reste s’ensuive nécessairement.

Il résulte d’abord de ce principe , qu’à ne considérer les cristaux que comme des solides ordinaires, on s’expose à se trouver en contradiction avec les règles de la géométrie , lorsqu’on décrivant un cristal on indique plusieurs angles dépendans les uns des antres, d’après les mesures du gonyo- mètre , qui ne peuvent être qu’approximatives. Ainsi Romé- Deîisle , après avoir indiqué 10 pour la valeur du grand angle du rîrombe , dans la chaux carbonatée inverse , qu’il appelle spath calcaire muriatique (1) , donne 1 1 pour celle du grand angle de la coupe principale, c’est-à-dire, de celle qui passe par les diagonales obliques de deux faces op- posées et par les arêtes intermédiaires. Or, si l’on prend le premier angle pour donnée , et que l’on en déduise la valeur du second, on trouve qu’elle n’est que de iop° /\ 5 ce qui fait une différence de près de avec l’angle déterminé par l’observation , et produit une erreur du même genre