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ROMANIA

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ROMANIA

RECUEIL TRIMESTRIEL

CONSACRÉ A l'Étude DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES

PUBLIÉ PAR

Paul MEYER et Gaston PARIS

Pur remenbrer des ancessurs Les diz e les faîz e les murs.

Waci.

38« ANNÉE 1899

PARIS LIBRAIRIE EMILE BOUILLON. ÉDITEUR

67, RUE DE RICHELIEU, 67, AU I«f

TOUS Daom tisuTts

LIBRARY OF THE LELAND 8JAHF0RD JR. UNIVERSI'''

SEP 5 1900

NOUVEAUX ESSAIS

SUR LA

PROVENANCE DU CYCLE ARTHURIEN

n

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS »

La théorie de la provenance exclusivement armoricaine des récits dits de la Table Ronde vient de faire, avec M. Brugger ', une rentrée bruyante. L'auteur, reprenant la thèse de M. Zim- mer % soutient particulièrement que tSus les lais s^ns exception sont originaires de la Bretagne continentale. Ceux qui ont cru qu'une partie, au moins, de ces petits poèmes pouvait provenir de la Grande-Bretagne (du pays de Galles) sont dénoncés comme des gens sans cervelle et même sans moralité'.

1. E. Brugger, Uehfr die Bedeutung i-on Bretagne^ Breton (ZHtschrift fur fran^ôsischc Sprache utid LitUratury XX, 1898, 79-162).

2. iM. Br. se défend (p. 107-157) de partager toutes ies idées de M. Z., mais en ce qui concerne les Jais nous ne voyons aucune différence impor- tante entre lui et son maître.

3 . L'auteur des Études sur ta provenance du cycle arthurien (Romania, XXIV et XXV) est couramment traité d* « avocat », de « sophiste ». Les partisans de la théorie galloise sont délicatement comparés (p. 159) à un individu incapable de prouver une accusation de vol {sic). Ils veulent « pêcher en eau trouble » (p. 86), etc. Cela donne le ton de Tarticle. I-a grossièreté et l'outrecuidance portées à ce point sont plus dignes de compassion que de tout autre sentiment. Nous ne relèverons qu'une assertion personnelle, parce qu'elle est plus particulièrement venimeuse. M. Br. m'accuse à plus d'une reprise (ainsi p. 89, 90, 97, 156, 158, 159) d'avoir travesti la pensée de M. Zimmer et passé sous silence certains de ses arguments. Il se peut que j'aie méconnu la portée des arguments de M. Z. sans pour cela mériter un juge- ment aussi sévère. Qjii peut se flatter d'exposer la pensée d'autrui d'une

Romauia, KKl'IIL î

2 F. LOT

Si M. Br. se contentait d'être un homme sans éducation il ne vaudrait même pas h peine de mentionner son mémoire. Mais il se trouve que cet être mal embouché est en même temps un esprit intéressant quoique systématique, un critique sagace quoique passionné. Il a serré le problème de plus près qu'on ne Tavait fait jusqu'ici. Ses objections et ses théories méritent une attention soutenue. Nous exposerons son système en faisant abstraction, autant que possible, des incongruités qu'il s'est permises à notre égard.

L'auteur se base avant tout sur le sens que les mots Bretagne et Breton pouvaient avoir au xii' siècle. Il distingue et avec raison quatre sens : I. Bretagne désigne le pays que nous appelons encore aujourd'hui la Grande-Bretagne, zvsini et durant les invasions saxonnes, donc à l'époque régnait le roi Arthur de la légende. Les Bretons sont les habitants de l'ile pendant la même période. IL Bretagne, c'est VArmorique depuis l'arrivée des fugitifs insulaires, et Bretons la population de la presqu'île depuis cette époque. IIL Pour les érudits du XH* siècle, Bretagne, c'est encore la grande île, même sous la domination saxonne et normande, mais l'ile tout entière et non pas en particulier le pays de Galles ou l'Ecosse. Mais il n'est pas arrivé (et on le comprend facilement) que le nom ethnique

manière impeccable? Mais en rappelant mes souvenirs je ne vois pas que rtcn d'essentiel dans les arguments que j'ai critiqués m*ail échappé, II s'agissait de fondre ul de condenser quatre articles de M. Z. (dont deux fort longs) et de les exposer d'une manière intelligible au public. Pour rendre la pensée de M. Z. dans toutes ses nuances, le seul moyen cV'ùt été de reproduire 200 p.igLb iu ext^mo. Hncore une fois, je puis me rendre cette justice que je n'ai nullement travesti la pensée d'un homme qui, au témoignage de M. Brugger lui-même Cp. 107). sur un point important : « hat sich vielleicht nîcht immer klar genug ausgedrûckt », Le second reproche ne m'atteint pas davantage. !*arini les lais dont l'origine armoricaine est certaine ou probable, M. Z. ne connaissait et ne citait que ceux de Marie de I-rance. J'en ai ajouté d'autres anonymes Cp. 51^-516). Singulière façon d'escamoter les arguments de son adversaire! II m'est encore arrivé au cours de mes articles de signaler à deux ou trois reprises des textes en faveur de la théorie de M. Jîimmer. Il est vrai qu'alors M. Br. triomphe et trouve un nouveau motif d'invective. Mais son opinion personnelle ne me préoccupe pas. Je n'ai d'autre but dans cette note que de mettre les tiers en garde contre une critique parfaitemeot injuste.

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » 3

kdûtts) se soit ctcnJii aux nouvelles populations de l'île. IV. Bretons aurait pu, pour les crudiis du temps, s'appliquer aux débris des Bretons demeurés dans l'ouest de l'île, habitants de Coniwall, Strathclydc, Galles (ou :\ ces derniers seulement), et Bretagne à leur pays de refuge (Galles), En tait il n'en a pas été ainsi : nous n'avons pas d'exemples Je ce dernier emploi. Les trois premiers sens sont seuls usités, et il nV a que les sens I et II qui soient populaires. Le troisième n*est qu*un archaï:.me. IJn auteur qui emploierait Bretagne au sens IV devrait, pour cire compris de ses lecteurs, user d'un artifice quelconque. Au contraire, celui qui se sert du sens II est com- pris ipso fado,

Grci posé, si Ion passe en revue les exemples allégués par G.Paris, J. Lûih et F. Lot, on s^aperçoit qu'ils rentrent tous dans les catégories I, II et parfois IIL Bretons désigne soit les Bretons contemporains du continent, soit les antiques Britfottes insulaires des v% vr, vir siècles, jamais les Gallois. Bretagne désigne soît la Petite-Bretagne, soit la Grande-Bretagne, au temps de l'invasion, et encore, chez les lettrés, par arclïaïsme, Tile gouvernée par les Saxons puis par les Normands, mais jamais It pays de Galles en particulier. En conséquence, lai breton. dicz Marie de France, ses prédécesseurs et ses contemporains, ne peut s'appliquer qu*A une composition duc aux Bretons du continent. C'est d'eux seuls qu'il peut être question dans Wace, Guillaume de Malmesbury et autres, quand ces auteurs parlent au présent.

Cependant il y a une objection. Dansqiielqucs lais, la géo- graphie est insulaire et les personnages sont désignés comme de nationalité galloise. Il n'est pas admissible que les Bretons du continent célèbrent des héros gallois et situent leur patrie et leurs aventures (sauf celles qui sont dites se passer a V^tranger) dans la grande île (p. 147). La difficulté n'est qu'apparente : la géographie cr la nationalité des héros ont été dénaturées par les Français qui, même avant Marie, ont recueilli les laîs bretons. Cette transformation s'est opérée sous l'influence de Gaufre! de Monmouih, dont VHistoria Briionum a eu une action bien plus immédiate et bien plus profonde que ne le croit M. G. Paris. Gaufrei a appris aux Français que le royaume d'Arthur et la patrie de ses sujets était la Cirande-Bretagnc (148 sq.). Alors les Fran- çais opérèrent machinalement (p. 150) un bouleversement géo-

F. LOT

raphiquc : ainsi ils prirent Ker Léon (Sa'ini-Po\), Kfrduel, Kerve- \nt, lûrnulo (toutes localités de la Basse-Bretagne) pour Carîim^ Carluil (Carlisle), Cardigan, Ca{rytuîoty situées en Grande- Bretagne. Li Cornouaille insulaire (Cornwall) remplaça la Q)r- nouaille armoricaine primitive. Les noms des personnages et leur patrie n'ont aucune importance. Les plus anciens lais ignorent Arthur et ses chevaliers. Tout comme la topographie, Tonoma- stique des lais a subi Tinfluence de Gaufrei. Les lais ont été « arthurisés « ; mais Pintroduction de personnages arthuriens est postiche et se décèle aisément. « Peu A peu, il arriva que « le cercle des vassaux d'Arthur, émigrés dçVHisforia (Gaufrei de Monmouth)dans les lais, s'agrandit, et finalement les clercs purent trouver qu'il était peu convenable de donner des rôles V aussi insignifiants aux chevaliers d*Arthur,qui dans VHistoria « occupent un si haut rang, alors que des chevaliers qui ne se « trouvent pas dans VHistoria^ donc de simples parvenus « (Jxmitics novt), se tiraient à leur honneur de toutes les a avcnlurrs et reléguaient les premiers dans l'obscurité. Sous « Tcmpircdc ce sentiment d'équité, ils en vinrent à distribuer les beaux rôles aux héros de Gaufrei et i expulser complète- ment des lais une partie des héros [vraiment] bretons. Natu- rellement, dans cette nouvelle distribution des rôles, Gauvain o ÇlValgainas), le neveu d'Arthur, le plus important des cham- n pions, au dire de VHistoria, prit la part du lion. Quant à « Arthur, on ne pouvait lui donner le rôle des héros de lai : c il leur était trop supérieur. Aussi dut-il demeurer toujours M inâcùi (jhatatlvs). C'est A ce degré d" « arthurisation » que it doit avoir commencé la composition des romans [arthuriens]. « On ne pouvait facilement rassembler [codifier] les Liis non « arthurisés : il leur manquait les ligatures nécessaires. Mais a pour ceux dont l'action avait été localisée dans le temps et « le pays d'Arthur, dont les héros, en qualiii- dt vassaux du roi, quittaient sa cour pour chercher aventures, puis y rcve- V naîent, pour ceux dont les noms étaient tirés de Gaufrei, de a sonc que les héros d*aveniurcs distinrtcs portaient souvent le même nom (ainsi Gauvain), la soudure n otfrait pas d ob- stacle. Leur union était au contraire comme forcée. Ainsi se l,^, r,^nf l.-s romans, de b façon b plus naturelle, par juxia- . enfilade) ou emboîtage des bis, romans dans A/ihur, ijicnc personnellement, réunie autour de sa

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » 5

a personne tous les chercheurs d'aventures, dans lesquels les fêtes « grandioses de la cour forment le terme des diverses aventures. « Tout observateur, même superficiel, accordera que Ton « s'aperçoit du premier coup dans les romans anhuriens qu'ils « résultent de morceaux rapprochés. Mais cette arthuns.uion « externe fut suivie pas à pas d'une transformation interne, « Tintroduction graduelle de l'esprit chevaleresque, de l'esprit w français. Les modestes séries des lais particuliers parurent trop médiocres i la chevalerie. Quand ils furent anoblis par t< Tarthurisation, qu'i côté d'eux, ou i"! leur phice. on produisit " les célèbres protagonistes de ÏHistoria (Gaufrci), alors seule- « ment la société chevaleresque daigna se les assimiler et leur a insuffler ses propres pensées et son idéal. C'est à peu près a ainsi que je me représente le processus de Tarthurisation des « lais * . »

Tel est, dans ses grandes Kgncs, le système deM. Bruggcr. 11 se tient bien, et comme il offre une appareuce de rigueur et de logique, il satisEiît Tcsprit au premier abord. Bien que sur certains points il nous ait paru séduisant, nous ne le croyons pas exact en son ensemble. Nous allons le reprendre dans le détail.

I

Tout d'abord l'auteur a raison quand il soutient que, au xir siècle, le mot Bretugm ne s'entend jamais du pays de Galles * en particulier. Il est moins heureux en ce qui concerne les mots Briîot\fSy Briîanmygcns Britannica. Il est trop évident que

î. Bruggcr, 150-151. Cette esquisse devrait former h conclusion de l'ar- ticle. Nous ivons tenu A U traduire de notre mieux. Nous sommes sûr tfavance que M. Br. n'en déclarera pas moins qu'on a trahi l'expression de sa pr^^cuse penste.

2. Encore faut-il faire obscr\'cr que dans le CanuUirc, rédigi vers lijO, coaoo sous le nom de Book of Uandàv^ le mot Britannia s'entend très sou- vent 4fu pays de Galles en particulier, dans des chartes du x* et du xi* siècle. Voy. p. 118, 162, 169, 192, 22^, 250, 237, asa» 269. Le mot Gualin y est trts peu usité, et Cymru une seule fois (p. 120).

F. LOT

pour les Annales Camhriai^ la Vie de Gîldas (attribuée à Cariî- doc), Giraud de Barry, ces expressions archaïques s'appliquent aux Gallois contemporains '. Il est vrai que, selon M. Bruggcr, cela ne prouve rien, parce que tous ces auteurs sont Gallois et qu*ils agissent par « patriotisme ». Ainsi il est indifférent que des Gallois du xii'' siècle se désignent (quelquefois) sous le nom de Bretons! Le parti pris est trop visible : je n'insiste pas.

En ce qui concerne la îangtUy je crois que M. Brugger a décidément le dessous. Pour Giraud de Barry en particulier, toute discussion est inutile : l'identité de Ihi^ua hritannka avec t( gallois » crève les yeux *. L'auteur est également dans Terreur, soit dit en passant, en niant que la Viia Merlini soit de Gaufrei de Monmoulli; les objections de l'édition Wright- Michelauxquellcs il se réfère n'ont aucune valeur *. Oserai-je me

1. Je me borne d renvoyer à mon mémoire de la Romattia, XXIV, 508- $12. Les textes sont irop clairs pourqu*il soit nécessaire d'insister. On peut encore ajouter d'autres exemples tirés du Hrut y Tyuyio^wtt (Chronique des Princes) et du cartulaire de Uattdtiv, Le premier de ces textes, dans la partie andcnncqui finit à ta mort de Rhys ab Tewdwr (1091), emploie le mot Bn- tanycii » Breton » pour désigner les Gallois. Depuis, il use du terme Hyinri, Avec Rhys, dit el Hrut. tomba « la inonarcliic dts Bretons (teyntas v Bry- laHyril) . Les AtvmUs Cumbremei usent encore du mot Britouts pour les Gallois^ à la date de 1135, dans un manuscrit : Bmaxima discordiafuit intcrBritones et Francos lies Anglo-Normands], sed Britoncs viciorcs fucrunt. « Quant au BookoJ Ùandd\>\\ emploie uniquement les mots Uritanni^ Biittùtui encore pour le Xl>- siècle (192. iSi, 256, 266, 540- J' "'y "ouve pas Cymri o\ï Cim- brtnsei\ si Gnaieitf^ s'y rencontre une Ibis, c'est qu'il figure (p. 87) dans une lettre de 1 120 de Raoul, archevêque de Cantcirbér\'.

Cela n'a rien que de iiaiurvl. Dans la Chronique angio-saxoHtir, au XJ* siècle encore, Brytland b*entend au moins aussi souvent du pavs de Galles (voy. les années 1063, 1067, 1087, to88>qucde la Bretagne continenule (années 1077, lo«>)» Brytrnlaml, BrrtntlanJ ùunl cxclusivcincm réservé à ccne dcr- nifcrc région. Remarquer cependant que Hnion ^= Gd\\o\\ ne dépasse pas j'an 968.et fl/W/*JC= gallois l'an 75s- Un autre exemple de ce mot, de 1076, «'entend de* Bretons. Le terme le plus usité pour désigner les Bretons insu- laires est Bryhfenhu.

2. Roinam'a. XXIV. 512-511.

î- W.. XXVU (1898X 28. note 3. La réfutation de P. Paris {Romani ÂeU TaNc Rondt, I, 7i)tn*avait échappé quand je rédigeai cette note. Le passage de P, Parb n'ayaixi pas eu l'heur de persuader M. Br. (105, n. jo), je ne me

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » 7

hasardera dire que l'avitcur a ergote •> (p. toj) au sujet de Gaufrei de Monmouth ? Celui-ci parle de Li britannka îingua nu présent : il n'y a pas lieu de dire qu*il se sert de celte expres- sion au sens I de M. Br. Au reste, ni Gaufrei ni tout autre ne faisait et ne pouvait faire nos distinctions modernes entre la langue des Britmies du vi^ siècle et celle du xii* '. C^étaii toujours pour eux le brtlutt. Et cela se comprend aisément : un peuple peut changer de patrie ei de nom sans que sa langue perde forcément son nom antique. Les habitants des Etats- Unis se nomment Américains : leur langue est toujours Tan- glais. M. Br. a donné h un assaut vraiment peu ucile.

C'est qu'il veut à toutes forces qu'au xii* siècle le mot breton ne puisse s'appliquer qu'aux seuls Armoricains. Il nous somme de produire des textes qui démontrent que dans Insa^^epopu- lairt (il revient à satiété sur cette expression) breton -. gallois. Ce n'est point L\ du tout la question. Personne ne nie que dans la langue courante du xii'' siècle le mot breton sVntende exclusivement des Armoricains *. Il s'agit de savoir si, par une de ces exceptions qui se rencontrent à toutes les époques et dans tous les pays, chez un petit nombre d'écrivains le mot hre- /(>«, Britonrs, Briianni ne s'entendrait pas sous une influence archaïque aussi des Gallois. Il se peut que dans l'application nous nous soyons trompé. Mais le principe est parfaitement scientifique. En qualifiant cette thèse (p. 89) de « conglomérat d'absurdités (jk) », M. Br. prouve son inexpérience de bien des

(Une pai que le mien puisse opérer sa conversion, mais ce n'est pas ditns ce but que j'écris. Voyez enfin l'intéressante cl probante discussion des argu- menis de Wright par Wjrd. Catalo^uf of rotnancfs in the Hritish Muséum^ I (tSSj), 379-286.

I. Qjuand Gaufrei nous dit par exemple (1. U, c. 0 : « undc iMihuc gens pacrix*, Itngua britannica, sese Kambros .tppellat », est-ce qu'il s'agit du sens ï ? En se donnant la peine de chercher on trouverait sans doute d'autres exemples de l'emploi de MWhmiV/ pour dcHigncr h langue des Bretons insu- laires. Dans une description de la Bretagne (Grandc-Hret:ignc). du xn*^ sic-cle, je lu : *t Chestre cnim anglice quod britonicf dicitur kiier, latine vero civitas. Et SucDCrwnesirc hritotiic^ vero vocjtur Glatenelon. * (Voy. Skene (Cbnh nieles of ihe PicUy 15^-154.) L'auteur parle au présent. Cette langue bretonne ne peut être que le gallois (ou le comique) de son temps.

3. Nons l'avons procUmî.' di>s la première page de notre étude.

F. LOT

choses *. Même, en entrant dans le détail, il nous paraît qae si M. Br. a ébranlé nos arguments sur certains points, il ne les a pas anéantis, comme il s'en flatte. Reprenons nos exemples un h un:

î° D'abord la lettre de Henri de Huntingdon, écrite en 1 139 du Bec, en Normandie, à irantius Brito. A propos du récit de la mort d'Arthur d?ns Gaufrei de Monmouth (1. XI, c. 11), Henri écrit : mortuum tawcn fuisse BriUmeSy parentes iuî^ fiegani et eum venturum soUenniter expeitanl. Selon Zimmcr et Bniggcr (90-91), ces Briiones contemporains ne peuvent être que les Bretons du continent. Garin {^li'arinns) est du reste un nom fréquent en Armoriquc, dès le w" siècle, inconnu en Galles. J'observai que ce , Garin était un insulaire, puisque l'Anglais Henri conmience ainsi sa lettre : Quacris a me, Warine BriiOy vir comis el facfte^ cur patriae noslrae gesta narrans a lempo- rilms Juin Cacsaris im-eperim et florenùssima régna, qttae a Bruto nsqiw ad Juîium fuerunty omistrim, etc. Ce Garin, compatriote de Henri (ou plutôt habitant du même pays), qui s'inquiéie que son ami passe sous silence dans sa composition historique les beaux temps ayant précédé la conquête romaine, m\i fait l'effet d'un patriote gallois. Henri de Huntingdon venant d'em- ployer (il reproduit un long passage de Gaufrei) le mol Bri- tofus pour désigner les insulaires du passé, il m'a paai tout simple qu'il désignait leurs descendants par le môme terme. Quelle absurdité, s'écrie M. Brugger! Dans la phrase Briiones^ parentes tut y negant^ le verbe est au présent; Britones a donc le sens II et non le sens IV. IVarmns Brito ^ est, ou bien un Bre- ton qui habite TAngleterre (Zimmer), ou bien le descendant

1. L'emploi de Brftagttt, Brtion au sens I n*cst nullement populaire, quoiqu'on dise Br. (p. 8;): c*csi un archaïsme. Il suppose, chci r.iutcur qui remploie et le public auquel cclui-d s'adresse, une certaine instruction, tout au moins de V information. Quand M. Br. invoque le :>en5 <> populaire n et nous taxe d'jbsurdiic pour avoir cru a un emploi arcliaïque de cette expres- sion il se contredit sans s'en rendre compte. Cf. p. 4a. note 1 .

2. M. Br. me (ait un crime d'avoir omis un argument de M. 7Jmmer, a Si Garin avait ité Gallois, on l'eût sumommtl en Uiin fVûfinus Cambr^titis (lout comme le cilébrc Ginud Je Rjrryj et non U'itrinui Hnto. C'est que, je le n^pcte. it est impossible d.ms une dÎKU&sion aussi longue de reproduire tous c% ai^gumcnts. Il £uii faire un cbob et se borner aux sMcui. Celui-là nVst

LA PATRIE DES a l^IS BRF.TONS » 9

d'une famille ayant émigré en ce pays et consen'ani héréditai- rement ce surnom de « Breton ' » (Brugger, p. 91, note 13). Je ne dis pas que cette argumentation soit mauvaise. Elle n'en- traîne pas la conviction, voilà lout. Nous ne Siivons pas en efiet au juste pourquoi Henri donne le surnom de Breton à ce « vîr comis et facetus » et parle de ses parents les Britones. J'ai supposé qu'il y avait quelque jeu de mots caché entre Henri et son correspondant ' et j'ai fait des réserves sur mes propres explica- tions *. Je persiste à croire que ce texte n'est pas décisif en faveur de Li théorie de M. Zimmer.

2** Un passage des Gfsta rrgnnt Anglorum de Guillaume de Malmesbury est ainsi conçu : « Sed eo extincto Britonum a robur emarcuit. Jam tune, profcctô, pessumissent nisi « Ambrosius, solus Rom.morum superstes, qui post Wor- 0 tigcrnum monarcha regni fuît, intumescentes barbares exi- « mia bellicosi Arturis opéra pressisset. Hic est Arthur de quo « Britonum nugae hodieque délirant, dignus plane quetn « non fallaces somniarent fabulae^ sed veraces praedicarcnt <* historiac, etc. »

Il ne me parut point nécessaire que Guillaume eût eu recours aux Armoricains pour connaître ces tiugm au sujet d'Arthur. Les Gallois avaient, dés le tx" siècle, des traditions fabuleuses sur ce personnage V II me sembla plus simple qu'il les tirât de ces derniers plutôt que des continentaux. Comme, d'autre part, Ji défaut de Gaufrei» postérieur de plusieurs années, Guil-

X

pas du nombre. De mon câté, j'aî fait observer que dés b lin du xi* siècle cenains Gallois portaient U la fois un nom breton et un nom angto-français. M. Br. a ric^glig<î cette remarque. Je ne lui en veux nullement, et ne songe pas A mettre m bonne foi en cause à propos d'une note aussi sccondoia*.

t. Dans les grandes familles féodales du xii^' siècle, il y ^ des exemples de doubles noms (dont l'un peut éta' héréditaire); mais à cette épocjuc les sobri- quets sont encore personnels.

3. Henri ne donne peut-être  Gartn ce surnom que pour se nxMjuer de lui au iujet de sa dcnunde de commencer Tlnstoire d*Angletcrrc à Brutus(?).

\. Komaniat XXIV, soo.

4. Ceci a été mis en relief par Zimmer dans son beau livre Nenniut Vm- ikaXtu,<\\x< j'ai détendu (malgré des réserves inévitables) contre des attaques {\l0ytn-Age, 189) et 1896), ceci dit pour montrer que je n'ai pas de parti pris cootte le savant cdtistc de Grcifswald.

M

lO F. LOT

laume a connu Nennius qui lui a appris que les ancêtres des Gallois s'appelaient Britones^ je ne vis rien d^écrange à ce que les Gallois du xn* siècle fussent, par exception bien entendu, qualifiés de Brilotus. Dans quel guêpier je me fourrais! M. Br, annonce solennellement (p. 92) que je donne ainsi la preuve d'un trouble d'esprit extrême (GdsU'ri-t'noifrun^^. « Ce para- graphe devrait figurer dans un manuel de logique comme exemple de paralogisme. » Le verbe est au présent, me crie M. Br., il s'agit du sens II cl non du sens IV '. Je bats ma coulpe en admirant l'agilité du bon Guillaume de Malmesbury h. sauter ainsi instantanément, d'une ligne à l'autre, du « sens I au sens II ' ».

3'^ a Si Ziramer, dansle passage des AfttiquitalesGlast, cité par Lot (p. 502), avait expliqué par Armoricains a Britones », il « aurait eu tort absolument. Mais Z. ne dit nullement que Bri- « tones signifie en ce lieu Armoricains.,,. Z. a afiirmé ici seulc- o ment que le mot Avalon et la croyance à Avalon étaient armo-

I. En réalité» je crois qu'il s*agit du sens 1. Guillaume crntcnd dire que lc5 contes forgés sur Arthur par le^ aucuns Brrlotts se sont transmis jusqu'à son époque {IxtdUqw}. Cette interprétation peut s'uutoriser d'un autre passage du métnc ouvrage (G«te rtgum Auglorum^X. III, col. 287): a Sed Arthuris sepul- cbrum nusquam visitur. Unde antiqtàtas naeniarum adhuc cum vcnturum fabubtur. v (Mignc, t. 179, col. 12>9.)

3. Un autre argument de M. Br. mériterait de nous arrêter si ta question n'était digne d'un développement plus sérieux. En quelle langue Guillaume a-t-il entendu ces nugaii En français, reprend M. Br. (9}-94)« vu que c'était ta langue dominante de ta trannc société sous Henri I<-'r, cC qu*cn outre gallois Cl breton éuient aussi pcU accessibles l'un que l'autre aux Français et Anglo- Normands. Guillaume n'avait ménie pas Ijcsoin Je passer sur le continent pour apprendre les légendes antiurieimcs. Les ctiantcurs bretons et leurs imi- tateurs français les avaient répandues en Angleterre dés 1124 (date des Gtsta rfgum An^hrutn), Wacc et Marie entendirent des lais bretons en Angleterre. C'est trancher bivii rapidement une question ditHcile et compliquée. Guillaume de Malmesbur\- savait trcx certainement l'anglais : voy. Stubbs (<7«fij tigum AngL, 1, xxvii). t-ntre autres exemptes, mentionnons qu'il traduit une bulle en anglo-saxon (Antiq. GUxst.^ Mtgne, t. 179, col. 1710), et qu'il fait sur te dialecte du Norttiumberland {Gt\ta pottlif. Angtorum, pro- logue du 1. III) une remarque qui prouve que l'anglais du Sud 6(ait sa langue mateniellc. Nous soutenons précisément que les légendes galloises cuient déjà en furlic connues des Saxons par traduction. Gainiar, a U lin de son liistoirc fabuleuse, mentionne parmi ses sources des livres anglais.

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » II

"ricaîns, non gallois. La confusion ', par Lot, de deux choses « aussi différentes ne peut s'expliquer que comme le produit a d'un esprit dangereusement êcervelé ou d'une critique des- " honnête (j/r : unehrlù'/xfi Kritik *). »

Je me reporte à la page quia motivé cette sortie et je lis après mu reproduction du passage de Guillaume de Malmesbury : « Croira-t-on que M. Z. ait voulu encore retrouver une source « armoricaine, alors qu'il est parfaitement clair que cette fable ne « peut £tre que le fait des Gallois, ou peut-être, comme je l'ai supposé ailleurs *, des habitants bretons de l'ancienne Dom- «< nonée (Cornvvall, Dcvonshire, Somcrsetshire) ? A coup sijr, ff dans la pensée de Guillaume de Malmesbury, les Britones « qui donnent à Glastonbury le nom de Ynis wiîrin sont les « Bretons insulaires, et dans son explication du mot « avalla » a britonice désigne le gallois. Cest bien ce qu'entendaient les K gens du xii* siècle. Giraud de Barry reproduit ou plutôt « résume notre texte en ces termes, etc. »

On voit que le ^usamtfienwtlrfeln est le fait de M. Brugger. La discussion sur Britones et britonicr* est amenée par les textes de Giraud de B;irr>' et de la Vita Gildac qui sont étroitement unis à

i. Zuuifftmemi'ùrjclit est iniraduiîiblc.

a. Bniggcr, p. 94 cl norc 17. A ta p. 14$, n. 90, le même signale que j'a démontré dons la Rotnauia (XXV, 585} que te roman à'fUe c/ OateroH repose sur desSagen bretonnes. M. Br. ne dit pas que j'ai fait à ce sujet une restric- tion que je crois import.iiite. J'ai soutenu (d tort ou il raison, peu importe en l'espèce) que ces Sagen provenaient de la partie non hrdotinr de la pénin- »ulc armoricaine. Ma pensée se trouve donc manifestement irjvcstie par c«l oubli. Je n'aurai pourtant jamais l'idée d'accuser mon contradicteur d' « unehrliche Kritik ». Je conclus simplement qu'il a lu vite ou que ma restriction lui a paru trop peu fondue pour qu'il la signalât.

3. Homania, XXV, 551.

.\, Selon Br. (9.1). ces mots sont toujours pris au sens I. Il concède (96) que Giraad de Barry emploie hitannkus sermo dans le sens IV (gallois), mais c'est une « erreur de sa part n. Quant à Guillaume de Malmesbury, « il ne

vivait naiurellcment pus un mot de vieux breton, mais il fabriqua ces mois, t quand il en eut besoin, en les empruntant au gallois qu'il pouvait savoir

dt^riverdu vieux breton n. Je ne puisque tempêter ce que j'ai dit plus haut. Ces distinctions de vieux breton et de breton modemc ne devaient gu^re exister pour les gens du %\\< Mècle. I.cs explications de Br. soni visiblemcn trop subtiles.

12 F. LOT

celui de Guillaume de Malmesour}'. Quant i la théorie de la provenance armoricaine du passage de Guillaume, elle ressort manifestement des pp. 246-250 de Tarticlc de M. Zimmer '. Je persiste i croire que c'est une erreur. Mais la question exige de tels développements que j'ai du la traiter à part^.

4*» Passons au récit du voyage des chanoines de Laon en 1 1 13. Nous avons déji reproduit le passage en entier K Des chanoines de Notre-Dame de Lion^ parcourant l'Angleterre avec des reliques pour recueillir les offrandes des fidèles, arrivent en Devonshire V On leur montre la « chaire » ^ et le four d'Arthur w famosi secunduni fabulas Briiannorumw; les habitants assurent queleurpnys était celui d'Arthur: « ipsamquc terram ejusdem Arturi esse dicebant ». Dans la ville de Bodmin, une fille, du nom de Kenehellis, est guérie de la cécité, et un jeune liomme de la surdité : « Quidam ctiam vir ibidem manum aridani habcns, coram « ferctro, pro sanitate recipienda vigilabat. Sed, sicut Britones H soient jurgari cuin Francis pro rcgc Arturo, idem vir cccpit « rixari cum uno ex famulis nostris, nomine Hnganello... 0 dicens adhuc Ariurum vivere, etc. » Nous sommes i Bodmin, capitale de la Cornouaille insulaire, dans un pays purement celtique la langue briitonique a persisté jusqu*au xviii' siècle. Les bonnes gens qui entourent la châsse sont les indigènes. L'un d'entre eux porte le nom fort peu français ou anglais de Kemijellis. J'en ai conclu qu'ici Britotus désignait les indigènes celtiques de la Cornouailles, insulaire et du Devonshire. Cette déduction est trop précipitée*. Seulement les objections que l'on m'oppose n'éclaircissent pas le passage. Tout porte sur le sens

1. Au l- XII de h l^eit.J.frani. Sprtuhe.

a. Voyttdans Romania, XXVU, 1898, 529-573.

5. Remania, XXIV, JJ5.

4. Corriger Darujivseria de l'édition en Davatuxéria. Le Devonshire ici englobe la Comouailtc insul^ùre. C'est l'antique « Domnonëe » : Domnoniae piOivulgo dicHur Dnvruscira, dii Guillaume de MAmtibury {G<sia pont ijkum Angiarum, l. Il, Migne, 1. 179, col. 1547).

5. 5kans doute une curiosité naturelle comme la montagne appelée cadaîr Arthur, chaire d'.\rthur *, que Giraud de Barry rencontra dans $on voyage en Sud-Galles, Ititurarium Catnbriae.

6 M. GrAbcr, avant Bruggcr (p. loi). y avait déjÀ fait une objection tr^ juste, /MtscbriftfùT rtumnischt PhUoiogU, XX, 426.

LA PATRIE DES « LAIS BRETOKS »» I3

«sicui. Si l'on traduit a de même que les Bretons ont coutume, etc. u, il esc évident que Bretons s'entend ici des Bretons d*Ar- morique, et j'admets très bien qu'il en est ainsi K Mais que va devenir la théorie de M. Brugger qui nie l'existence d*une croyance au retour d'Arthur en dehors de TArmorique ? Nous

t. On pourrait admettre encore que ce « vtr quidam » était un Breton de France éubli i Bodmin en Comwall, et sicut aurait tout naturellement son vrai sens : « comme ». MaL> rien dans te contexte ne favorise cette hvpothcsc. On se rend compte en lisant tout le passage (voy. RottUMia^ art. cit.) que les dévots qui entourent la chlssc sont les indigènes de Bodmin. Et, comme les habitants du Devonshire (Comwall) s'imaginent que leur pays est la patrie d'Arthur et donnent des prcu\*es à l'appui (le Cour, la « chaire »), il est tout naturel que Tun d'eux, causant d'Arthur et de son« retour «, se prenne de quercUe avec les Frant^aîs. ik l'exemple de ses cousins du continent.

Une phrase de M. Brugger soulève occasionnellement une question inté- ressante qu'il tranclie i sa maniJ:re : « W as iiatlen Franzosen und W'àlschemit etnander 2U thun ? o (p. loaj. Cela revient X nier les rapports entre Francis et Gallois. M. Zimmcr avait déjà nii.^ que les légendes celtiques aient pu se répandre en Angleterre i cause de la haine inexpiable qui séparait Gallois et Saxons. M. J. Loth a montré ce qu'il y avait d'exagéré dans cette assertion qui DC distingue pas les époques, et signalé des rapports nombreux entre Gallois et Anglais (^Rn'ue ctltiqutt 189a, 4SS-488). A ses exemples on peut joindre le suivant ; eu octobre to65,Edwin levant des troupes pour marcher au secoure de son frère Morkere enrôle tion seulement des Anglais, mais kiaucoup de Gallois, que le Orron. H^igoni. appelle Brytlas, soit dit en passant : ^ and eac fcla Bryttas conion mcd hlm. n (Voy. dans Frccman Kwman Cottquest, II, 48)-486.) Je voudrais maintenant noter brièvement quelques points du contact entre Gallois et Français. Dés le début de son régne. Guillaume le Conquérant dirige des expéditions en Galles (1070) et contraint à l'hommage Khys ab Tewdwr (1081). Au couronnement de Guillaume II, les rois gallois se disputent l'honneur de porter l'épéc (Gaimar, v. 6û07-6oi4}. En 1091, le Morganwg tombe au pouvoir des aventuriers normands. Ils y bâtissent des chAteaux et se préoccupent d'administrer le pays. Us accordent à leurs sujets le maintien de leurs cou- tumes et des lois de Howell le Bon, ce qui attire les gens du Sud-Ouest et même du Nord (Gwynedd) sur leur territoire (Chronique de Gwentj s. a. 1095. éd. An. Owen, p. 79. 8r, 87), et Briit y Txtvysoghn^s.A. lioo). Dès tors, malgré des révoltes occasionnelles, tout le Sud est au pouvoir de* Français, et les alliances entre les grando familles galloises ci anglo-nor- mandes sont nombreuses. (Voy. J. Loth, L/s Mahinogion^ I, i5-i6.jUn des pluâ anciens exemples connus de ces relations amicales entre Gollob et Fnm-

14 r. LOT

la trouvons en Comwall et de la manicrc hi plus nette '. Et c'est précisément cette fausse conviction que le retour d'Arthur est une croyance exclusivement bretonne (armoricaine) qui a contribué plus que tout le reste û égarer M. Brugger. Sur la foi de iM. Zimmer il proclame ' que, « en Galles, on n'a trouvé aucune

ç3is est celui d'Einion, qui sclîc d'amîtîti avec Guillaume le Conquirant et se» chevaliers, et combat sous leur bannière. Voy. Chroniqtuf <Jr Gurn/.b. a. 1088 (éd. Owcn, p. 69). Désormais, dans le Sud-Galles, les ùlêmcnls françuis et gallois sont en contact assez intimes pour i^ue la iransmisnion des légendes celtiques des uns aux autres ne souffre aucune difficulté. Le Nord-Galles se maintint indépendant plus longtemps. Est-ce pour cela que Miîon, Tristan, etc., sont dits de Suth-î^aUs}

Antérieurement à la conquête de Guillaume, Français et Gallois ont pu avoir occasion de se rcncomrer. On sait que la a conquête normande commença sous Couard ï«' (1041-1066). Voy. Freeman (pp. ciLy II, 124-128, 28-30; I, $19). La cour ne parlait que français, et les moeurs du continent y prédo- minaient. Toutes les places étaient confit'cs aux Normands. En 105 1, un cei^ tain Hudcs {Odda)^ parent du roi, voit consdtueràsonprorït un grand « earl- dom w. s'ctendant sur le Devonshirc. le Somcrseishirc, le Dorset et les IVealas (de Comouaillc). (\'oy. I*rceman, Jl, 158 et 564.) A la cour ou dan» leurs provinces, ces Français ont pu se rencontrer avec les petits chefs gallois et leur suite. On trouve déjà des Normands au service des rois anglais au début du xi« siècle, ce qui s'explique facilement par le mariage dT^thelrod avec Emma, fille de Richard I"" de Normandie. En 1003, la reine Emma avait confié au Normand Hugues la garde de la ville d'Exetcr (Henri de Humingdon, p. 174), en Devonshire, ville qu'habitaient encordes Bntones du temps du roi Aethdstan. au siècle précèdent (Guillautuc de Malnicsbur)'i dans Migne. t. 179, col. l>47). Nous voyons aussi le tîls d'EtheIred. Edmond Càic-dc*fer, demander les secours, non seulement des Normands, mais dc4 Gallois : « Od lui se tindrcnt les Walcis bi prist ta sour a un des rcis » (Gaimar, v. 4221-4222). Qm')* aurait-il d'étonnant i ce que, dés le début du XI* siècle, le& légendes galloises oient été connues des Anglais et des Nor- mands, puisque des gens des trois peuples eurent plus d*unc fois occasion de se rencontrer?

1. il est vrai qu'il re9tc à M. Zimmer et i »on disciple la ressource de dire qu'elle était tmponè-c de PciiicBrctagne. Ainsi en quarante ans au plus, dés Itl), une légende qui sort des entrailles mêmes d'un peuple aur.iit été adoptée par les habitants de Devonshire au point de devenir nationale! Un jeune vivant français vient de soutenir que l'épopée germanique était d'ori- gine irlandaise, et cette ihé>e absurde, il la « prouve ** par des arguments qui lie sont peut-étrv pas beaucoup plus mauvais que ceux de M. Zimoier.

2. Art. Cit,, p. 93.

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » IJ

preuve de la croyance à une survivance d'Arthur, bien que nous connaissions une grande partie de lu littérature et de la tradition {sage) galloises «. L'imprudent! D'abord, nous ne possédons qu'une faible partie des traditions galloises, conser\"ées dans un trùs petit nombre de manuscrits, lit un accident for- tuit eût pu les anéantir. Nous serions pour le pays de Galles dans la môme situation que |K>ur la Bretagne, dont toute la lit- térature médiévale a péri. Ensuite nous avons des témoignages probants que les Gallois croyaient au retour d'Arthur :

On serait curieux de savoir ù quoi rime la o comédie » de la découverte du tombeau et des armes d'Arthur à GListonbury vers 1x89 '. Était-ce pour décourager ses sujets celtiques du continent qu'Henri 11 se livra ;\ cette exhibition, alors que ces derniers ne lui donnaient que des preuves de fidélité? Il est clair comme le jour que cette mesure politique vise les Gallois, dont la soumission était toujours précaire et les révoltes perpé- tuelles. Q'tte mesure ne produisit du reste aucun effet. La loca- lisation de la tombe d'Arthur ù Glastonbury était une invention

t. Au tvmuij^nugc Girjiud de Bjrrv, qui dit avoir Oie témoin oculaire {Sptfuium eali^hUy écrit vent i2ao)» on découvrh, vers la fin du rigne de Henri II, le tombeau d'Arthur et de la reine GuL-nièvrc dnni le cimetitre de Tabbayc de Glastonbury, entiv les deux pyramides. Le cercueil du roi étaiï profondément enfoui, et son nom était inscrit 5ur unt croix de plomb tournée contre terre. Ciraud, sans se douter de U fraude, s'cMiasîc sur la prudence des anciens, qui avaient dépisté ainsi la curiosité des barbares (éd. Dimock, IV, 47-51). Noui avons d'autres récits de cette découverte. Celui d'Adam de Domcrham, qui écrivait veni l'an : joo (éd. Heame, II, p. 54 1), est simplement copi^ sur Giraud. Il me semble bien qu'il en est de même des JnHoUi Je Margan, rédigées vers 13 p, donc dix ans après \cSpfCuhm rccksiae dcGiraud (vQv. AtmaUs motiastw-i^ éd. Liiard, I, 21), et aussi de Roger de Wcndmer, dont les Fîcrts histcriarum ont été rédigées i partir de 1251 (éd. Hewlett, I, 30î)- ïl "y ^ ^^0"^ pi^s Jl tenircompte Je la date de 1 191, donnée par ce?, trois textes dérivés V « invention » des restes d'Arthur est un tour de ïa politique de Henri II. Une preuve excelletite av;mcée par Baisi {Ztit.J. Roinau. Pbili>l.^ XJX, ) 35)» c'est quM mentionne Arthur parmi les bienfaiteurs de l'abbaye de CiUstonbury dans un diplôme de confirmation.

Henri dut trouver dons le tombeau la fameuse épée Calibor, car, en mars 11^, clic était aux mains de son fils Richard Gx'ur de Lion. Celui-ci, qui devait Être édifié sur sa valeur, fit généreusement présent en Sicile au roi Taocréde du gladium optimum Arcturi, nobilis quondam régis Britonum,

i^>i^_li^i^

i6 r. LOT

de clercs ' qui ne pénétra pas les couches populaires. Au x[V* siècle, en dépit de la conquête d'Edouard 1'% les souverains anglais redoutaient toujours les mouvements insurrectionnels des Gallois. L'auteur de la Fie if Edouard III écrit, sous Tannée 1315 : « Porro ex dictis Merlini (Walenses) sperant adhuc « Angliam (Arthurum) recuperare. Hinc est quod fréquenter « insurgant Walenses, efFectum vaticinii implere volentes; sed « quia debitum tempus ignorant saepe decipiuntur et in vanum « laborant*. »

M. Zimmcr, qui a connu ce texte, en conclut que les Gallois n'ont cru au retour qu'après leur soumission aux rois anglo- normands et environ deux siècles après Gaufrei de Mon- moutli*. Cest une erreur, comme le prouve le témoignage suivant des environs de 1150 ' :

qucm Britoncs vocaverunt Caliburnum ». (Benoit de Pctcrborough, Gesta ri'gis Rkattii, II. 159, éd. Stubbs, dans la coll. du Afa^/^r of tlje rolh.)

1. Voy. l'article que nous consacrons à ce sujet dans la Romama, XXVII,

$29->7^ Cilastonbury lîgurc dans des romans français (en vers ou prose)

comme résidence d'Arthur. Mais tout le monde est d'accord pour voir une influence savante, sans rien de traditionnel.

2. Je cite d'après San-Marte, GoUfrùd vou Monmouth, 417.

j. Zt'ihchift f.fran^csisclH- Spfidv, XII, 249, note 2 : b Keine zweihundeit Jahre spâter j;Iauben die unterworfenen Kymren ebenso fast an Arthur's Wiederkonuncn wie die Bretcnen. »

.\. Cest une description de TAni^Ieterre qui se trouve â la suite de VEsione i/ij HngUs de Gaim.irdans deux ni.uiuscrits L et D(sur quatre)de cette chro- nique datant de la tin du xin« et de l.i première moitié du \iv^ siècle et aussi dans le Add. Ms. 3212). toi. 58 du British Muséum à la suite du Brut de Wace. Ce dernier ms. {.-i) est du début du xiv-- siècle. Elle a été publiée par Duttus-lIarJyet Ch. Martin d.în> h coîlection du MasUr ofHx rcils en x888» Lt'storit' M's Un^ki, I, 278-2Sa. Le texte que nous citons occupe la page a86- 287. Los éditeurs angbis ne >e sont pas .iporçus que le ms. L qu*ils repro- duisent était très inférieur a D, d^^n: ils re:e::en: les leçons en note, ainsi que J. Nous avons .idop:é le texte Je ces dei:x derniers. Cette description parah imitée, ou pour mieux dire îr.uiuiîc. de'.a description de l'île de Bretagne qui se trouve au début Je 17/;>.'.'' ■,: .i-y.V':."; Je Henri de HuntingdoD (éd. TIî. .\mold. p. 7 et suîv.V Li pr-jini^M. cJ:î:o:î Je cet ouvrage parut eu î : ;o. î.i quatrième en 1145 ;A::u :j. ;^. >.:::'!. Si cette traduction n*est pq^de lia'.n\;r lui-niémeuuqu,.! ['jv.::>.:. :i.pe:;J.i::: !e v.is. A), elle lui est de bien pcù postvrieure.

LA PATRIE DES « tAIS BRETONS » IJ

L*ewc passèrent * de Savernc De noz François mult unt ocis,

E as Gualcis si murent guère. De nos chasteb se sunt saisiz.

De la terre mult conquistrent Apertement le vont disant ,

E mult grèves leis i mistrent. Forment nus vunt manaçant,

Kar les Galeis enchacerent ; K'a la parfin tute rav(c)runt ;

De sur la terre herbergereni ; Par Artur la recoveront.

Si i firent mult forz chastcls E ccst païs tut ensement

Ke mult par sunt e bons e bcls. Toldrunt a la romeine gent ',

Mais nepurquant, suvcnte feiz, A la terre sun nura rendr(e)unt :

Ben s'en vengèrent li Waleis : Bretaïnc la repclerunt ».

Citons, pour terminer, et pour achever d'édifier le lecteur, un

texte gallois contemporain du précédent, le poème des « tom- beaux célèbres » :

Bct y March, bet y Guythur Bot y Gugaun cletyfrut Anoeth bid bel y Arthur.

Tombeau pour March, tombeau pour Gwythyr,

Tombeau pour Gwgan a Tépée rouge.

[11 est] insensé qu'il soit tombeau pour Arthur ♦.

1. Les Français qui viennent de conquérir l'Angleterre sur les Saxons.

2. Enghsche {A).

3. On peut rapprocher de ce passage le texte suivant de Giraud de Barry : « Wallensesenim, a prima Britonum prosapia continua sanguinis successione deducti, totius Britanniae dominium sibi de jure deberi jactitant » (éd. Brewer, III, 15), et aussi r/Zis/orw, dite de Guillaume de Rennes, dont nous reparlerons ailleurs. Au vu* siècle, les Bretons de Galles espéraient jeter les Anglais à la mer. Parlant des dévastations du roi Caedualla en 6} 3, Bede écrit : « totas eorum (Anglorum) provincias debacchando pervagatus ac R totum genus Anglorum Britanniae fînibus erasurum se detiberans » (1. II, c. 20; éd. Plummer, I, 125). Mais à cette époque cet espoir n'était pas encore complètement extravagant.

4. Bïack Book of Carmartlien, fol. 34 a (fac-sim. d'Évans, Oxford, 1888), M. Zimmer qui connaît bien ce texte, déclare qu'il dit seulement qu'on ignorait le tombeau d'Arthur (Zàtschrift ffir fran^. Sprack; XII, 238, note 2). Je me demande s'il a bien compris le vers anoeth bid h't y Arthur. M. Rhys a traduit {Arthuriau kgendy 19) « not wise (the thought) a grave for Arthur ». Zimmer cntcndait-il que anofth (= attuoethj formé de an pri- vatif -{- dofth « sage ») signifie « inconnu » ?

Écrivant ses Gesta regum Anglorum en 1125, dix ans avant Gaufrei, Guil-

Rtmanta. XXVUÎ. 2

r. LOT

Nous pouvons, je crois, après ces témoignages, nous dispenser de discuter en détail les objections que fait M. Br. à propos d'un pas-sage de Giraud de Barry '. Il esc évident que Brilonuvt populis ipsiim |Anliunim] adbuc vivere Jalut conteruUniihus s'en-

Ijunicdi: iMalniesbury (I. III, c. 287) avait connaissance de cette croyance : tt ScJ Arturis »cpulchrum nusijuani vi.silur, unJc autiquitai nacniarum adhuc eum vcQturum fabulatur. n

t. P. 97-ioa. Giraud de Barry, dans son Spéculum eccUsine, écrit vers I230, nous dit avoir assisté à la découverte des restes d'Arthur et de Gucniévre dans le cimetière de l'abbaye de GI.istonbur\-, entre» deux pyramides n. Ceicvénc- mcnise passa dans les dernières années du règnedeHcnriH.Cf.plushaut.p. 15, note I . Dans s<în récit, Giraud fait allusion à la croyance au leiour d'Arthur : H Porro quoniam de rege Arthuro cl ejus cxitu dubia multa refcrri soient et « fabulae conBngi, Britonum populis ipsum adhuc viverc fatue contcndentibus, u ut, f;ibulosis cKsuflatis et veris acccrttsasservatis, %'eritasipsadccactcTocirca « lucc liquidopatc.it, quaed.im hicadjicerecuravimus.indubîtataveritatccom- tt pcrta. Posî bellum de Kamlan apud Comuhiani, inierfccto ibidetn Modcfcdo, » proditore nequissimo et rcgni Britannici custodiaesuac deputati contra avun- « culum suum Anhurum occupatore. ips^ique Arthuro ibi lethalîter vulne- <( rato, corpus ejusdem in insulam Avaluni.im. quae nuiic Glastonia dicitur, « a nobiti matrona. cjusdem cognata et Morgani vocata, est delatum; quod (t postca defunctum in dicto cocntctcrio sacro, eadem procurante, scpultuni « luit. Propicr hocenim fabulo&e (àt. fabulosi) Brîtones et eorum cantatores » lingcre solcbant quod dca quacdam pbantastica, scilicci Morganis dicta, n corpus Arthuri in ituulani detulit AvaJloniam ad ejus vulnera sanandum. '* Quae cum sanata fuetim, redibtt rcx fortis et potcns ad Brîtones rcgcn- « dura, ut dicuni, licnt soict. Propicr quod ipsum cxpectant adhuc vcntu- « luni Mcut |udjci Mcisiam suum, majorî etiam fatuirate et infelicitatc, m siutul ac infidclitate dccepti » (éd. Brcwer. IV, 46, et surtout Zimmer, art. Cil,,\U, 34J. d'après Lsacrius, Atttiq., 27a sq ). Je m'éuisrclusé à voir avec M. X.. dâtu ce» Bn'îotui les Armoricain» contemporains de Giraud {kotnam'a, XXIV. so4-)o6), et je persiste dans mon incrédulité. l'our Giraud (qui utilise Ick Anlinuiti»hi Giaiioniauei de Guillaume Je Malnicsbury) celte fausse cniyancc a ttc créée par les anciens Bretons et clic existe encore parnii Icora dépendant* (Jiriutnum populis). Mais Giraud ne la limite niillçnietil à utte des bnncti» de ces dcsccndains. Calques lignes plus loin. Giraud ajoute « dixerat cnini ci plurîes, sicut ex gc:tiis Britonum et rorum cantoribu» his- toricis rcx(Hcnricus) audierat. quod inler pyramides duas, etc. n Je crois que M. Br. a raiwn de ne pai attacher d'importance i ce pasM^jc. j'adopte son idée que fttth /Jn/unum désiguc Xcnnius plui/^t que Gaufrri de Monmouih que favais piopové. j'admm que « ^morv» histotici ivtum » «'entende dei

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » I9

tend de la race bretonne tout entière. Giraud nous offre, du reste, encore d'autres exemples de l'emploi du mot « breton » pour désigner tous les peuples brittoniques tant en deçà qu'au delà de la Manche ', parlant une langue bretonne^.

antiques Br«ion&. Il me suffît en eflei que les Bntonts soient différents des Armoricains.

Par contre, je n*adniet> pas du tout un autre argument de M. Br. (p. 101) : Giraud de Barn', on vient de le voir, parle .ucc le plus profond mépris de la croyance au retour d'Arthur. Ailleurs même, il se plaît à employer l'expres- sion Arlhuri fabula comme synonyme de mensonge (éd. DinKxk. III, 78, Jî8; I\', 149). Comprcndraii-on qui- le 1 patriotique Giraud » se servit d'exprcssiotïs aussi dC-daigneuscs à l'égard d'une croyance de ses compatriotes, les Gallois > Ccuc obsen'atiun ne manque pas de finesse» mais elle est Siins portée. D'abord, Giraud est un clerc, et un clerc sarcastique, plein de mépris pour les croyances populaires et même pour les miracles. C'est une singu- lière idée de fonder un argument sur une appréciation de TespHl le plus caus- tique peut-être que le moyen igc ait produit. Et puis le « patriotisme a de Giraud est intermittent. Il était  moitié Mormand,ct les injustices de la cour, bien plus que le patriotisme. Vont poussé dans l'opposition. En5n et surtout n'oublions pas que cet homme d'Église ambitieux n'entendait pas rompre le serment d'allégeance qui le liait à son souverain le roi auglo- normand. Or, la croyance au retour d'Arthyr n'était pas le fait d'un « loyal sujet M, c'était presque une rébellion, et Giraud taxe non seulement de folie {faiui'.ate) mais de trahison (iwyi<W//uA')ccux qui la partagent. J'ajouterai â ce propos que cette considération explique le silence de Gaufrei de Monmouth au sujet du r^our d'Arthur, silence dont se prévaut M. Br. (p. loi). Gaufrei passe bien rapidement sur la Ru du héros (1. XI, c. 2). Il secimtente de dire qu'Arthur va 01 Avalon soigner ses blessures, maïs tait la suite obligatoire (son retour). Il en >ait évidemment plus qu'il ne veut en dire. Mais quoi 1 il est sujet et pro- tégé du fils du roi, Koberi de Gloucestre, te possesseur du Sud-Galtes, ^ qui son livre est dédié. Parler du retour d'Arthur serait la dernière des mala- dresses, pour ne pas dire des imprudences. Dans les Prophriifs àe Merlin (y\\, '\) il n'ose même pas en parler franchement : « cxitus ejus dubius eril », dll-il- Je trouve enfin cette phrase dans la Dcuripiio Kambriae (1. II, col. 2) de Giraud : « Anuri uoslri famosi. ne dicam fabulosi p (éd. Dimock, VI, 208), qui prouve que Gitaud ne se croyait pas tenu au respect envers Arthur, bien que son compatriote.

I. Voy. Romaniit, XXIV. 50g 512. Une remarque de M. Br. (lOl. note 26) ne porte pas. Giraud (vivant en Angleterre) dit <t gens britannica... tam cnnsmarina scilicet quam cismarina ». Il faudrait, pour donner raison 1 M. Br. qu'il eût mis k tam cismarina quani iransmarina a.

3. Giraud avait fait À ce sujet la remarque que le breton (armoricain) et le

20 F, LOT

Les témoignages ' qui nous montrent la croyance au retour d*Arthur en Galles étant aussi anciens que ceux qui nous découvrent la même croyance en Bretagne, il n'y a aucune raison d'admettre qu'elle soii particulière i cette dernière contrée ^

comique étaient facilement intelligibles aux Gallois : « Comubia vero et K Armorica Itritannia lingua utuntur fere persiraili, Kambris tamen, propicr « originalem convcnicntiam,in multis atlhucci fcre cunciis iniclligibili. Q.uac « quanto delicau minus et incomposiia magis tanto antiquo linguae briun- « nicae idiomati magis, ut arbitrer, appropriata. « {De^criptio Kambrhe, lib. I, col. 6; éd. Dimock, VI, 177.)

1. Bien qu'il ne soit p^is question explicitement de la sur\'ie et du retour d'Arthur, il n'est pcut-itrc pas hors de propos de rappeler la place que la bataille de CamUn (où le hi^ros perdit la vie, ou tout au moins la couronne) occupe dans la littérature galloise. Nombreuses sont les allusions à cette bataille célèbre. (Voy. dansj. Loih, Mabincfion, I, 186, aïo, etc.) 11 existait À ce sujet une composition que chantaient les bardes royaux. Le code de Gîi-vnt (Monmouthshire) contient au 1 I, xxxvu, 5 6< ^^ passage intéressant : « quand h reine voudra un chant dans sa chambre, le barde chantera un chant concernant Camlan, mais à voix basse de peur de troubler la salle. » (Voy. Aneurin Owcn : Ancicnt laïus... of IVahs, éd. in folio, 1,331.) Ce chant est perdu^ mais le sujet était l'in^dcUtè de Gueniêvrc et la catastrophe finale qui aboutit i la bataille de (jmlan. (Voy. Rhys, ^ithurian Icgénâ, 50.) Dans le dernier chapitre de son livre X ci les deux pa-miers du hvre XI, Gaufre de Monuiouth met cenaiucnienl en œuvre, tout en les défigurant bien entendu, les traditions galloises épiques ou lyriques. En ce qui concerne Avalon je suis persuadé qu'il n'avait qu'à puiser aux récits de ses compatriotes et nul besoin d'avoir recours aux Bas-Brcions. Croira-t-on que les Gallois qui chantaient te désastre de Camlan s'en tenaient là? Ce serait mal connaître la psychologue populaire. Un récit épique peut bien célébrer une défaite (tell*= la Umuson de Roland)^ mais il y a toujours pour conclusion une veDge.incc, ou tout au moins une espérance de revanche, en l'espèce ; le Rftour tT Arthur.

2. M. Zimmcr invoque encore le témoignage d'Alain de Lille, le célèbre commentateur de Gaufrei de Monmouth {Zeiisfhr. f. frani. Sprache^ XII, 240). Alain nous dit que quiconque, parcourant l'Armoriquc, c'est-à-dire la Petite-Bretagne (Miner Britafinia), prétendrait qu'Arthur est mort, courrait risque de la \ie. Voici le raisonnement de M. Zimmcr : Alaiu commente un écrivain gallois (Gaufrei); s'il renvoie le lecteur incrédule en Basse- Bretagne, c'est une preuve que Gaufrei a tiré son fxitui (jus (Arluri) duh'us trit decc pays (cf. p. i8, note 2, à la fin). M. Br. voit sans doute lA(p. 102) une preuve que les Gallois ignoraient le retour d'Arthur. Mats en quoi le témoigtiage d'Alain,

LA PATRIE DES « LAIS HRKTONS H

2T

ibai

le

A prioriy du reste, il comoaic sous émigrés du v^ siècle ne pouvaient connaître Anluir, qui .i vécu au VI'' siècle, ils ont nécessairement emprunter ce qu'ils savaient de ce personnage i\ leurs compatriotes insulaires. Par quel phénomène bizarre les continentaux auraient-ils seuls retenu, aux xî*-xii' siècles, les légendes arthuriennes, tandis que les insulaires qui les leur avaient transmises en auraient totale- ment perdu le souvenir?

M. Zimmer se tire d'affaire par une distinction ingénieuse, comme tout ce qu'écrit ce savant, mais extraordinaircmcnt subtile. Les Gallois n^auraient connu que TArthur de Tèpopèe ÇHeUrtisage), les Bretons que l'Arthur légendaire (Sa^mbrld^^ romanesque (rontantiscfi). La position excentrique de ces derniers expliquerait très bien qu'ils aient perdu de bonne heure les éléments historiques des traditions arthuriennes et les aient développées dans le sens fantastique.

Cest très fin '. Mais ce sont des finesses de ce genre qui montrent qu'une cause n'est pas bonne. En ne retenant d'Arthur que les souvenirs épiques {historiqtus \ peu près), les Gallois auraient fait preuve d'une ténacité de mémoire sans exemple dans l'histoire. Il est non moins impossible que, puis- qu'ils ont conser\'é des siècles le souvenir de ce héros, il ne se soit pas greffé sur son nom une floraison de légendes et mythes n'ayant rien à faire primitivement avec lui. D'ailleurs, cette théorie exigerait que toute communication entre Bretons

parce que positij X l'égard des Bretons, serait-U ti^atif à l'égard des Gallois ? AUm, comme son nom Tindiquc, éuit d'origine bretonne. Il invoque ici un souvenir d'enfance ou rapporte un récit de voyageur* voit tout. I) est tout naturel qu'il fût plus informé sur les sentiments de ses compatriotes que sur ceux des Galloi*. De même quand Wace parle des fables des Bretons au sujet de la Table Ronde, il est bien possible, comme le veulent Zimmer et Br. (158), qu'il désigne spécialement les Bretons d'Arniorique, avec lesquels, en sa qualité de Normand, il avait des rapports fréquents. Mais cela n'exclut pas la coDDaissance de ia Table Ronde chez les Gallois. M. Zimmer a donné de bonnes raisons de croire que la provenance de La TabU Romk est irlandaise (Gatling. gel. An^., 1890. 518), et nous disons ailleurs que les Gallois oni M les intermédiaires presque forcés entre Irlandais et Bretons.

I. Gitninf;iicl>c gdehrU Att^iigen^ 1890, $21 sq.. 816-819, 838-829, et Nmmius tHruikaim, 383-290.

12 F. LOT

insulaires et continentaux eût été rompue de bonne heure *,ei c'est une chose difficile à croire. En admettant même que l'éla- boration légendaire ait sa racine en Armorique (chose impos- sible à prouver ec d'ailleurs invraisemblable), du VH*^au xr siècle les Gallois auraient eu largement k temps de s'approprier l'Arthur mythique de leurs frères. Leurs relations avec eux ne cessèrent en effet jamais complètement-.

Nous avons du reste des indices sur l'Arthur mythique en Grande-Bretagne. Au commencement du xm' siècle, les forêts celtiques voyaient passer au clair de lutie la chasse fantastique de la « mesnie Arthur •> : Arthur avait pris la place du « chas- seur sauvage » dans la Grande aussi bien que dans la Petite-Bre- tagne *. Les localités auxquelles son nom est attaché sont très nombreuses dans l'île* et, pour quelques-unes, nous avons des témoignages anciens s. Or, Ton sait que la toponymie est fe plus

1. M. Zimmer a parfaitemer.t pressenti cette objection et il s'applique ik prouver (ibid,, 819, note i)tl"c depuis le viu" siècle tous rapports sont brisés entre Bretons insulaires et cominenidux. Je distingue deux arguments a Tappui de cette ihèsc : ï" quand les fils d'Alain IcGr.ind fuient la Bretagne, vers 910, devant les invasions normandes, iU se réfugient, non en Galles, mais auprès du roi anglais ïulward 1; a*» c*csl encore un souverain anglais, Aeihelsian, qui favorise le retour d'Alain IV en 956*. Mais qu'est-ce que cela prouve? A cette époque, presque tous tes Bretons insulaires, depuis le ComwoII jusqu'à la Strathclyde, reconnaissaient lasouverainctc des rois saxons. Les petits princes gallois paraissent à leur cour. Le conseiller du roî Alfred et son biographe est un Gallois, Asscr. (Cf. J. Lotli, Rn'ur ceUiqur^ 1892, 485-487.) Il est bien naturel que les exilais cherchent secours auprès du sou- verain le plus puissant de la grande île et non auprès de*» princes beaucoup plus faibles de Galles et Cornwall.

2. Voy. J. I^lh, L'Èmigratùvi hiftouHr, 172-174. V « Sed et in sylvis Britanniae majoris aut minons consimilia contigisse

referuniur, narrantibus nemoruni custodibus qucs forestarios, quasi inda- n ginum ac vivariorum ferinorum aut regioruni nemorum [custodes], vulgQS a nominat, se alternis diebus circa horam mcridianani et in primo noctîum « conticinio, sub plenilunio luna lucente, saepissime videre niilitum copiam it venantium et canum et cornuum strepitum faudirej.qui sciscîtantibus se de « soctetate et familia Arturï esse uffirmabant. ji Gcrvais de Tilbury, éd. Liebrechi, 12-1},

4. Voy. l'ouvrage de Stuart Glennie, Ârthtinau locaJîtifs (c(. p. 58, note7)j qui laisse tnallicureuscnienî à désirer au point de vue de la critique.

$. Pour le Comwall, nous avons le témoignage de la translation de 1113

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » 2}

plus solide point d'appui pour la formation légendaire. Veut- on un texte plus ancien encore ? Prenons le plus reculé de tous : la mention de lapoursuiti; du sanglier fantastique, Twrch trwyh, par Arthur, dans Nennius. Ce chapitre remonte au viir et peut- être même au vir siècle, selon la démonstration de M. Zimnier '. Arthur est déjà ici un personnage de féerie et il joue un rôle emprunté. Le twrcb înoyth n'est autre en effet que Vorc tréity " le porc royal » d'un conte irlandais'. Les Bretons de la grande île l'ont pris A leurs voisins d'Irlande et la célébrité d'Arthur lui a valu d'être le héros du conte. .Voilà du folk-lore, ou je me trompe fort ', et dés le viir (ou vu*) siècle. Ainsi, et pour conclure sur ce point, en ce qui concerne le retour f Arthur^ nous avons des témoignages aussi bien pour Galles

souvent cité. (Voy. ci-dessus, p. 12.) Pour le Galles» Giraud de Barry rapporte qu'une montagne du Brecknockshirc s'appelait « !a chaire Arthur » : «...mornes habcns méridionales quorum principalis Kaerarthur (lis. Kadair- « orl/mr) dictus.id est u cathedra Anhuri » propter gemiua promonlorîi cacu- tc raina tn caihedrac modum se pracfcrcnlia. Et quoniara in alto cathedra et in arduo sita est» summo et maxtmo Brilonum régi, Arthuro, vulgan nun- (1 cupatîone est assignats, a Itinerarium Kamhriaf, 1. I, col. $; éd. Dînioclc, VI» \6). Le Témoignage le plus ancien est toujours le passage des Mirabilia de Nennius (éd. Mommsen, 217). On y voit qu'au vn«-vm< siècle, dans le Sud-Galles, un rocher était dii cant Caiml, « pierre de Cibal fl,etune Ibnuine /ï<4il Anii (lis. Amir] « l'ttiJ d'Amir ». Cabal. chien d'Arthur, avait marqué son empreinte sur le rocher lorsqu'il poursuivait te porc Trwyth. Sous le luroulus près de ta fontaine était enterré Amir, (ils d'Arthur, tué et enseveli par son père. Cahaî (CûivU)^ chien d'Arthur, et Amiior (Amir), fils d'Arthur, reparaissent dans les Mahiiiûgion gallois (trad. J. Loth, I, 248, 272, 276).

I. Dans son Nennius vittdUaius (Berlin, 1S9}).

a. Ce que j'ai dit au sujet de l'éiymologie de tv.'nh truyth dans la RoÊnania (XXVI, 590) est sans valeut. J'aurais me rappeler que dans son .■4rthttrian legetid (J7J, note i), M. Rhys a proposé de rapprocher turcb tru'yih de Vorc Iféit du Glossaire Je Corvuu\ Le même érudîl a consacré depuis un long article à ce sujet dans les Transactions de la société des Cymmrckhriou^ 1894-9$. qu'il est malheureusement presque impossible de se procurer en dehcxrs des Iles Britanniques. Aussi ceci pour mon excuse Pai-jc ignoré longtemps.

5. M. Z. a encore pressenti cette objection. Il reconnaît (ur/. o7,, 819), à propos même de tn/uh tru/yth, qu'Arthur est devenu SagfnheU aussi chez Ws Gallois. Comment concilie-t-il ces antinomies? Je ne le vois pas claire* mcm.

24 F- 1-OT

que pour Bretagne. Et si vous exigez des textes gallois \ je voua sommerai, à mon tour, de produire des textes bretons.

II

Un fait bien embarrassant pour les <• Armoricanistes » intran- sigeants, c'est la géographie des poèmes arthuricns. Si ceux-ci sont originaires de Bretagne, comment se fait-il que la topony- mie soit insulaire et que certains héros (tel Tristan) soient dits « Gallois ». J'avais fait la remarque suivante * : « Les légendes « nationales sont localisées dans le pays même du peuple. Si « ce peuple vient ;i émigrer, il change la géographie légendaire. « Ce transfert géographique des légendes est bien connu de « M. Zimmer, qui remarque justement quelque part que les « Gallois ont modifié la géographie de la légende arthurienne. « Mais ce qui est vrai des Gallois l'est également des Bretons « continentaux. Les exploits de leurs héros se localisent en " Petite-Bretagne. II résulte de cette remarque, fort simple, « mais capitale, que lorsque le héros d'un lai sera un Gallois « ou Breton insulaire et le siège de ses aventures la Grande- « Bretagne, la provenance armoricaine du lai sera, non pas assurée, comme le veut M. Zimmcr, mais absolument invrai- « semblable. »

Avec son atticisme exquis, M. Rrugger déclare? que cette théorie, que nous professons en commun avec M. G. Paris, est *' insensée » (itfisiriuig). Ce qui peut nous consoler, c'est qu*il la reprend pour son compte un peu plus loin*, mais avec des modifi- cations qui, naturellement, en augmentent beaucoup la valeur*.

I . II y a du reste un texte gallois à ce sujet, dont le silence même est éloquent. Voy. ci-deMUs, p. 17, le Black hcok 0/ CarmarthfH. 3, Rimtania, XXIV, 517.

3. Art. cit., lao.

4. !Hd.^ 130 et 146.

). Nous aurions ajouter, pour ne pas être « unsinnîg ». Targument sui- vant (p. 120) : « Si une œuvre littéraire transporte U scCne de l'action dans « des localités d'un payb A qui ne peuvent cire connues dans un autre pa>'& 0, « l'œuvre sous sa forme donnée ne peut avoir êtê composée dans ce p:;ys B, ■■ \\ iCTiix donc nécessaire de prouver que dAiis les lais 11 %e rencontre des

LA PATRIE DES 0 LAIS BRETOKS » 2)

Voyons le système '.

L*Historia Britonum de Gaut'rei de Moninouth a modifie Tidëe qu'on se formait des héros des lais. On a vu dans ceux-ci les Bretons antiques du temps d*Arthur. Comme ce dernier régnait en Grande-Bretagne, les Français ont bouleversé la géographie des poèmes. Ils ont situé dans Tile des aventures qui se passaient primitivement en Petite-Bretagne, et cela d'une façon toute a mécanique »>.

Voici les exemples à Tappui :

i** Canuent. Li scène du lai à^Yonec se passe à Caruent, Carwcnt ou, selon d'autres leçons, Caniant, Certains manu- scrits ajoutent que cette ville est sur le fleuve Dualas ou Duelas. M. G- Paris et moi reconnaissons dans cette localité, soit ÎVin- c}>€Ster (^Venla Belgarum), soit plutôt Caerwent {l'enta Si lurum), dans le pays gallois dcGwent (Monmouthshire). Quant au fleuve Douglas, il ne coule dans aucune de ces localités. Mais cette erreur peut s'expliquer par la célébrité même de ce cours d*eau, déjà mentionné au ix* siècle par Nennius. Ignorant le nom du cours d'e.ui qui traversait la localité, l'interpolatcur aura pris le nom d'un fleuve célèbre. Selon M. Br., nous faisons fausse route (p, 125-128): Duelas, c'est la rivière IJaoulas qui se jette

« noms lie lieux qui ne pouvaient être connus des Ariiioricaiiis et des Fran- " çais. n L'auteur remarque très justement (p, I30-I2[ et 146-147) que nous ne possédions ni lais bretons ni lais gallois, mais seulement des lais en fran<;dis. Les Frani^ais ont donc pu opérer des changements L'auteur se demande s'ils avaient des motifs de transposer sur le continent la géographie Cl ruciion des lais gallois. KaturcUement il n'en trouve aucun ; au contraire, il prononce avec assurance qu'ils en avaient de puissants pour transporter en GratuJe-Hrt't^gne [*actii.ni et ta topographie des lais annoricains. Il est inutile de discuter. Nous ne sommes nullement enserrés dans un dileninie. Nous ne croyons en effet ni à la nécessité ni à la réalité de ces transferts géogra- phiques (sauf quelques exceptions motivées). Certains Iaïs sont d'origine armoricaine, certains autres d'origine galloise, d'autres peut-être comouait- Ui&e. De ce que Grattffit est armoricain, il ne s'ensuit nullement que Lanvai le i-oit aussi et réciproquement. Au fond, ces discussions sont, je le crains, un peu vaines. Les Uis ne nous sont parvenus qu'après avoir passé par bien des remaniements. Us ont subi l'action de la fantaisie individuelle de leurs Auteurs français (cf. cî-dcssous, p. 46). Dans ces conditions, leur élude en est encore moins probante que nous ne pensions. I, P. U7-»)}-

26 F. LOT

dans la rade de Brest. Il est vrai qu'il n'y a aucune ville du nom de Cacrwettt sur cette rivière; mais la ville de Daoulas est antique et « on y trouve les ruines d'une très vieille abbaye » (sic), et la leçon Caerwent n'est pas assurée. Enfin la rivière de Daoulas, très profonde, explique bien que « treis cens treisnésa (v. 371-374) puissent aborder devant le château. Dtulas a trois syllabes comme Daoulas \ tandis que Duhglas n'en donnerait régulièrement que deux; le traducttrur norois de Marie de France place la scène en Cornouaille. Ces démonstrations enchantent tellement M. Br. qu'il va jusqu'à se demander si Marie de France ne se serait p.is permise plus loin (v. 475-474) de rem- placer Daoulas en Basse-Bretagne par Carlion en Galles. Nous nageons en pleine fantaisie.

Tâchons de reprendre pied.

La mention de S;iint-Aaron et de Qrlion (v. 475-474) montre que pour Marie, à tort ou à raison, la scène se passait en Grande-Bretagne. Du nom de la ville et de celui du fleuve, le dernier, quoi qu'en pense M. Br., est le moins assuré. C'est une interpolation visible ^. Son rapprochement avec Daoulas est donc singulièrement hardi. Si Ton ajoute: que la « ville très ancienne » de Daoulas n'apparaît qu'à la fin du xii^ siècle, que la fondation de l'antique abbaye date de Ii66ï, que, du propre aveu de M. Br., il n'existe sur ce fleuve aucune localité appelée Caerueut, enfin que la localité est écrite au xu' siècle Doutas ■*, on se demande ce qu'il subsiste de cette hypothèse présentée sur un ton d'assurance rogue.

Maintenant quelle leçon adopter pour le nom de la ville, Caruent ou Carnant ? Cette dernière expliquerait assez bien que le traducteur norois place la scène en Cornouailles insu-

1. Qu'importe du reste V II suffit de constater que dans tous ses manu- scrits, qu'il soit écrit Duelas, Duaks o\x Ditalas, le iinni de la rivière a trois syllabes. Il y a une erreur probable de lecture, car la source semble bien écrite. Cf. noie suivante.

2. Elle est prob.iblcmcnt lircc directement (ou par !*mtcrmédiaire de Wacc) de Gaufrci de Monmouih, quî.à deux reprises (I. IX. col. t. et t. XII, col. a). parle du fleuve Duglas.

î- La }k>rdtne. Gfographù Jt'tkiah de ta Bteîa^m, 41, note 2. 4. Voy. dans dom Morice, M/moirfs pour servir de preuves à l'histoire de Breta^ie, 1,669 et 7"^*

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS »

27

faire ' . car

ignalt

locilité di

nous avons signaie •* une locxnte ue ce nom en û>rn\vall. Mais la mention de Carîion fait pencher en faveur de la ville voisine de Cacrwevt. Nous n'avons donc aucune TMsow géographique pour croire ce lai d'origine armoricaine. Et si M. Br. peut trouver en Petite-Bretagne un Carunit^ je lui serai obligé de me le signaler*.

2" Carlion et CardutL Le problème est assez obscur. Les Gallois connaissent comme une des résidences d'Arthur Gier- Icon (Carlioti) sur TUsk en Gwent (Monmonthshire). Les l.iis et poèmes arthuriens en français nomment encore CardutL Les deux localités sont données pour séjours d*Arthur dans les poèmes français. Jusqu'ici tout le monde est tombé d'accord que Cardufl représentait Carlisle, l'antique Lugulnilia des Bretons du nord-ouest, proches voisins des Scorsd'Argyleet des Pietés. Mais comment expliquer la confusion (?] entre Carlion et Girlisle.

M. Zimmera exposé longuement et avec force •* le système suivant, qui se rattache h sa théorie de l'Artiiur épique et de TArthur légendaire : Arthur est un héros du Nord; au vil* siècle, les Gallois, qui avaient consers'é le souvenir du rôle héroïque de ce personnage et le considéraient comme un des leurs, ont tout naturellement bouleversé la géographie des combats arthuriens; ils ont remplacé Girlisle, passé depuis lors sous la domination des Anglais dcNortliumbrie, parCaerleon; les Bretons émigrés sur le continent n'avaient pas de raison pour opérer ce changement et ils ont fidèlement consente Girlisle.

Est-il besoin de dire que ce système ne tient pas debout ? Prétendre un peuple émigré capable de conserver cinq ou six siècles avec une fidélité aussi merveilleuse la géographie épique, c'est un défi au sens historique.

M. Z. a senti sans doute 1 inanité d'un pareil raisonnement. Peu après il le modifiait ^ En 1092, Guillaume le Roux con-

1 II parle du Cornhrftalafïd^ ce qui ne laisse pas de douie sur ce point.

a. Remania, XXV, 9.

). M. Br, (p. 126) .illègue qu'aujourd'hui encore il existe des localités en Basîc- Bretagne appelées Ker^xten {Kcr chAtcau, guen blai^). Kcrgwcn aurait donné en français quelque chusc comme KcrgoQin.mais non Canifttt.

4. GcrUingi^ihe geUbrtf Anieigtn, 1890, 525, 816-819, **-**•

5. Ztitschrifi f. frani. Spracïie, XHI (189!), 93-9-1.

Jb

28 pm

duisit les conquérants normands A une expédition contre les Écossais et les Pietés, et s'empara, chemin Élisant, de Carlisle. H y établit un chiltcau, boulevard de l'Angleterre contre rÉcossc, Des Bretons du continent ont prendre part A cette expédition, et c'est en souvenir de cet événement qu'ils ont fait de Qrlisic une résidence d'Arthur. En effet dans Marie de France le lai dt Lauval comjiience ainsi (v. 5-12):

A Kardoil surjurnot H reis. En U terre de Loengrc cntroent.

Artur, H pniz e li curteis. I: mult suvent le damajoent.

I*ur les Escoz e pur les Pis A la l'entecusie en esté

Qui dcstruîcicnt le pais. t aveil li reïs surjurné.

Or, ce lai (.selon Zimmer, bien entendu) est armoricain.

Nous avons déji dit un mot de ce nouveau système ". Dût M. Br. nous accabler d'invectives, nous ne croyons pas devoir y revenir. Lui-même a du reste enlevé tout fondement à la théorie Zimmer en faisant obsers-er que ces vers *, qui ne tiennent pas au reste du /a», sont une addition.

Voici l'explication de M. Brugger * :

Cardueî répond aux localités de Basse-Bretagne appelées Ker- dueî^l Keridol. Deux hypothèses sont possibles : ou bien (avec Zimmer) les Bretons émigrés sur le continent ont identiiié le Carltal (Carlisle) de leurs sa^eti avec les localités Kcrdtul et Keridol qu'ils connaissaient en Armorique, en sorte que ces derniers noms passèrent dans les lais et, plus tard, furent de nouveau identifiés en Angleterre avec Carlisle; ou bien, ce qui est plus simple, les Kerduel et Ktridoî des lais armoricains furent identifiés avec Carlisle, qui se prononçait i peu près de même, quand la scène de la plupart des lais fut transportée en Grande- Bretagne. Cela se fit d'assez bonne heure pour que chez les auteurs anglais du xir siècle * la forme Cardud ail remplacé souvent Carlisir, Nous ne perdrons pas notre temps à discuter la première hypothèse. Sa complication suffit à la faire écarter. Ce CariisUj qui se change en Cardud et, plusieurs siècles après.

I. Rofnania, X.XIV, 519, note i.

a. Pour « &auvcr U hct >. M. Br. (p. 131) restreint V <■ Einschub » aux vers 6-10.

3. P. 123 $q., note 5a.

4. Voyci-€n U liste, p. suiv., note 2,

LA PATRIE DES « LAIS BRETOKS » 2$

redevient CarlisU, est d'une invraisemblance criante. S'il se ren- contre un lecteur pour croire à des théories pareilles, nous trou- vons plus court de renoncer à le convertir. Le second cas, pour ôire 0 plus simple », n'est guère plus admissible. Et d*abord la théorie fournit des armes à ceux qui pensent que le transfert des contes arihuriens des Celtes aux Français s'est fait en Angleterre. Qui donc aurait eu Tidée de remplacer une locilité de Basse-Bre- lagnc nommée dans un lai breton par la ville de Carlislc, rem- pan de l'Angleterre contre l'Ecosse, sinon les Anglo-Nor- mands ' ? M. Br. a pressenti cette objection, car il ajoute : « Il « n'est pas nécessaire de supposer que Kerduet^ Keridol, appa- a rai&sait déjà dans les lais bretons comme résidence d'Arthur; 0 il est possible qu'elle ne soir devenue telle qu'après la contu- « sion (sic) avec Cariiott. Une confusion de cette sorte doit « s'être produite, car l'attribut an Gala [Cardm-I att Gales au a V. 7 de VYvaiti de Chrétien] ne peut s'expliquer qu'ainsi « d'une manière satisfaisante. Ainsi l'explication de J. Loth " cadrerait très bien avec la mienne. Qu'on remarque en outre « qu'à côté du Catrkon de Galles il existe en Bretagne un « Kcrfkun (com. de La Feuillée, cant. Huelgoat, arr. Château- * Un, dép. Finistère) outre la ville bien connue, Saint-Pol-de- « Léûti, Et à celle-ci seulement convient l'expression Clmrliofi' a qui siet sor tmr qui se trouve au début du Bel Inconnu. »

Voilà encore bien des complications pour une théorie « plus simple ». Si Arthur n'est pas lié aux Kerduel armoricains, com- ment s'expliquer la présence dans un lai du nom d'un de ces hameaux complètement insignifiants (ce ne sont même pas des villages)? Kardud n'aurait, dit-on, été identifié avec Carlisk qu'après la confusion (.?) avec Carlion. Et cependant cette con- fuMOD s'est produite de bonne heure en Angleterre % quoique

I . Il est vraï que M. Zimnier prtïlend que des Bretons du continent ont prendre part à l'expédition de Guillaume le Koux, de I092,d;uis le Nord de l'Angleterre {Zritschr.f. /ra«^. Sprachi^ XIIl. 93-94). C'est à ces Bretons que serait due l'Introduction de Girducl dans ta matière de Bretagne 1 1

a. M. Zimmcr {fiatt. gel. Jnifigeti, 1890, 525, et Zati.J. frani. Sprache^ XUI, 91) cite la forme Cardeoï donnée par le ms. Laud 656 BodiOicnne de U Chrotiùjue anffto-saxonnf (sous l'an 109:). Ce maiîuscrit semble du Xil* sitclc, de 1154 ou peu aprtï. Orderic Vital a CarJuilum (éd. Delisle, V, ui), dans son U XUI, Voy. encore la chronique de Robert de Gloucesicr (elle est scu*

ÉtaHM

30 F. LOT

(ajoute Tauteur) dans Wolfram d'Esclienbach Kertdoî soit encore en Bassc-Brctagne '. Quel gâchis! je me perds dans ce dédale d'hypotht'ses inconsistantes et contradictoires.

Liissons de côté d'abord Kcriàol, qui n'a visiblement rien A faire dans la question. Reste Knâud. Cette forme est-elle xssurée ? Je n'en sais rien. M. Br. cite deux exemples. L'un d'eux parait peu sûr, car dans un document ancien, de 1424, le nom de la localité est écrit Kcr:^uell^, La forme fût-elle assurée qu'elle ne prouverait rien. Il nous faudrait Kardttel avec unfl. Or, nous avons Kerdtul avec un e. On sait que le brittonique caer^ « ville, château », s*est réduit à kcr en Bretagne, à car en Galles. Le rapprochement n'est donc pas même exact. Il en est de même de Kereleon et de Saint- Pol-de-Léon. Marie de France connaît cette dernière ville; elle l'appelle tout simplement Uun * et sait bien Ki distinguer de Carlion en Galles *. De môme, Marie sait très bien que Cardueî prés du pays des Picte»; ne peut être la même ville que Carlion Ton révère saint Aaron. La confusion dont parle M. Br. n'existe donc pas en réalité. Les poèmes français distinguent très bien Cardiiel et Carlion. Ainsi le Tristan de Béroul (éd. Fr* Michel, L 33, i60> 't' Pcrcn'al et ses continuations (v. 5333, 5984, $380 et surtout v. 23535). M. Br. invoque l'expression « Carduel en GalUs 0, mais MM. Loth et Fôrster en ont donné une explication suffisante, et on va voir à l'instant qu'elle est même superflue. Enfin, s'il est vrai que Carlion n'est pas sur la mer, cette localité n*cst ainsi située que dans le Bel Inconnu.

lement de U tîn du MU"-- sicclc). et Skcnc, Chronkk oj tltt Hicts» tSl, iOy. Je rvnurquc que les documents ofHcicts des xii* et XUl* siècles n'cmpluicnC jamais U forme CttrJitfi, mais bien Carlrci ou Cariiol, Voy. des exemples dans Fcrguson, Hi^tory of Cnuthcrland, 145, 191, 19^.

t. Y a-i-il U une influence armoricaine intéressanie ou une diformaiion (de CarAufl) co\wxi\c Wolfram d'Eschenbach en offre um ?

2. Voy. Roscnxweig» Diit, topnp, du Morbihan.

;. GtqfftHar, v. jo : Uuu; dans Yimu, v. 18) et 474.CjW/««-

4. La mention de Car lion et de Suint-.Httrvn dam les Uis de Yotuc et ausïi de VÉpint »eniWc bien inspirée de Gaufrei de Mtximouth (1- IX, col. iî)ou de Wacc (&m/, U, p. 9$), suivant une icinarque ingtJnicuse de M. Br. (I27" rzSf 1)9-140). Hn rcvancbc. U est inutile de nous citer (note 81) défi per- sonnages lusâi obscurs que saint Aaron, muine en .\rmonque au vie siècle, ou i'^véquc d'Auxcrrc de ce nom. Saint Aaron n'est connu que parce que

LA PATRIE DES ff LAIS BRETONS » 3I

Or, n'est-ce pas une illusion d'exiger de la précision dans des compositions aussi fantastiques ' ?

Il n'apparaît donc pas que l'explication Je M. Br. puisse être sérieusement admise. Il est du reste peu aisé de donner de Cardiitl une interprétation complètement satisfoisanto. Est- il sûr tout d'abord que Carduel soit identique à CarVisk ? M. Forster esquisse des doutes', se fondant sur le vers 7 de VYvain, qui place Girduel « en Galles », Il faudrait, dit-il, que le mot GalUs eût conser\'é son acception primitive de pays occupé par les Bretons ÇCyntri). Cette intéressante hypothé'se n'est pas nécessaire, croyons-nous : la géograpliie de Chrétien de Troyes étant des plus fantaisistes, la localisation « en Galles j> n'a aucune valeur. Le témoignage de Marie de France, qui place Carduel près du pays des Écossais et des Piaes ', et celui d'autres écrivains anglo-normands \ ne permettent pas Thésita- tion : Car^uf/ est certainement identique A (Àirlisle.

L'origine de ce demier nom est bien connue : Lngttbâlia était devenu régulièrement, chez les Bretons insulaires, {Catr) Ugualtdj au ix' siècle, aux xii'-xiii* siéclcs(Cûrr) LiwclyddK Au vui' siècle, les Anglais appelaient cette localité Lwc/*. Il est

la principale (:glÎ5e de CjHion lui î-tait ironsacrce. On aurait tort, du reste, d'exagérer U portée de rohscr\'ation de M. Hrugger. CacUon, dans les poèmes (rançais, est loin de dériver uniquement de Gaufrei. Dans la légende d'IJrr, on voit Arthur tenir une (cte à Noël apud h'arlium. L'ouvrage de Guillaume de Malmesbury, Antiquitata raUsùu Glastotiunsis (Migne, PatroL UU.^ 1. 179, -col, 1701), qui nous donoe un résumé de cette légende, a paru en 1155- IIÎ9. U est donc contemporain de Gaufrci, sinon antérieur À lui, et n'a pu lui emprunter la mention de Ct.rlion. Nous revenons ailleurs sur ce passaj;e {RomaMJM, 1898, )67-8). Quant à Gaufiei, ou bien il tient U connaissance de Carlion comme résidence arthurienne des récits galloist ou bien U rem- prunte aux récits arthuriens français. Mais ceux-ci même^ à qui auraient-ils pri% Car/l'on en Galles ? Aux Bas-Bretons ?

1. La forêt de Broccliande est située en réalité en Bretagne. Cela n'em« pé<cbe pas certains, Qirélien tout le premier, d'avoir les idées les plus vagues ou le* plus fausses sur sa position. Voy. l'éd. d'ytwm.par M, FArster, 378.

a, Yiwtê, 373-374. Cf. J. Lolh, dans Rn^tu ctUique^ 1893, 498.

f. Voy. plus luut. p. 38.

4< Voy. p. 39, n. 3.

$, J. Loib, art, cit., Kevtu c/Utqm, 1892,499.

6. yita S. Cuihhfrti, col. 37 : p vcnii ad LugubaJîatn ctviutem quae a

2 T. LOT

évident que Car-duel tsi pour Car-Iuel par dîssîmilation du pre- mier /.

Mais chez quel peuple s'est produit ce phénomcnc de phoné- tique? qui a eu ridée de faire de Cirlisle une résidence d'Arthur? Nous avons déjà écarté les Bretons proposés par M. Zimmer. Faut-il songer aux Gallois ? On peut invoquer en leur faveur des arguments plausibles. Ils auraient conservé le souvenir des luttes de leurs ancêtres» les Bretons, dans le nord de l'île. Le Go(k\Un parle de Catbratth cl de Mviit Eiditî {Mynydd Eiddhi) ou Edinburj^h '. Nous croyons pourtant devoir aussi écarter les Gallois. Leur littérature ignore absolument Carlisk en tant que résidence arthuriennc. Quand elle la rencontre dans des textes français, elle la remplace par Carlion \ En outre, elle ne con- naît Carlisle que sous la forme Catr-liivelydd, d'où Car-duel peut difficilement provenir.

11 est à remarquer que la célébrité de Carlisle date 'seule- ment de la conquête normande. Guillaume s'empara de la ville en 1092, la fortifia et en fit le boulevard de l'Angle- terre contre l'Écossc. En 1133, on y établit un évèché'. Les Français n'ont pu avoir connaissance de cette ville avant Textréme fin du xi* siècle. Dans Carluel, Carloily h seconde partie du mot (tuel, Uni) indiquerait une origine anglaise, car déjà au VIII' siècle les Anglais appelaient cette localité LtuI •- Les Français auraient donc tout simplement emprunté ce nom aux Anglais du Nord. Et ce seraient eux qui, sous une influence analogique, auraient changé Carluel en Cardud ^ Mais comment et pourquoi ont-ils fait de Carlisle une résidence arthuriennc?

populis Anglorum LucI vocatur »(citc par riSr^tcr, Yvain, 274). Cf. Siméon de Durhain, éd. Arnold, I. 32, 5j; II» loi. Ailleurs, cette localité est encore dite LutTctstre (pour Lurlc^sttf) dans les deux vies de saint Culhbert. L'abbé Eadrcdqaiy résidait à la tin du LV siècle en prit le surnom de Lu/iK(Siniéon de Durham. Hittotia Anglorum : •» abbati Eadredo qui pro eo quod in LucI habitavit,LuUsc cognominabatur «(éd. Th. Arnold, II, X14}.

ï. J. Loth, art. cir, joo.

2. Ceci a été établi par M. Zimmer, Gatt. gd. Anirigcn, iBço, jaj. Car- àutl csi également inconnu aux Gallois (i</.. Zeitschr . f. fran^. SfrwAt^ Xll.

237)-

}. Voy. les an. cit. de Zimmer et J. Loth.

4. O. p. prëcéd., note 6.

5. Les Françai» occupérvoi de bonne hcutu la ville et le « comté de Car-

U PATRIE DES « LAIS BRETONS » 33

►n peut faire deux réponses ;\ cette question. On peut, utilisant une remiirquc Je M- Brugger ' , l'attribuer i Tin- Buence de Gaufrei de Monmouth, qui nous montre, au ch. 1 du l. IX, Anhur, récemment couronné, luttant contre les Fictcs et les Scots, et on sait que Carlisle est à la frontière ■*, ou bien, avec M. J. Loth, croire à une faute de lecture : on a pu lire Carîîol pour Carlion '•; cette dernière localité, alors

Uol ■. On a vu que Guillaume !e Roux l'avait prise en 1092. Sous son rcgnc ou celui de Henri I^, elle fut donntic i Renou Meschin, originaire do Basse- NomianJic (son pcrc Ctait vicomte du Bcssin) et le pays fut paruigC' en trois bjronics. Le roi Etienne donna bien Carliste au roi d'Pxosse, David. Mais cette cession fut de courte dur<^e. Des le début du rcgne de Henri U, Cariislc revint i rAnglelerrc. Depuis 1 177, le comlêde Cariisie prend le titre de comté de Cumbertand qu'il a gardé depuis. (Voy. Fcrguson, Hîstory of Cumberhnd^ m6-ï6o.) Les Fran<;ais5e sontdoncde bonne heure établis dans cette contrée. L^ne anecdote de Gervais de Tilbury' nous montre qu'avant l'an 1201) ils dèfot niaient les noms des environs de Carlisle sous une préoccupation lïtymoto- gique : &t in Britannia majore syKa muliiplici venaiionis génère copiosa, « quae Carieclcnsem respicit civitaiem. In hujus quasi mcdio vallîscst, raon- o libus circumM:pta, juxta str^itam publicam. In hac^ ïnquam, valle quotidie » ad horani unam diei audîtur cbssicum campanarum dulce résonant. Unde « indigenac loco ilH deseno nomen imposuerunt in idîonute gallico Laiki- brait, n {Otia imperialia ^ éd. Liebrecht, p 34.) Les mii^rrifirqui donnent un nom français X une vallée de la forêt entourant Carlisle (sans doute la JDrcl d'Iogleswood) ne peuvent être que les Français établis en cette région, likibrait, u lac qui brait o, est la déformation du nom breton d*un lac. La légende des cloches soniunt sous l'eau du tac est provoquée, à son tour par ce nom déformé sous l'influence d'une fausse ctymologîe. Un peut se demander si CarJuei ne provient pas de Carîtul sous l'influence du mot dufî, doil, deuil (?).

1. Art, dl.y p. 122. Le même fait justement observer qu'au 1. II, col. 9 de Giufrei de Monmouth, il faut corriger Kacridr en Karrldl.

2. Gaufrci paraît, soit dit en passant, s'être inspiré dans ce cha{»tre du MHiveûir des expéditions récentes des Normands dans le nord de l'ile, contre les Écossais.

). Art. cii.t 499-;oo. L'identification de Giirtion avec Carlisle est certaine pour Henri de Humingdon : » Kairlîon quam vocamus Carieuil » (éd. du Masttr of tiif roih, p. 7). Mais il e-it à remarquer que dans ce ch.ipilre Henri î'cst préoccupé d'identifier il tout prix les 23 ckntuUs Brîtannitii dont la .oomcoclature termine Vliistotia attribuée à Nennius. Il y trouvait Cair Ltgion Usic qu'il identifia ùcilement avec Carlion « ubi Usca cadii in Sabrinam.

34 F. LOT

ruinée ', attirait moins l'attention, fix.iit moins le souvenir que la nouvelle forteresse qui sei-vnit au royaume de protection contre le Nord.

Ces explications ne sont pas négligeables. Je remarque néan- moins que dans des poèmes artliuriensC'rtrtow se maintient ."ïcôté de Carducî et figure même plus souvent *. Dans le c\\. i du I. IX de VHistoria Bn'iionuiu, Gaufrci parle bien des Pietés, des Saxons, des Scots, mais il ne souffle mot ici de Carlisle, alors qu'il nomme York et le fleuve Duglas. Enfin, dans les poèmes fran^j'ais, on trouve toujours Cardutî, jamais CarlucL Cela semble exclure Pexplication de M. J. Loth, car la méprise (?) se comprendrait mieux entre Carlioi (Girluel) et Carlion qu'entre Cardu^I et Ctirliou; et en outre, la forme Carducî est ancienne^ antérieure au milieu du xii* siècle'. Ces explications ne me semblent donc pas convaincantes.

Je me demande si Cardtuî envisagé comme localité arthu- riennc, et le nom même de cette ville, ne viendraient pas tout simplement des traditions propres à un débris des Bretons du Nord,

La question de la persistance des Bretons dans le nord-ouest de Pile est obscure et difficile. Les Bretons du Strathclyde (vallée de laClyde), entre le golfe de laClyde et le golfe deSolway, avec Alcluyd (Dumbarton) pour capitale^ maintinrent jusqu'au X'" siècle leur indépendance tant bien que mal. II n'en fut pas de même de leurs voisins situés au sud, entre le golfe de Sol- Vkay et la Dee. G:ux-ci, dont la principale ville était précisé- ment Lu^uhitlia (Carlisle), furent battus et conquis dés le vn^ siècle (avant 685) par les Anglais du Northumberland, On peut croire que la population n*a pas été détruite. Elle a été

Maii pour Cah Lion il s'csi cotnplctcnienc mépris. Au Iku d*y voir ClicMcr, ic hunt a une rcsM.'rtibUncc cKlèricurv, il l'a idcinitié avec Orlîslt: {CatUuiV),

j. Voy. les icxtcâ tJc Henri Uc KuniingJori et de Gaimïr nivutioiinés plus tuut, p. 17.

3. Notanitncnc dans le i'fUfwt et ses coutiaujtioiis, le Bel imimfw, etc.

}, Voy. ciilcSMi», p. 29, note s. Notons i ce propo% une hypnthÈM: int^- restante de M. /immcr (Zriluhrift J. ftan^j Spraclx, XII, 237-238^ adoptée par M. Br. [artcit,, ji) Dans \es Pfophtùw MetUni de Gaufrei de MonniouUi *crito peu aprè» 1155,50 irouvc celle phrase qui est rcsi^ iocsplicablc il tous les commcntsteun dcpuU Alain de Lille : Viiuinabit Uonem vtilbi^

LA PATRrE DES « LAIS BRETOKS » 35

seulement vassale des rois anglais de Deira cr Bernicie. Mais Tabondancc dans la toponomasciquc de noms de lieu en -Ion montre Timportance Je la colonisailon anglaise en Cumber- land (de même que plus tard les noms en -by celle des Scan- dinaves). Lii^ubaîia devint Ltul ou Lucr-cljcster ', de même qu*au sud-ouest P^t'uta devenait ÎVin-cbcsUr. Il n'est donc point douteux qu'aux vti* et vni* siècles le Cumberland et Carlisle n'aient été fortement occupés par les Anglifis. Hodgson-Hindc \ Ed. Freeman *, Rich.ird Ferguson * et autres ont donc raison d'insister sur les éléments germaniques de la population de cette contrée. Mais, à la fin du ix'= siècle, se produisit un évé- nement qui modifia la situation, sinon du Cumberland, en entier, du moins de Cirli.sle et des environs. Vers 876, les Danois, venant de la Dtiray détruisirent Lt4clclxstcr, dont la population terrifiée s'enfuit, emportant les reliques de saint Cuthbert. Li ville resta déserte deux siècles, dit Siméon de Durhani, d'après Florence de Worcester, non sans une exagéra- tion probable ^ La domination anglaise était anéantie sur ce point. Bien que les Danois s'y soient souvcnr donné rendez- vous, et jusque vers l'an 1000, Carlisle se réunit au Galloway et au Strathclyde, pour lormer, au x* siècle, le royaume breton de Cambric {Cnmbria). Celui-ci dur reconnaître, du reste, la suzeraineté des rois anglais, hdouard l'Ancien, Aethclstan,

Kurrtiubali et Mum suis Jtntibtis consitmet (éd. San-Martc, p. 99). Le traduc- teur gallois de Gaufrci ne connaissait pas cette localité II copie simplement Kurrduhai. Selon M. Z., Koerduhal nu serait autre que Cardufi et Gaufrci aurait puisé ce nom dans U « TnatiËre de Bretagtie ». Je ne demande pas mieux. Ce serait une preuve que le* Anglo-Normands connaissaient Cardiifl comme rt^îdence arthuricnne antérieurement à 113$. Mais l'explication Je M. Z. ne me parait pas bien assuriSj. Pourquoi cette intcrcalatioi) d'un />? Ht pui^ il faudrait indiquer dans l'hisloire du xii* siècle (aux environs -Je 1 1 30- ll^j)Ic fait auquel se rapporte la prophétie Vindùahit Iroitrni vulpts, etc. Tant que M. Z ne l'aura pas trouvé, on ne pourra adopter son explication.

I. Cf. plus haut, p. 31, note 6.

f^ Arcijofviogkiil Journal, XVI, 217. , XXXIX. py-M^»

4. Hiitory of Cuml*trhmi y 148-156. d'apnjs Robert Ferguson, Dialat oj €UmdeHand (London, 1873); Thuniam, Cranta Britannica^ etc.

$. Éd. Arnold, U, lot, 114, 2y8.

F. LOT

puis Edmond. Celui-ci, €0945, mécontent du roi breton Dunmail, ravagea la Cambrie et l'offrit (A charge d'hommage) au prince des Scois, Malcolm I". Pendant plus d'un siècle, Car- lisle forma partie intégrante du nouveau royaume d'Ecosse. Mais, vers 1070, on ne sait trop comment, elle échappa ;i Malcolm III, et devint la proie de Dolfin, fils d*un earî de Northumberland. En ÎO92, Guillaume le Koux vint l'arracher A Dolfin, la rcb.^tit, et l'annexa à l'Angleterre pour un demi-siécle ', Dans cet intervalle de deux siècles, de 876 environ à 1092, rélémeni breton dut reprendre le dessus à Carlisle. Et cela n'a rien d'étonnant : d'abord , parce que la ville fit partie pendant cet intervalle d'un royaume breton (Strathclyde), puis scot; ensuite parce qu'elle est située à l'extrême limite septentrionale du Cumbcrland, tout à f:ût sur le bordi-r du Galloway et du Strathclyde, encore indépendants du vir au x* siècle; enfin, jïarce que dans le Cumberland même, la population indigène, même pénétrée par les Angles aux vi!% vnr, ix* siècles, ne dut pasdisparahre complètement. Les noms de rivière sont restés cel- tiques, et il est à remarquer que la toponomastique montre que les Anglais colonisèrent surtout la plaine le long des voies romaines -, Les Bretons durent se retirer dans les parties montagneuses. On ne s'expliquerait pas du reste, s'ils avaient disparu brusquement, que les Angles aient précisément donné h cette région le nom de Cumbcrland (pays des Cttmbri, c'est-à- dire des Cymri, des Bretons). Ce nom de Cymn^que les Angles empruntaient i leurs voisins celtiques, n*cst pas très ancien. Les Bretons qui émigrèrenl en Armorique ne le connaissaient pas encore. Dans le pays de Galles même, il ne triompha com- plètement du nom ancien, Br^thon^ qu'au XJI* siècle. M. J. Loth ' ne pense pas que ce mot de Cymri puisse être antérieur au IX* siècle. Il faut donc qu'il y ait eu encore alors des Bretons au sud du Solway.

Le nom même de CarlisU est la meilleure preuve de la persistance, ou plutôt de la renaissance d'un élément breton. Lugubaîium éuii devenu une ville anglaise, Uul ou Liukhfsîer,

X. Rich. Fcfguson» op, cit., \2yt$^. 2. \'<T^uson,Qp, cil, ^ 148-1 $6. $. VÊmtfnUim bnkmm, 8ft-«9.

tA PATRIE DES « LAIS BRETONS « 37

Mais, du ïx'^ au xï* siècle, Lnelchesier disparut. Quand les FraïK^ais arrivèrent, ils trouvèrent Carluely et car est évidem- ment le brittonique cair a ville ». Désormais, c'est sous ce nom que la ville sera connue des Anglais eux-mêmes '. Simèon de Durham, dont VHisioria fut composée peu après 1 1 19, nous dit « Lugubalia, id est Luel, tiunc diciiur Carletl * 0, et dans son Historia Dunelttunsis eaUMae, écrite entre 1104 et iioS, soit douze ou quinze ans seulement après la conquête de Guillaume le Roux : *< Luel quod nmu Carkul appellaïur * a. A la date de 1092, parlant de la reconstruction de la ville par Guillaume le Roux, il dit du reste qu'elle s'appelle Cairîàl en breton : « civitatem quae britannicc Cairltil^ latine Lugubalia vocatur restauravit •♦, » et il copie ici Florence de Wigorne >, dont la chronique fut écrite en 11 18. Le texte serait décisif si nous étions assuré que britannicc s*entend du présent et non du passé*. Quoi qu'il en soit, il est évident que Cair-ludon Car-lud rend en nord-breton l'anglo-saxon Lucî-ceasier. Comme cette dernière forme était éteinte A la 'i\n du xi* siècle au profit de la première, il faut nécess;iirement que dans cette localité ou aux environs il se soit reformé un noyau de gens parlant bre- ton.

t. Ce (ait a\'ait déjà beaucoup frappé Ed. Freemaii. Voy. son article, 77k pUa of Carîiite in EngUsb history^ daas VArcftoeological Joutmdy XXXIX, 1882, )23 sq.

2. Éd. Th. Arnold, II, lot; cf. II, 398, )o6, îJO.

î. Shid.,\, 5 3.

4. ïhid.^ Il, 330.

j. riorence ^crii KairJm (s. a. 1092).

6. Un peu plus loin (iW., Il, 267). Siméon, dans la partie originale de sa chronique (Kfus l'an ma), répète s.i phrase en y faisant une addition inié- rcsMntc : «...civitatem anliquam quac lingua Briitonum Cairleiî dicitur, quae nunc CarJeoI anglice. latine vero Lugubalia appcllatur. o Faut-il dt^uirc de ciiHialem antiqnam et de httinf rrro Lugubalia que Sitncon s'imagine que Cairïtii ïitait le nom que les antiques Bretons donnaient à Cirlislc ? Peut-être. Mais, d'autre part, dans quel i^rivain antique aurait-il pris cette forme Cair-Jftl quW oppose i 1* w anglais » CarleoU L'aspect brittonique de cairiîeil) et son oppt)!sition à ta forme anglaise, ne ferail-il pas supposer que Simèon a connu une forme nord-bretonne (contemporaine) du nom de cette ville? II n'y a pas i attacher d'importance à l'emploi du présent par Simèon, en ce qui concerne les Brittows (dkititr et non dicta «/).

r. LOT

Or, cVsi précisément cliez ces Bretons du Kord que se sont livrés les combats d'Arthur '. Celui-ci est un c héros breton du Nord », selon la démonstration de M. Zimmer'. On a déjà vu que Torigine de la légende de Tristan doit être cherchée dans la direction du Nord K Tristan est un Picte; des Pictcs habitaient, de concert avec les Bretons, le Galloway <. Le souvenir d'Arthur pénétre jusque chez les Scots établis dans le Nord-Ouest. Dés les environs de Tan 600, un roi de cette région, Aed mac Gabrain, donnait à un de ses fils le nom d'Arthur, sans doute en commémoration du héros ^ Plus que tous autres, les Bre- tons de rextrérac nord étaient intéressés à garder le souvenir d'Arthur *. Li toponymie de la contrée semble indiquer que les localités arthurienncs y étaient nombreuses?. Il est tout natu- rel que Carlisle, la principale ville, fût considérée comme une ancienne résidence d'Arthur ".

1. Voy. Zimmer dans GatUnghche gtlehrU An^eig^^ 1890, 525.

2. //-/(y., 816-819.

}. RomaHia, XXV, 2B.

4. J. Rhy$, Oiiic Britaitt, 146, 149.

5. Zimmer, Xevtiiin vîntiicatitij 284-38$.

6. Cf. J. Loth : H Outre les Gallois il y avait dans le nord même des Ballons et il ne viendra k l'idiJe de personne de soutenir qu'ils avaient moins bien conserve le souvenir des exploits de leur Arthur dans leur propre pa)*s que les Armoricains. * (Rrvue ceUiqut, 1892, 500.)

7. L'ouvrage de Stuan Glcnnie. Artbnrian ItraUtirs (en tfic de l 'éd. du Merlin, m, xvii-CLVi), est malheureusement bien confus. Les textes datés sont rjres. Les chartes de l'abbaye de Ncwbotle en Ecosse nous font con- naître, par exemple, un furnum Arihuri, une /wj Arihuri (Siuart Gieniiie, LViu et xcix). mais ces textes datent seulement de 1395 et 1)59. Arilmrrt, k 10 kilomètres au nord de Carlisle, n'a primitivement rien à faire avec Arthur. CVst l'antique AràfryHd, selon toute vraisemblance (Stuart-Glcnnie, ucxxviX se sont livrées :iu vi« siècle des batailles entre Bretons et .\nplais. Toutefois, la déformation même àtcc nom est curieuse i signaler. Kllc indique l'influence du nom d'Arthur. P/ttJtJgon caulf^ dans la mtnic ré^^ion, serait également cris iniéressam: mais retuotite-til d Guillaume le Roux, comme le die i'er- guson (History o/CumhrriamJ, 141) r Seuls les èrudîts locaux sont en mesure de résoudre ces petits problèmes dt toponomas tique.

8. Ahiuûl (Dumbaiton), l'ancienne capitale des Bretons de Straihclydc, a ttre aussi regardée comme une résidence d'Ariur. File est dite castrum Artlmn dans un * Parlîjmeniar>' record » de David 11, de l J67 (Stuart-Glen' nie, ctv, et Skcne, Four ancknt hooh of Huâtes, I, $^-$6).

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » 5f

Ce qui paraît donc le plus vraisemblable, c'est que les débris des Bretons du Nord ont joué un rôle appréciable dans la for- mation et la propagation des légendes arthuriennes ^ C'est par leur intermédiaire que Carduel en particulier est venue à la connaissance du public de langue française ^

3* Est-il bien nécessaire de discuter les autres hypothèses de l'auteur? Quand M. Br. prétend par exemple î que le Cardigan du pays de Galles doit provenir de la fausse identifiaition d'une localité bretonne telle que Kerigant, Kervcgant^ Kerleguen, ou encore que Camelot en Somersetshire répond à un breton Ker- ffulo^ Kermelon, et ne donne à l'appui qu'une vague ressem- blance de mots, faut-il le prendre au sérieux ? Pour ma part, je m'y refuse.

Quand il soutient qu'on a confondu la Cornouailles conti- nentale avec la Cornouailles insulaire, il y a au moins une appa- rence de raison. Il se trompe, du reste, en affirmant que la pre- mière seule doit entrer en ligne de compte ■♦. Il est trop évi- dent que, puisque des localités comme Tintajol, Carnant (dont M. Br. ne souffle mot) >, sont situées en Cornwall, cette pro-

1 . Il semble en effet qu'au xu« siècle la langue bretonne n'était pas encore complètement éteinte entre la Clyde et le golfe de Solway. Une description de rÉcossc, écrite vers 1 165, nous dit que la rivière Forih se disait Gweriden 4)reton : « scottice vocata Frach; brUamiice IVerid. » (Skene, Chronick of tbe

ruts attd Sc'olSj p. 1 56.) Voy. encore une triade du xiv« s. dans J. Lot, II, 275.

2. La dissimilation de Carluel{:n Cun/i/^/, phénomène phoné^ue inadmis- sible pour les Français ou Anglais, pourrait bien être le fait de ces Bretons du Nord (?).

}. P. 124 (en note) et i$o.

4. Je trouve un exemple assez plaisant à la note 62. M. Br. invoque en sa faveur ce passage du Merlin (éd. Sommer, p. i J4) : « Nantes en Bertaignc par devers Corneuallc, por ce que ce esioit cl païs ou li Scsncs conversoient. » Je n'attache aucune importance à cette ligne tirée d'une composition de fantaisie; mais si je voulais la prendre au sérieux, je ferais observer que Nantes n'est pas voisine de la Cornouailles et que les Saxons n'ont rien à faire avec l'Armorique. Si au contraire on voit dans Xanles une erreur pour un Carnant insulaire, tout s'explique à merveille. 11 y a un (Mar- nant en Cornwall, et les inv.isions des Saxons en Cornouailk'S(insulaire) sont un fait des plus historiques. On a déjà vu plus Iiaut (p. 26-27) qu'un autre argument tiré de la traduction noroise de Marie de France peut également se retourner contre Tauteur.

5. Sauf pour se moquer (p. 142-144) de mon hypothèse que sire des Nans,

40 r. LOT

vince a joué son rôle dans la propagation des légendes artliu- rtennes. Nous avons vu plus haut ', par le récit de la tournée de reliques de iiij.que les Celtes du Devonshire considéraient leur pays comme la patrie d'Arthur. Ils s'en vantaient auprès des Français qui le visitaient. Quoi d'étonnant que des localités de Tancienne Domnonée (Devon, Cornwall, Somerset^ figurent dans les récits arthuriens ? Il n'y a rien de plus naturel. On a vu encore que la Comouailles insulaire a joué son rôle dans l'élaboration de Tristan *. L'influence de cette contrée apparaît encore dans le nom même de l'adversaire d* Arthur, Modret, qui, au témoignage unanime des philologues, ne peut être que comique *. Pourquoi nier l'évidence^ ?

On pourrait plus justement retourner la proposition de M. Br. et dire que h Q)rnouailles armoricaine a rempbcé la Cor- nouailles insulaire. Carimx en Basse-Iîretagne, qui figure dans le

dans le Ui à'Equiiaii^ est pour jfVr de Carnant. Cctlc hypothèse est en effet bien peu convaincante, tlcïlc de M. Br. [Sam = Vatinti) vaut-elle mieux? L'identification SEquitan avec Pasquiten est, en revanche, digne d'intérft. J'.ii rangé du reste le l-ii AT-quitau p;îrmi ceux doni t.i provctiance est dou- teuse.

1. P. 12.

2. Romattia, XXV, 20 sq.

3. Hhy5, .Arthur ion Ifçniàj 592;]. Ixnh^ Étuda corniqufi {Rrvur uWqwâ j»98, 404, note j).

4. M. Hr.'admet bien (p. 136) que la légende de Tristan, qu'il qualifie de Vikit^erujfe (nV), a passé de Cornwall en Brctngnc Mai;*, ajoute-l-il.la mcn- lion de Riwalin prouve qu elle est parvenue aux Frani^ais par un intermé- diaire armoricain. Au moins ici il y a un raisonnemcm 11 n'est pas probant. Les versions Tliomas ci Béroul sont en ef!et déjà profondément remaniées. Elles dérivent de plusieurs sources. 11 n'ya pas de raison pour que Bren. dont Thomas invoque l'auiorité, soit sa seule source. La mention de Hiwalin indique (nous Pavons déjà dit, Kontania, XXV, 25» une influence armori- caine. Mais celle-ci n'est p.ts unique ni même prépondérante; autrement Tristan eût déjà été considéré comme un Léonard de Basse Bretagne. Or» il est encore dit de Loenait et les contemporains (d'Angleterre tout au moins) savaient très bien quelle était cette région. J'ai eu récemment {Romania, XXVIi» 41-42) l'iKcasion de signaler l'imitation du Hrut de Wace par Tho- mas. Lt» sources du VVnU» sont donc bien plus nombrcuws et composites qu'on ne croit. Je ne reviendrai pas sur U question Bmi que M. Br. discute longuement (p. 136. note 78). Il y a chez les v armoricanistes o un patti

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS »> 4I

"risran ' de Béroul, a peut-être pris la pbce de CarJjais en Cor- nwall, de même que le pays de Léon aéié bizarrement identifié avec leLûonnois (Ecosse), véritable patrie de Tristan '.

Nous croyons donc pouvoir affirmer que de Texamcn de la théorie du transfert topographiquc il ne résulte aucune con- clusion favorable au système exclusivement armoricain ^Jc M. Brugger.

m

Lii partie la plus intéressante du mémoire de M. Br. porte sur le sens des mots Bretagne et Bretons, En examinant les textes arthuriens, il m'avait sauté aux yeux que, dans un bon nombre de cas, ces expressions ne pouvaient sVntendre de l'Armorique et des Armoricains. J'avais pensé qu'ils pouvaient designer la Grande-Bretagne * et les Celtes insulaires (Gallois, Cornouaillais, Cumbricns). Il ressort parfaitement de Tiitude de M- Br. que ces expressions ont un sens rétrospectif. Elles s'en- tendent du royaume d'Arthur et de ses sujets, les antiques Bre- tons du vi*^ siècle *. J'adopte absolument cette explication, qui

pris d*eDt£tcmenc sur lequel aucun raisonnement n'a de prise. Pour ne pas mVtendre indéfiniment, je laisse aux nombreux érudits qui se sont occupés de Tristan le soin d'examiner la th(>sc de M. Br. (p. 152-156) sur les « faux lais B de Tristan. I.'auteur dtïclarc au surplus ne pas croire à rorigine armo- ricaine (non plus que galloise) de ces récits.

1. Éd. Francisque-Michel, I, 147.

2. Voy Rorntinia^ XXV, 37.

}. Non pas le pays de Galles en particulier. J'avais objecté contre M. G. Paris que cette resmciion de sens n'était nullement nécessaire (^iv/ia- niOj XXJV, 524). Les critiques de M. Br. ne m'atteignent donc pas sur ce point. U soflit que le mot « Bretagne 11 s'entend de la région insulaire en général cl désigne un pays différent de l'Armorique. J'ai eu tort de croire (fbiii., 520), avec M. Paris, que, dans You^c, « Bretagne « désigne exclu- sivement le pays de Galles. Cela a du reste bien pou dimportance, puisqu'ici il ne s'agit pas de rArmorique. M. Brugger en convient (note 62) : « Ich glaube ganx gcm dans Marie de France in diesem Lai unter Bretagne das altc Britaonicn verstand oder vcrstanden wissen wolltc. » Il est vrai qu'il ajoute « doch nicht so ihre Quelle ». Mais comme nous ne savons rien sur cette « Qjicllc n, on nous permettra de négliger celte restriction comme sub- jective.

4. Remarquer que l'expression les « Bretons en fircpt un Ui ne peut

LOT

est bien préférable à la mienne '. Seulement, si elle atteint la théorie insulaire, elle écrase aussi du coup la théorie armori- caine, car il n*est pas plus question désormais des Bretons du continent que des Gallois. Cest un formidable pavé sur la tète de M. Zimnier. Si en effet dans Marie de France Bretagne et Br/ton ont un sens rétrospectif, toute la théorie du maître s'écroule*. J'avais pressenti ce résultat. L'examen des lais de Doon et du Frcme, la scène se passe en Bretagne franvjaisc et en Normandie, m'avait fait soupçonner le caraaère conven- tionnel de Texprcssion ht bntofi '.

s'entendre que du passé. Eliduc est attribué expressément (v. T182) aux « anciens Bretons courtois « (cf. dans Wiwu v. 531 : « li ancien »). Ces «< anciens » sont tes « nobles barotis » de Bretagne dont on parle ;iu début d'Eqtiitan. La hritannica nobilitas est vantée par GautVei de Monmoutli (dont évidemment Marie s'inspire, directement ou non) aux dépens de leurs des- cendants les Gallois, à latin de son ouvrage 0* ^I^> c<>l- I9)- L'avertis- Ecmeni de \farie est du reste bien explicite : « Or sont dites et racontées De latin en roman/ trovces; Bretons en firtut lais plusors, Si con dient nos ancfiiori. » Nf arie (ei les autres auteurs de lais) ont donc toujours en vue le passé. C'est ce qui explique qu'on ne trouve jamais l'expression « un lai en firent H Gualeis », et qu'il n'y ait même pas lieu de ta trouver, comme le réclame M. Brugger (p. 156 et i62)i

I. Remarquez qu'au fonds M. Br. et moi sommes d'accord. Nous pensons que le mot Breton, Brrta^nt, ni pas dans Marie (et autres) son sens ordinaire (Armoricain. Armorique). It a une signiticution arcliaïque. I.a divergence de l'interprétation n'empêche pas te principe d'être le même.

3. QMand Marie (ou tout autre) attribue l'origine d'un lai aux Bretons d'un passé lointain.il ne s'ensuïc nultement qu'elle ait r*iison, loin de là. HUenous offre des lais dont l'origine armoricaine est assurée, mais assurée par quoi? Par l'expression « lai breton »? Point du tout, puiqu'cUe parle au passé(cl se trompe), mais par le contenu de son récit (noms de lieux et de personnes). Or, l'erreur fondamentale de M. Z., c'est précisément de prendre pour base ce mot Brtlon eo le restreignant au sens de Breton contemporain, de Breton continental. Le grand mérite de M. Brtigger, c'est précisément de montrer que cette base est croulante.

3. Voy. KpwdNJd, XXIV. >a7-)a8. j'aurais insister sur ce point. Mais le peu que j'ai dit a ce sujet elTrayc visiblement la théorie armoricaine. Je trouve encore un exemple du caractère conventionnel de l'expression iai bre^ ton dan» Hm<lof. Tout te n^ondc sait que le Lai tTHaveloc U Datiois a pour source une &iga Scandinave. Cela n'empêche qu'on ne trouve au début : Un ht tnJSrtvt U Stttm (fût) Si rappcllerent de son nom Ht Haveloc et

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS »> 43

fais le comique de ralTairc, c'est de voir M. Br. s'insurger contre les déductions logiques de sa découverte. Rien de plus plaisant que les efforts désespérés auxquels il se livre pour sau- ve^a^der la théorie armoricaine (exclusive) A laquelle il vient de porter un coup moricL Sentant bien est le défaut de la mirasse, il commence par alléguer * que si Dol et Saint-Malo, par exemple, sont dans la partie de langue française, c'est toujours la Bretagne. « Les lais qui en provenaient ne pou- vaient-ils pas être nommés lais bretons? » Hélas! voilà notre honorable contradicteur tombé dans un de ces w sophismes » qu'il reproche avec tant de bonne grûce à ses indignes prédé- cesseurs ! \Jn lai breton est une composition propre aux Celtes (continentaux ou non, peu importe ici). Au xi' et au com- uiencement du xn*" sièlc, les ^ens étrangers à ces populations ne savent encore composer ni la musique de ces lais ni inventer le sujet. Le fait d'appartenir au même régime politique ne constitue pas en faveur des /^omam soumis au duc de Bre- tagne une aptitude supérieure .'i celle des Manccaux, Angevins ou Tourangeaux, par exemple. Au xi* siècle, la Bretagne n'est qu'une expression géographique. Il n'y a pas encore de nation bretonne. Les habitants de Rennes, ctsurtout de Nantes, ne se sèment pas solidaires des Bretons du fond de la péninsule V Ils n'ont ni la même Langue ni les mêmes mœurs. Inutile d'insister, je crois •.

Et puis il y a Pitres (lai des Veux AmanO, Est-ce une loca-

Cuarant. » (v. 21-35). 1* «*' ^*raî que M. Ward. dans une savante et ingé- nieuse dissertation (Calai, of romança... I, .(2^4^ 5), s'est efforcé d'établir que Haveloc ét.iit If gallois Ahloyc et que le conte avait cic transmis aux Français par rinirrmédiairc des Gallois, En tout cas. les Bretons continen- taux sont toujours exclus.

;. H- 254.

2. Voy. par exemple, â Tappui Tiniroducrion Je M. R. Merlet A son

Iéditioa de U Chraniijiu ité NanUs (Paris, 1896). 5, Pour le Frfsne ei Loustic^ je vais fournir à M. Br. un argument quil n'a pas èié capable de trouver. J'ai dit que la seine sV passait à Dol et Saint- Malo» villes de langiie française. Cela est vrai déjà à la fin du moyen Age. Mats.cn y rt^flêchissant. il se p\:ut qu*;iux xi^xiiesiètles la langue bretonne V fût cncure parlée, bien ijue, scion M. J. Loth. le breton tïii di-jà aux riz

dA

44 P- i-OT

lîté de Bretagne? M. Bi. aurait ici s'arrêter. Mais l'élan était pris. Franchissant toutes les bornes de la prudence, Tauteur en vient i déclarer (p. 154) que, même inventée à Pitres, en Normandie, cette histoire peut être un vrai lai breton. Enfin « même le lai à'Orphcy, un de ceux oubliés par Lot, n*en <i est pas moins un lai breton, bien que la matière en soit cer- tainement grecque 1 ! a ' Nous nuirons pas plus loin, et nous refuserons d*accabler un ennemi tombé ;\ terre pour avoir mal calculé son élan '.

Le caractère conventionnel de l'expression lai breton était à prévoir. Le ïai^ en effet, c'est la musique à Torigine, la mélodu' dont le conte, versifié ou non, n'est que Texplication, le livret. Il est tout naturel que les Français aient d*abord connu ces com- positions musicales de leurs voisins les Celtes d*Armoriquc. Il n'y a point de preuve du reste qu'ils en aient su le sujet, \cconîe. I-es « Bretons » ont pu prcourir pendant des siècles les régions romanes sans que les Français s'occupassent du sujet de ces compositions musicales ou môme s'en doutassent. Seulement, la

(L'Ê migrai ion brctonnf,^, 192-195). Cette objection, pourtam bien simple, ne s'est présentée i mon cspritqu'en regardant récemment les cartes de VHistoire lU Bretagne de M. de La Borderie.

I. A la p. 154-1 S). M. Br. prétend s'autoriser d'une mienne théorie. Voili qui sent terriblement 1' « .\dvokat ». Une légende pour être qualifiée « cel- tique a n'est pas nécessairement celtique dans ses origines lointaines, je Tai dit et le répète; mais encore faut-il qu'elle oit subi un ceruln temps une /lahoration en pays celtique. Est-ce le cas du lai à'Orpisey ?

3. Encore un argument de Br. (p. 1 } i) : les noms français de Doon et Milon oc peuvent provenir de lais gallois, bien que Milon soit dit « de Gualcs a (v. 447) ou de « Suthwalcs fv. 9). D'accord ! Ce serait simplement une nou- velle prouve du caractère u convenu » des Uîs dès le milieu du xu^ siècle. Certains noms celtiques av.iient un aspect terriblement rébarbatif pour les Français du xu* siècle. Ils les ont remplacé par des noms i eux plus (itt\i- liers, tels que Aiob et A/iXm» alors très répandus. Invoquera l'.ippui deTorigine armoricaine de ces noms le Cartuîaire J/ ReJcn n'est pas sérieux. Redon était en territoire roman. Même au ix< siècle, la couche celtique n'éuit djns Ic pays de Rennes qu*un mince vernis. Rien de plus simple que l'onomas- tique du cartuîaire soit en très grande partie franque. Alléguer remploi du ca5-régime {MHun et non MiUs) comme preuve de la provenance continen- tale est également une mauvaise plaisanterie. J'admire l'intrépidité des crudité qui bâtissent des théories sur ces pointes d'aiguilles.

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » 45

musique bretonne était, et depuis longtemps, renommée. L'ex- pression ht breton était toute faite. Aussi voit-on les Gallois et mèmeles Irlandais exécuter des lais bretons '. Quand l'œuvre de Gaufreide Monmoutli vînt révéler au public courtois l'existence et les exploits des antiques possesseurs de l'île de Bretagne, le mol breton s'entendit au sens archaïque, rétrospectif. Tous les exploits des liéros celtiques furent reportés au temps des « anciens Bretons courtois ». Il n'est point douteux que Marie de France en particulier n'entende rapporter ses récits h un passé très lointain.

Ce n'est pas à dire, bien entendu, que Breton et Bretagne ne puissent désigner, et très souvent, l'Armorique et les Armori- cains'. Mais ce sens ne ressort que de l'examen des poèmes.

1. Ainsi, dans le Laidr VEipi'ir et dann le Tristan de Gotttried de Stras- bourg (copUnt Thomas), l'on vo!t(v. 550} sq.) un « Giitois » exécuter un Ui cofupo&é par les Bretons (des temps passés). Et c'est précisément ce sens archaïque» couveniionnel, de lai ÏTtton qui rend vaines les chicanes de M. Br. (p. Il)- 114) à ce propos. Les Irlandais jouissaient au moyen âge d'une grande réputatton comme musiciens. Us lurent en musique les maîtres de saint Dunst^tn (X' sîÈclc). Voy. un passage curieux de la vie de ce suint par Guillaume deMalmesbury (td. Stubbs, dans Mémorial^ of Saint-DHHstan^ 257 « 3J9).

3. A ce propos, je dois sigtulcr que pour le lai de LatwaI, auquel j'attribue une origine insulaire, Marie de France nous dit que « en brctanz Tapelcnt Lanval » (v. 4). La 6n est ainsi conçue : >• De plain estais Lanval sailli Od li s'en vait en Av^ilun, C'o nus racunteni h Bretun, En un iîle qui mtili est béais» (v. 65H-661). Comme II- verbe est au présent (cfo nus racuntetit\ MM. Zimmcr et Hrugger soutiennent qu'il ne peut s'agir que des Bretons contcmporaius de Marie, ceux du continent. Le « breianx ». c'est le breton armoricain. Je ne dis pas que c'est mal raisonné, je dis que c'cs; atucher une împurtance démesurée à ce passage. D'abord Lanval n'est pas plus un mol armoricain que gallois. Les arguments de M. Z. à ce sujet sont dépourvus de toute consisunce (voy. /fo/fwnw, XXIV, 519-520). L'assertion de Marie est donc toute gratuite, ce qui met en déBance pour « cco nus racuntcnt li Brc- tun B. Dans ce vers même, le présent est peut-être tout simplement un pré- sent de narration. Il est plus prohahh que Marie, qui reportait l'époque de ce Idi i\i temps d'Arthur, a en vue les m vieux Bretons ». En réalité, la vraie raison qui a amené ici ce mot Bntnti, sur lequel des sa van i s ont bâti toute une théorie, c'est qu'il fallait une rime i Avalun. Les deux vers ne sont donc pat rivés Tun à l'autre, comme se J'imagine M. Zimmer.

46 H. Lot

Nous rétablissons par la géographie des événements, l'onomas- tique des personnages. C'est une déduction et non, comme Ic soutenait M. Zimmer, un principe. L'attribution d'un lai aux Bf't'ions ne nous obligera donc nullement i conclure que sa source est armoricaine. Cette source nous ne l'atteindrons que par l'étude interne du poème.

Cette étude est plus compliquée qu'on ne l'a cru. Les lais ne sont en somme que dufolk-lorc versifié, et rien de plus difficile que les études sur la provenance des contes. En outre, les poèmes arthuriens, même les /<2Û, ne sont venus i nous que de dixième main, après avoir subi toutes sortes de remaniements dus à ta fantaisie individuelle. Un érudit a dit excellemment : « Il )• tt avait en circulation un grand stock d'épisodes qui furent « combinés et recombinéî cent fois pour former autant de lais « différents. Le talent de l'auteur se montrait dans la conibi- o naison de ces divers éléments, dans la grâce de son style, « dans les petits détails qu'il introduisait pour animer sa nar- o ration et stimuler l'imagination de son auditoire. Quand un " auteur de lais avait fait choix d'un héros en particulier, il ras- « semblait de droite et de gauche les incidents propres, dans " son idée, i former un tout harmonieux et i\ produire un « poème efficace- DMiabitude, il serrait de près la tradition « pour chaque épisode en particulier. Mais il se donnait libre « jeu pour les fondre. A coup sûr, les lais étaient écrits de a toutes mains par toutes sortes de personnes '. "

Nous croyons, nous^ qu'on n'a pas fait une part assez large h. la fantaisie individuelle dans la composition des récits arthuriens en vers. Aussi la théorie mécanique de renchaînemcnt de\ lais, proposée par M. Br., nous semblc-i-elle inadmissible^. Au fond, elle n'a été proposée que pour maintenir i tout prix l'hypo- thèse armoricaine *. Mieux vaudrait encore le système Hôrstcr,

t . SchoBt'Id. l'hf Lay 0/ Guinçumor, dans Sthtiifs and notet in phiMogy attd HttftUurt, vol, V (Boston^ 1897), p. 2^9.

3. El puis que tout cd a est vague I Yvain x\c%x gucrc qu'un granti lai développé, t.rft: c\t Jcji plus compliqua. Mais est-ce un chupclet de Ui^r

J. On eût pu obicctcr en ctîcl à l'jiitfur que, truïmc en adnicttjnt que les lais fuswnt arnitmcaifTs, il ne s'ensuivrait pas que les p<K'mes anhuricns de Thomas et de Chrétien et ses imiuteurs cusbcni la même provenance il Jaut pour maintenir la th6orie qu'ils ne soient qu'un clupelct de lais. Cette

LA PATRIE DES « LAIS BRETONS » 47

qui, tombant dans l'excès opposé, exagère (chez Chrétien de Troyes) la pan de Tinvention et de l'originalité, que ce schéma grossier et fallacieux.

Le travail de M. Br. appellerait quelques autres observations, £ivorables * ou non ; mais nous ne voulons pas nous étendre davantage. Nous avons, du reste, signalé Tessentiel \ En dépit de ses efforts, nous ne pensons pas que l'auteur ait réussi à établir sa thèse en son ensemble. S'il s'était borné à réclamer pour la Bretagne continentale une part plus importante que celle qu'on lui a £aite jusqu'à ce jour, sa théorie serait séduisante, tout au

théorie ne me parait pas convaincante. Il semble bien au contraire que les lais n'ont pas eu grande influence sur les romans arthuriens. D'où Gaufrei à qui, selon M. Br. (Voy. ci-dessus p. 5-5) les lais doivent une grande part de leur artburisaiion» a-t-il tiré les noms de ses hùros ? Selon M. Br., si je ne me trompe, il les a pris aux Français. Donc, chez ceux-ci, des traditions arthu- riennes préexistèrent aux lais (sous une forme à déterminer) ou coexistaient avec eux. On ne voit donc nullement la nécessité que les romans soient un chapelet de lais, bien au contraire.

1. Ainsi, je serais assez disposé à croire, avec M. Br. (p. i44-i4$),d*origine armoricaine le lai à^Eîiduc que j'ai précédemment rangé parmi les douteux, alors que M. Bédier le classait parmi « les gallois » sous prétexte que « un conteur armoricain pouvait plus difficilement connaître Exctur et Tottncs. v {Rev. des Deux-Mondes^ 1$ octobre 1891, p. 848, note 2). Ces deux localités pouvaient se trouver en relations (maritimes) avec l'Armorique. Elles sont jus- tement mentionnées dans le récit d'Herman de Laon (i 1 1 3), ce que M. Br, et moi-même aurions remarquer, soit dit en passant. Pour I>oon(i 29-1 jo), le raisonnement de l'auteur est très faible. Il s'abuse en disant que « hier sind somit die Chancen gunstiger fur die armorikanische Théorie.

2. Il iaut pourtant, avant de finir, insister sur ce que dit M. Br. de l'influence de Gaufrei de Monmouth. M. G. Paris avait prétendu que u les romans en vers ne doi\'ent rien à Gaufrei de Monmouth » (Roinania, X, 488). Plus tard, il la r^uisaît encore  « fort peu de chose » {ibid.^ XVIII, 590) et soutenait (Maniul, $ 54) qu'elle ne s'est exercée que sur très peu de ces romans et sur les moins anciens. M. Br. a, croyons-nous, tout à fait raison de protester (p. 147 sq.) contre cette théorie. J'avais, de mon côté, été frappé de certains passages de Chrétien de Troyes, des lais de Mf7io«et du Cor, qui dénotent la con- naissance de Gaufreî(ou de Wace, son traducteur), et j'avais bricvenicnt signalé le fait au passage (Remania, XXIV, 525, et XX VII, 5>iJ. Dernièrement, je retrouv-ais la connaissance de Gaufrei (par Wace) chez Thomas, autcurde Tris- tan (yoy. Romania, XXVII, 47). Je projetais d'étudier de plus près cette ques- tion. Mais M. Br. a montré d'une manière que je trouve probante l'influence

48 F. LOT

moins admissible *. Mais, ayant adopté aveuglément' le sys- tème exclusivement armoricain de M. Zimmer ', beaucoup de ses raisonnements se sont trouvés faussés par un parti pris d'in- tolérance sectaire.

Ferdinand Lot.

de Gaufre! sur Marie de France. Un de ses arguments^ la présence du mot Guthîande (p. 12^9 et 152), est particulièrement frappant. [Il a certainement été démontré dans ces derniers temps, de plusieurs côtés, que Gaufrei, ou plutôt son traducteur Wace, avait été connu de Marie de France, de Chrétien de Troies, de Thomas. Mais je continue à croire que son influence ne s'est exercée que sur certains détails, et qu'elle a été extrêmement faible, sinon nulle, sur le fond même des romans bretons en vers, sauf sur les poèmes de Robert de Boron (voy. mon introduction au Merlin Huth). Il en est autrement des romans en prose. G. P.]

1. Personnellement, nous n*y apportons aucun parti pris. Que nous importe que les légendes arthuriennes proviennent de nos compatriotes de Basse- Bretagne ou de leurs cousins du pays de Galles? Nous faisons ï chacun sa part, aux Gallois, Armoricains, ComouaiUais, Nord-Bretons, et cette part n*est pas arrêtée d'une façon immuable. Q^*on nous produise de bons argu- ments et nous augmenterons sans hésiter le rôle des Armoricains ou des autres.

2. Je dois dire que Fauteur s*en défend. (Voy. p. i, note 2.)

3. Il parait évident que M. Br. est incapable de se rendre compte de la faiblesse de certains arguments philologiques de M. Zimmer.

LE DIT DES OUTILS DE UHOTEL

(mS. du musée CONDà)

Le Dit du xiii' siècle que nous publions se compose d'une série de tercets tnonorimes, dont le premier vers a 4 syllabes, tandis que les deux autres en comptent 8; il est emprunté à un manuscrit du château de Chantilly (fol. 204 a-205 ^,que nous avonsdéjà décrit en détail en 1895 ' ^^ 9"^ l'Inventaire du Musée Condé désigne aujourd'hui sous le n" 1578. Cest une des nombreuses pièces la littérature du moyen âge a accumulé ses grie& contre le mariage; mais elle a cela de particulier qu'elle en signale surtout les inconvénients matériels, et que Fauteur, dans une longue énumération, présente au nouveau marié les embarras et les ennuis que doivent lui causer les usten- siles, les meubles et les objets de toute nature que comporte son nouvel état. Au même ordre d'idées se rattachent quelques autres petits poèmes, appartenant aux xiii*, xiv*, et xv* siècles; c'est d'abord VOustillement au vilain *, en vers de 6 syllabes à rimes plates, le Dit de ménage ', en quatrains monorimes de 12 syllabes, puis une ballade d'Eustache Deschamps ^ et un passage de son Miroir de mariage^, enfin la Complaincte du nouveau marié,.. j lequel marié se complainci des extencilles qui luy fault avoir a son mesnaige, et est en manière de chanson *.

1. Romania, t. XXIV (1895), p. 446-449.

2. Publié en dernier lieu par A. de Montaiglon et G. Kaynaud,dans le Recueil général des fabliaux, t. II (1877), p. 148-156 et 323-528.

j. Publié par Trébutien (Paris, Silvcstre, 1835).

4. Œuvres complètes d'Eustache Deschamps (éd. de la Soc. des anciens textes français), t. VHI (1893), p. 137-138.

$. Ibidem, t. IX (1894), p. 42-50.

6. Recueil des poésies françoises des XV^ et XVh siècles, p. p. A. de Montai- glon, t. I(i8$5), p. 218-222.

M, JLXVUh 4

50

G. RAYXAUD

dans le ms. de Chantilly le

Je

Notre Dii, qui p( // Fabliaus qui dnnie Itsouiieus de rosu-ly est déjà connu ; il a été publié par Jubinal d'aprôs un manuscrit de la Bibliothèque natio- nale ', sous le nom de le Dit des choses qui JaiHcnt m menace et en tmriage \ iMais le ms. qui a servi aij premier éditeur esc mutilé en plusieurs endroits, notamment au commencement, la lacune est au moins de 50 vers; il offre de plus une rédaction si différente de l'autre, dans Tordre des tercets et dans le texte même 5, qu'une nouvelle édition n*était pas inutile. Nous pre- nons pour base de la nôtre le nis. de Chantilly, auquel sont jointes les variantes de celui de la Bibliothèque nationale; nous désignons le premier par A, le second par B.

Nous n*avons qu'une remarque h faire sur la langue de Tau- teur, elle est relative X T.v, qui, avant une consonne, cessait de se faire entendre ; d'où les rimes qttatrc -^ ttastre ^=enbalre (v, 6-8) et des formes comme sesme pour semé (\\ 22), tticstre pour fnetre (v. 68), charestc pour cbare te (v. 109, 120), etc. I-a rime faire = lumière (v. 219-220) est aussi à relever; mais elle pourrait facilement se régulariser, si Ton corrigeait lumière en lumaire, forme qui a exister.

Le copiste seul est responsable de la chute du / final dans quicr pour quiet t (v. 67), dot pour doit (v. i iS), ajier pour afiert (v. 215), de la confusion de 1'^ dure et du r dans ces (v. 25), aseree(y. iio), s'est (v. 203), etc., et du changement de iV en irr dans nietUier pour fnetttir Ç\. 132), couvrier pour couvrir (v. 165).

Le vocabulaire, que nous avons rendu le plus complet possible en y faisant figurer tous les mots intéressants des deux rédac- tions, renferme un grand nombre de termes usuels dont l'ex- plication demande X être bien précisée. Il nous fournît l'occa- sion de discufer Torigint' jusqu'ici inconnue du mot ricocljet.

Ce mot ne se rencontre en effet qu'au xvir siècle avec le sens

1. BibI, nat., ms. fr. 1248} (anc. suppl. fr. 1 152), fol. 217 a-218 d. Sur ce ms., très iméressaot, voir noire article dans la Romanux^ t, XIV (1885), p. 442-44 >•

2. Nouveau recueit de contf5.,.,\. Il (1842), p. 162-169.

j. L'édition de Jubinal a 210 vers, la nôtre 242: c'est à peine si, sur ces chiffres, on peut compter Ho vers qui soieiii conm^un^ aux deux rass.

LE DIT DES OUTILS DE L HOTEL

accuel Je « bond fait sur un obstacle par un boulet ou sur Tcau par une pierre ». Antérieurement ' , il n'apparaii que dans une sorte d'expression proverbiale : c^est la chansofî du ritochft ou c*esi lafabUdu ricochet, que Liiiré rapproche de la locution ita- lienne similaire, la fiwola dclî" uadlino. C*cst aussi sous cette forme que cette locution, toujours employt'e pour désigner la ùtigue et l'ennui produits par la répétition perpétuelle d'un acte ou d*une proie, se retrouve dans notre Dit (v. 131), le poète, après avoir parlé longuement du mariage et de ses inconvénients, renouvelés chaque jour, conclut en disant : c'est la fable dou ricochet (en var. cest la flahe du bis cachet), four- nissant ainsi l'exemple le plus ancien peut-être de cette manière de parler * .

Les lexicographes qui se sont occupés d en rechercher Tori- gine, Liltré et après lui Scheler, ont remarqué qu'il fallait, selon toute probabilité, tenir compte pour l'expliquer du mot cachet jeune coq » qu'elle renferme. Cette opinion semble confirmée ir la variante de notre texte : c\st la fiahc du bis coclyet, et parla forme proverbiale, conservée en Franche-Comté : la chan- son du rouge poulot^ ou du ricfje poulot^ ou du ricacljet *. Nous ne sommes pourtant pas de cet avis, et malgré Tautorité de Littré nous pensons que l'Académie française a eu raison de traduire ricoclxt par petit oiseau répétant continuel lentent son ramage. Peut- être eùt-clle mieux fait d'ajouter que ce petit oiseau est le roi- telet^ nommé ainsi en Gascogne et en Querci ^. La cimnson, la fable du ricoclxty c'est ce que chante, ce que dit, ce que répète le roitelet (c'est toujours la même chanson, dirions-nous aujour- d'hui); et le pépiement aigu, incessant, monotone, aga(;ant de ce petit oiseau sautillant (jiamca ^= sautiller) et rabâcheur (^recouca = rabâcher) suffirait à justifier la locution proverbiale

1. Le Suppiémtnt de Godefroy et le Dictionnaire g/n/ral àc MM. Haufeld, Darmcsieter cl Thom.is ne sont pas encore arrivés à ce mot; nous avons nous contenter de Saintc-Palayc ei de Liliri-, qui n'ont pas d'exemples anté- ricun au xv< siècle.

2. Une note de M. L. Moland, dans le Glossaire du Rabelais de l'éd. P. Jamtet (t. VU, p. 184), fait allusion à un passage d^un sermon français de Gerson, que nous n'avons pas retrouva.

V E.RolIand. Faune populaire, t, VI. p. iii-iia.

4. Voy, dans Mistral, Lûu Tnsor Jeu fitibrigt, racocchet et ricoucbet.

52 G. RAYNAL'D

H figure, h moins qu*il n'y ait quelque allusion littéraire à une œuvre méridionale que nous ne connaissons pas.

En tout cas le mot nous vient de la langue d'oc, et cette ori- gine explique pourquoi en langue d*oui on a cessé de le comprendre de bonne heure, et pourquoi aussi on a essayé parfois, soit par ingéniosité littéraire, comme dans la variante de noire texte, soit par le besoin de clarté naturel au peuple, comme dans la tradition franc-comtoise, de*substituer un cocljct, pourvu d'une épithéte plus ou moins rationnelle, au ricochet devenu incompréhensible. iMais qu'il s'agisse de cocfxt ou de rîcocljei, la locution demeure intacte jusqu'au xvi' sicde', et avec elle Tidée de répétition ennuyeuse, qui semble tout d'abord s'appliquer plus spécialement à une forme de la litté- rature populaire, les redites jouent un grand rôle : c'est le cas des chansons de veilleur ou du ricochet ', c'est aussi celui de la facétie citée par M, Rolland *. Puis au xvii' siècle le sens se généralise; te mot nVoc^/ se dégage de la locution toute faite, précédé quelque temps encore d'une préposition, comme pour rappeler qu'il a appartenu j un ensemble; on dit : tirer à

1. Voy. IVxcmplede Rabelais citt^ par Littré (ild. Jannet. i. \'II, p. 184).

2. Voy. Tcxemplc cité par Sainic-PaUye.

3. [Je aoi& pluiût que cette facétie, qui consiste à promettre ia cluDson, ou le conte, du riayhel (ou du rvu§(^ riche, bis cccJkI), et i ic dérober toujours aux questions de celui qu'on mystifie, est ta vr^iic origine de U locution. On conçoit d^ lors qu'il n'y ait pas eu réalité de fable ou de chanson, qu'il n'y ait que des allusions i ce jeu. C'est de même qu'en italien on parle de la/dZ'o/d, ou de la cau^ne dtW ucuîHno^ mai* personne ne coniuit l'une ou l'autre : Quaiiâo alîunûy dit Varchi, in atcurta quiitionc duhita umpre^ t setuffu 0 da bfffe^ oda vera ripigîia le nudtsime cost^ 0 delta midmma coia dortuinda, tanto clie ntai non a nt fmà vtmtt, ni u cj/w, »^ a concinusione, quisto ii dimanJa in Firm^e : la canioiic, 0 voltte, b favoUdcU' ucceUino(cité dans Luri di Vassano, Modi di Jirt prottrltitiJi italiani, p. 417). Cest précisément le sens Rabelais emploie la àfOnum du nccctfet, et Adam de la Haie prend notre locution dans un passage qui n'a pas encore été allégué (éd. De Coussemaker, p. 17J) : iirr» It JavU otr volts, j* ctvts, Dou rouge ceitetet {iOcMet, coqtulrt, n*esi attesté en anc. fr. qu*au sens de « girouette ■, et on pourrait ouirc qu'il en est de même ici; mais l'épithéte nvtge convient peu, et Godefroy indique que dans ccriaiDcs provinco cocMtt se prend au sens de « coq •). G. P.]

LE DIT DES OUTILS DE L HOTEL 53

ricocbety revenir par ricochet y enfin le mot, sans plu? longue entrave, apparaît avec le sens que nous lui donnons aujour- d'hui et donne naissance au verbe tout moderne ricocher '.

Ll FABLIAUS QUI DEVISE LES OUTIEUS DE l'oSTEL*.

ChascuDS pense de son afaire : ifoU 204 û) Pour ce me veîl .1. poi retraire

De mon corage. Je ne taing pas celui a sage Q)ii entre .n. fois en mainoage

Ne .tu. ne quatre; 6

Md mesme taing je pour fol na(i)stre, Qpant onques ml osai enbatre

Une fois soûle. Mainage[s] n*est fors ventre et goule ; Mener couvient barat et boule

Qpî se marie. 12

Foi que je doi sainte Marie, Maînages est confraeric

De toute painne ; Maînages si a maie estraînne Dou lundi jusqu'au diemaingne

A qui i entre; 18

Nus n*ara ja si petit ventre Qp*il ne l*ait grant, quant il i entre

Et il prent femme. Maînages queut les blés et sesme ; Maînages tist, ce dî(s)t, et traimme

Dras et burtaus ; 24

Mainages n'a pas ces aviaus Fors que de chos et de naviaus

Et d*orge ronge; Mainages tous jours ronge et grongne 1 Ja Damedieus son cors ne fronge

Qui m*i fist estrel(/b/. 204 *)30 Je soloie estre sire et maistre; S'aloie a destrc et a sencstre

Pour moi déduire : Mainage[s] m*a tolut le rire Et m*a mis le cors a martire

Et an malaise. 36

Par la foi que doi saint Nichaise, Mainage[s] si est la fournaise

Qpi art et fume. Mainages les jalous alume, Et si fait ferir seur Tenclume

1. [11 serait cependant possible que ricocher remontât directement au prov. ricouca, et qu'il eût au contraire amené le changement de sens du mot ricochet, pris dans la locution antérieure. G. P.]

2. Inc&mpUt au commencement y le ms, B offre^ jusqti'au v. $6 inclus, une tvr- sioH différente :

Je scey de voir. Ménage £ut les gens dolotr. Et si les Élit riches d'avoir.

S'il y entendent ; Les Qns empruntent, (les) autres vendent, Les ans achètent, (les) antres rendent

Aus marcheans. Malt en y a de œescheans

Qui empruntent tretout le temps Tant comme il vivent.

Ceus sont sages qui les eschivent

Et qui ne tencent ne n'estrivent A ces musars.

Ménage a ces temps et ces ars,

Et si a des simples conars A son escolc.

Ménage est de courte parole;

L'un assagist, et l'autre afole.

9 Corr. A seule.

S4

Et jpur et nuit. Li mariés, si con je cuit,

I trueve moût très gram déduit

Au comroensier.

II se commense par densier. Mais tcmpres vetïra le tensier ;

Sans demourer 48

Or commense le labourer, Sempres rire, sempres pleurer,

Ne set on Tcure. Mainages tout use et deveure, Et si fait changicr en peu d*eure

Tretout le monde. 54

Mainages semble mer parfonde ; Sempres s'en va, sempres seuronde

C'est sa manniere ; Ce est gieus de la civière, Li uns devent, l'autre dericre,

Oiez comment : 60

Mainnages au commcnsement (fol

204 c) Si jjrent les gens par saîrement

Et par fiance, Mainages suefre que on dance

G, RAYNAUD

42 Au premier, c'est grant desevance

Et traïson(s); 66

Mainages ne quier[t] qu'aquoison De me(s)tre la gent en prison,

Comment quMI aille : Mainages si n'est que bataille. G'i ai esté sans nulle faille

.II. ansentiers; 72

J'en sai les voies et sentiers. Car il m'est mouttrés grans mestiers,

Se Dieus me saut. Tous jours soit l'en, tous jours i

[faut Sempres en bas, sempres en haut . .

En dan Maingnage. 78

Einsis s'i contiennent li sage, L'un a honnour, l'autre a hontage.

Or faut salière. Sergent i faut et chamberiere. Le croc au fiens et la civière

Et le retiau ; 84

Il i faut et fourche et flaiau, Si faut le saz et le brusiau

Et la raioire ;

52 Corr. A use tout; cf. le v. 14. 57 B la.— 58 B Cest com. Lun va. Jprès ce verbe, B ajoute :

-S9B

C'en est l'usage. Il n'y a $i fol iic si &ige, S'il a gueirc(s) esté en Ménage,

Qp'il ne le doute- Ménage tient les gens a route Ce n'est mie gicu de pelote.

68 B D. m. gens en sa. 70 Remplace dans B par Premier oy bonne com- mçnsAiWe, placé après le V. 71. 72 B Dis. 75 B Si. Corr. A, Belles. 74 B Et si me. m. tr. bien. 76 B T. j. i faut. 77 Corr. .\ bai, B bas; B demain en h. 78 B A dam, Aprèi ce vers on Ht dans B :

Sempres au fol. demain au !.|,igej, Sempres au plain, or au hosca|ge|.

Quant i fait t'roit. Nul n'est prisiez qui ce ne cnni.

Viennent ensuite dans B les v. i J5-146, puis 81 et suivants. 81 B Que len i quierc. 82 B Valet. 83 B Fourche au. - 85 B Or i faut f . 86 B B.ilay de bou et gram et biau. Suiivnt dans B les v. 90-140, 87 B Et mq. U tercet que commence ce vers est reporté plus loin dans B, faisant suite^ aprh quelques vers nouveaux^ au v, 179.

LE DIT DES OUTILS DE L HOTEL

>)

n i ùut et nuit et sasoîrc, Et le badn et la chaufoire,

Ce n'est pas pou. Et le balet, c*oa prise pou

90

Or £auc la keu a TaguisitT, Cuir as sollers aparillicr

A la mainic. Se la terre n'est bien sevie,

114

n n'a si riche home en Poitou (Jol. Bien Ubouree et gaaingnie,

204 d) El ne vaut gaire(s);

A cui ne (aille. n faut tablier sous la touaiile Et le coutel a quoi on uillc

La char et Toint 96

(Moût en i a qui n'en ont point, A cui Nostre Sires en doint

Par sa puissance I): En Mainage a moût maie dance ; Qpi n'a en Dieu bien sa fiance

N^ara ja bien

102

Il £aut et chat et dioe et chien (A chascun couvîent bien le sien

En sa maison), Coc et geline, c'est raison, Et mittaincs en la saison

Pour la jalee. to8

Or faut b chare(s)te atelee, Et sarpe et cugnie aseree

Pour besoingnier ;

Une chose est qui moût doi[t] plaire : Che\*aus qucrre, charrue faire

Et les chare(s)tc$ ; 1 20

Il faut braiier et clos et frestcs. Oint, courroies et couroit^s)tes.

Et soc et contre, (fol. 205 a). Eînsis couvicnt tout d'outre en outre Faire ce que Mainage{s] moutrc

A chascun (un) home. 126 Mainages fait prendre mau somme; Mainage[s] het celui qui chôme

Et noient fait, Mannais donne tristesse et fct ; C'est la fable dou ricochet :

Menti(e)r n'en quier, i ^2 Or est tout au recommcnsier. Penser couvient au gaaingntcr;

Or faut pecune. Ce n'est mie chose commune

88 Corr. A sasoise. B Au saas i faut lasassouere. Après ce v, <m lit dans B

Et si [il] i but la toumoere

Au ptin tourner. Or Êint le four a l'enfourner Et le fourgon pour foui^onner : Or faut foumille.

Or [i] faut cerpe, or faut faucille Ht maint[e] autre tille badillc,

Rouablc et pelle. Or escouvient qucrre l'eschiele Par ou l'en monte par derrière.

91 Corr. A pau. B Par la foy que je doy saint pou. 92 A poitau. B II na homme jusqua poitou. 93 B qui il. 94 B Or i faut tablier et t. 95 B len t. 100 B trop dure d, 101. B bien en d. scsperance. - - 103 B Or i faut chat or i faut chien. 106 B Vache brebis ccst bien r. 109 B Q}iï sa charue aa. 1 10 B La congniee est prcsico. - i n B buclioicr. 114 B Pour la mesgniee. 1 15 B semée. 1 16 B Ht cultiuec ci gac- gniee. 119 B Les bues a la charue traire. 120 B lît au. 121 B Or faut bouuiers. 122 B Herses et joins. 124 B Ainsi escouuicnt d. 129 B Et rien ne. 150 B Ménage a non trichefîchct. iji B du bis cochct. I $4 B Parens reuiennent en jenuier.

5 6 G. RAYNAUD

Con dou soleil et de la lune

Qpe dan Denier : i)8

L'un fait hausier, l'autre abaisier,

Et Ménages se fait aidier A .II. ou trois.

Or escoutez de dan(s) Courtois :

Ménages tient en grans destrois

Les mariés. 144

Pour Dieu qui fu crucefiiez Et en crois de Juîs plaiez,

Chascuns s'i gart I Nus n'i entera ja si un Qp*il n*en ait moût très bien sa part.

S'il i est gaire(s)l 150

Tant i a on tous jours a faire Ou lieu ou Mainage[s] repaire (foJ.

20s h).

Que c'est merveilles : Sempres i faut vcns et corbeilles, Et s*i i faut boissiaus et seilles,

Pos et pichiers; 156

Et s'i (i) faut fuisiaus et cuilliers, Qpenoîles, apesons. aindiers.

Et puis tenailles; Et si i faut dras et touailles As grans gens et as garsonaiUes,

Buées maintes, 163

Coûtes, coisins, orîllie[r}s cointes, Couvertoirs forés, coutepoîntes,

Pour îaus couvri(e)r. Mainages (ait les îeus ouvrir A ciaus qui n*ont de quoi soufirir,

Se il n'espargne. 168

Or me couvient faire taverne ; Si i faut chandoille et lanterne,

Ce n'est pas gas. Les mesures, voires, henas (Or en as, et ores n*en as);

Or i(l) faut ville, 174

Broche de fer et la graille

1 57 B Comme le s. et 1. 1, 1 59 B Lun faut monter. 140 B M. sen scet bien a. Après u ms, B ajoute un tercet :

Or escoutez. Entre vous qui famés prenez.

Courtoisement les démenés.

Suivent les v. 147-158, 145 Corr. A grant ; B en son destroit. Ce vers dans B vient après les v. cités en note du v. 78. 145 B Par. 146 B Menageles [a] deffiez. 5Himj/d!dnjB/M î/. 81 et suiv. 151 BQjuetantîa. 154 B Or i. 157 B Or i. 158 B Et le saas pour saacier. B ajoute :

Le boletiau, Landier, cremelie, martiau

Et la truële et le cisiau.

1 59 B Apres t. 160 B Or i faut et. Après ce vers oti lit dans B :

Coûtes de plume grans et larges Et les coissins:

Or il faut cuves et bassins. Le coq, gclinesct poucins.

162 B Et huches m. 165 B Encor î faut il coutepointes. 164 B Sarges oreillïers biaus et cointes. 165 B Pour lit couurir. 167 B Ménage fait tout desdormir. 168 B Ne nul. 169 B Or rccouuient. 170 B Or f. chandeles et 172 B Or faut mesures et h. 17} B Voirres godes se tu n(e l)csas. 174 B Et la veille.

A rostir la tripe morille

As bevcours (Nus bons ne devroit estre glous). Or £fiut la pille a piler nous,

Pigne a pignîer ; i8o

Or ÙLUt Taguille et raguillier, Or £aut la faus au pré fauchier,

Qmc bien le sai. (fol. 205 c) Or est la dame en grant esmai Pour avoir guimple de Douai

Ou tel besoingne ; x86

Il ne li chaut ou perce ou gaingne, N[e] il li chaut s*it se mehaingne,

Prent croîs ou pile. Or faut ronsin, or faut estriUe, Or faut espec, par sain[t] Gile,

Q}Se poiht n*en ai ; 192

Hueses a ploi de Partenai Et espérons a bès de jaî

Ou d'autre guise. La selle couvient qu*i soit quise, Boucles et sangles a devise,

Oez quel painne! 198

Or me refaut faine et avainne

LE DIT DES OUTILS DE L HOTEL 57

Houce, chapel, comment quMl aille.

Or esgardés se s'est grant taille :

Formes et selles 204

Or faut platiaus et escuèlles, Petis sausiers et grans gatelles,

Fer a ferrer, Cerans, traoul, cote a coter, Etapeson pour mieux brider

Celle qui fîUe. 210

Or faut faucillon et fausille, Corde a puis et une seïlle,

Mail et martiau ; {fol. 20$ d) Dou vergus faut en un tonniau. Au fouter a6er[t] cheminiau ;

Or faut la moufle, 216

Or i faut et la rafe et roufle Et le souflet a quoi on soufle

Pour le feu faire ; Or faut louceron et lumière

22a

Et la chasiere et la foiselle, L'escuèlier et la muëlle Pour les chapons ;

(Ce est une trop maie essoingne I) Or faut cuves et cuverons.

Et fuerre et paille,

Et chaudières et chauderons

176 Corr, A merill B morille. 177 Aprls ce vers on Ut dans B

Le boissel 1 quoi l'en mesure,

Par saint Germain ; Or faot la met a pestrir pain.

Mult en y a de Iccbeoors, Les uns folz, les antres pïours.

C'est sans mesnre. Or &nt a la moustnre,

Puis manque un vers, et suivent les v, 87-88 et um série de 10 nouveaux vers, précédant Us v. 204-206 et 180-182. 179 Corr, A nois. 180 B Et escu- lier. 182 B le pigne au chief pignier. 185-188 manquent dam B. 189 B Ce nest pas guile. 191 B Espee a porter par la vile. B ajoute :

Ce n'est pas fraude. Pour chasticr.

El se la dame est foie et baude Or faut paeïes et trepier,

(Mieus Tant qu'el soit froide que chaude) Hanap de madré et hanapier.

Suivent dans B les v. 254 et suiv., formant la fin. 192-205 manquent dans B. 204 B A la chambrière deuencier {d'une main plus moderne). 206 B jadeles. 207-255 manquent dans B. 208 Après ce vers on lit dans A : Lice ride pour bien rider.

58 G. RAYNAUD

Tout a besoing ; 228 Fors qu'a grant painne.

Or faut de Taipjg et de l'oingnon ; Prions Marie Magdelainne

De Tuile faut en la saison, Qu*a cel siècle faciens tel painne

Pestail, mortier. Et tel ouvrage 240

Nouricc faut pour alaitier Qu'au derrenier soions si sage

Le petit enfent et bersier; Qu'a paradis taingnons Maingnagcl

Or faut mailluel, 234

Or faut lien et le bersueîl : Ànien f

En Mainnage n'a point d'orgueil

GLOSSAIRE

Les chiffres renvoient aux vers du texte de A; Us chiffres accompagnés d'un asté- risque renvoient soit à une addition de B placée dans les variantes après le Sfers indi- qué^ soit à une simple variante.

aguiUier 181, sorte de ménagère (et hraiiti 12 j, bandage de roue Q).

non étiti) à aiguilles. Cf. V. Gay, brider 209, tendre Je fil.

Ghss, àrch.^ t. It p. î6. brusét Sé^hrosse à bluter (?).

aindier 158, landier. buchoier m*, couper du bois .

apeson 158, 210» poids attaché au fu- buée 162, lessive.

seau. buletiau i$8*, bluteau.

badille 88* (adj. formé sur bade), de burel 24, drap de bure.

peu d'importance . carage 3 , au propre, bagage encombrant ; barat 1 1 , tromperie . au fig., tracas^ ennui .

bavete 235, bavette pour enfant. ccrant 208, séran, peigne à chanvre.

bers, bersueil 25s*, 235, hrceau. chasïere 223, armoire à faire égoutter bou 86, bouleau. les fromages.

boule 1 1 , fourberie. chaufoire 89, vase à eau chaude.

: 234 B Mortier pcsteil. 23$ B Lien a bers et. Après ce vers on Ut dans B :

Faut pour renfaut et le mailleil De ce qu't^y à'w. une partie.

Et la bavete, Or i faut il chaudière et sic, La nourrice faut, la cornete Havct, trefeu.

Ou le lait est que l'enfant tcte. Le soufflet a souffler le feu ;

Ainsi couvient Pot de cuivre i tient bien son lieu, Faire ce que a Ménage apartient. Ht, tout pour voir,

Mes multcn y a, se ne ment, Aus et oignons et porîaus voir

Qui n'en ont mie I faut il bien et charbon noir.

237 B Ccst trop de painne. 239 B Qucn cest s. souffron. 240 B outrage. 241 Corr. d'après B. /^ v. mq. dans A. 242 B Qjiicn p. laions.

LE DIT DES OÙTÏLS DE L HOTEL 5 9

cheminîau 215, chenet. lumière 220, lampe à main.

choe loj, cfjoucas (et non chouette). madré 191*, bois veiné. civière (le geu de la) 58, proverbe fai- mailluel 234, maiUot d'enfant.

sont allusion à îa place des porteurs mait 88, bucfje à pétrir.

d'une civière y tantôt dn'ant, tantôt mannais \-^o y aussitôt.

derrière, et par suite aux vicissittides morille 176, de couleur noire (?).

de îa fortune. moufle 216, gros gant à deux doigts.

Cochet (bis) 131*, voy. ricochet. muëlle 224, cage à poules.

cote 208, instrument à marquer [le na(î)sire y, étrange ^allures y extrava-

linge](}). gant.

coter 208, marquer [le linge](}). nous (pour nois), 179, noix (correction

comète au let 235*, biberoti^ petite bou- demandée par la rime et justifiée par

teille en forme de cornet. le diminutif nousiUe).

couroieste 122, petite courroie. outrage 240*, souffrance extrême.

coutre 123, couteau delà charrue, ouvrage 2^0^ fatigue.

cremelie 158', crémaillère. pelote 59*, balU de jeu de paume,

cuveron 226, petite cuve . pestail 25 1 , piloti .

escuèlier 224, dressoir pour placer les pille ïji^y petit pilon .

écueîles. rafle 217, instrument pour rdcler le feu.

espérons a bès de jai 194, éperons dottt ratoîre (pour rastoirc) 87, radoire(ser'

la pointe est en forme de bec de geai. vaut à égaliser le grain au fjaut de la faine 199, foin. mesure. Cf. Thomas, Essais de

faucillon 211, serpette. philoî. fr.y p. 367 ss.

foiselle223, moule à fromage en osier, ricochet, roitelet (oiseau). Cf. Mistral, fourgon 88*, instrument à attiser le feu. Très, dou felibr.y ricouchet.

C/, ThomaSt Essais de philol . fr.y ride 208*, fer à plisser (?).

p. 299 ss. rider 208*, plisser avec le fer.

foumille 88*, fagots pour chauffer le rongier 27, manger.

four au pain. rong[n]ier 28, grommeler,

(ronger 2()j faire trembler. rouable 88*, instrumenta retirer la

gaaingnier 116, cultiver. braisedufeu.

garsonaille 161, valetaille. roufle 217, pelle à feu.

gatelle 206^ petite jatte (exemple unique), route (a) 59*, de tnauvaise façon . goule (ventre et) 10, gros appétity sslacïct l'i^* y passer au tamis.

grosse dépense . sarge 164*, serge.

graille 175, gril. sasoire 88, tamis.

hanapier 191*, étui à Ixinap. sausier 206, saucHte.

havet 23s*, cr«:/«* d/c«. seillc 155, baquet.

huese 193, botte (cljaussure). seïUe 212, seau.

joint 122* y jottg (pour atteler lesbceufs). sempros 154, toujours; 47 aussitôt \ 50, lice 208*, /rr à repassery à lisser (?). 56, 77 tantôt... tantôt.

\o\xcQxon 220 y petite îouclx y plus spécia- scvîr (pour suivre) 115, soigner [la

lement coupelle supportant une lampe terre].

(t\ non lumignon). sic 235*, Jf/V.

éO G. RAYNAUD

souffrir 167, patitnUr. toumocre 88*, rouUau à pétrir Upain.

tablier 94, planche de tahU, traoul 208, dMdoir. Cf. Thomas,

taille 203, impôt\aufig,y charge^ ernbar' Essais dephiiol, fr.^ p. 392 ss.

ras. irefeu 255', barrt de foyer,

taverne (faire) 169, faire miiier de trepier 191*, support à trois pieds pour

tavtmier; aufig.^ monter sa maison îapoÛe.

d'ustensiles nécessaires à la boisson, tricfae6chet 1 30*, trompeur, qui manque tille 88*, pièce de bois de tilleul \ aufîg,, à sa foi.

bagatelle, chose de peu de valeur, ventre, voy. goule,

tistre 2}, tisser, veflle, voy. ville,

tourner 88*, pétrir Upain avec un rou- ville 174, veïUe 174*, vrille,

leau.

Gaston Raykaud.

ETYMOLOGIES ROMANES

ROUM. A6URÀRE

Ce mot, qui signifie « prédire », ne sVntend, à notre connais- sance, que dans une petite région du domaine roumain et spé- cialement dans le district de Bihor en Hongrie (voy. la Rn'ista CTÎticàliUrarày publiée par M. Ar. Densusianu, Jassy, t. IV, p. 336); il nous offre un intéressant pendant aux formes romanes déji connues qui remontent au latin a(u)gurarc (voy. Kôrting, LaL-rom, IVôrttrbuch, n* 326). M. Kôrting, suivant en cela Cihac, rattache à cette dernière forme le mot roumain urare, qui n'a rien à faire avec a(u)gurarc et dont Tétymologic doit être cherchée dans le laiin orare.

FR. CAMBRER

On donne toujours comme étymologie de ce mot, qui n'est lui-même qu'un emprunt fait au provençal*, le latin camerarc. Nous doutons cependant que camerare, qui n'apparaît que très rarement dans les textes et qui semble avoir été formé par les architectes, ait été connu du peuple. Il est, en outre, peu vraisemblable qu'un terme architectonique d'un emploi si restreint ait reçu avec le temps une signification aussi large que celle du prov. cambra et du fr. cambrer. C'est pour ces raisons que nous proposons de rattacher plutôt notre mot au latin camur, qui est souvent attesté et dont le sens de « recourbé, tourné en dedans », correspond mieux à celui des fonnes romanes citées. On sait que camerare n'avait d'autre signifi- cation que celle de a construire en forme de voûte ». Le

! . Lxs auteurs du Dktionnaire gâterai^ après avoir remarqué que la forme régulière devrait être chamlrn^ disent que le mot a être refait au xvi« siècle d'après le latin. C'est bien peu vraisemblable. L'emploi de notre mol parle pltttAt co Civeur d*une origine méridionale.

62 O. DENSUSIANU

français cambrer reproduirait donc un dérivé verbal de camur,

FR. CORON; ROUM. CODRU

Diez faisait remonter l'ancien français coron à une forme latine *quadro, sans pouvoir cependant expliquer d'une manière satis&isante le passage de a à o^. Cette étymologie, acceptée aussi par M. Kôrûug (lat.-rom. \\ôrierbuc}3,n° S^zS), doit être maintenue, et nous tâcherons de montrer que la seule difficulté qui pourrait s'y opposer (le changement de a en o) peut trouver son explication.

Le mot de l'ancien français ne doit pas être séparé du roomain codrUy qui présente la môme particularité. Codru a aujourd'hui en daco-roumain deux significations assez différentes l'une de l'autre, mais qui remontent en dernière ligne à une même idée primitive. Il signifie « quartier de pain » en même temps que « forêt ». En macédo-roumain on le trouve encore avec l'acception de a montagne couverte de forêts * » et de « place d'un village ». M. Weigand, le dernier qui se soit occupé de ce mot, le rattache au latin quadrum, mais il ne trouve pas non plus la vraie raison pour laquelle quadrum serait devenu codru qui suppose un *quodrum*. Le passage de ahOy dit-il, peut s'expliquer en admettant que quadrum a passé tout d'abord en slave, le changement de a en o n'est

1. [Ce qui peut appuyer ce rapprochement, c'est rexistencc en auc. fr. de l'adj. citambre, au sens de « courbé ». II se trouve dans Guillaiitw Je Dole au V. 4700 : Celé qui ti^ert torte ne chamhe ( : clximbre), et il est singulier que Téditeur Tait oublié dans son Glossaire. On pourrait, il est vrai, voir dans chambre un adj. verbal tiré de cfjamirer, mais rien n'y autorise, et il est pro- bable que nous avons le représentant du lat. camur. G. P.]

2. Eiymologisihs JVorterbuch der romauisclyn Sprachen , 5e édition ,

PP- 5 55-5 $4-

j. Ottc signification a existé aussi en daco-romaïn. On trouve cotlru : a montagne » dans des textes du xvi* siècle. Cf. B. V. Hasdeû, CuviuU âin bâtrîni, t. II, p. 19S.

4. G. Weigand, Zweiter Jafjresbericht des Instituts fur rttmânische Sprache^ Leipzig, 1895, pp. 217-218. M. Hasdeù considérait notre mot comme d'ori- gine dace, htoria criticù a Romînitor^ t. II, pp. 64-65.

èTYMOLOGIES KOMANES 65

pas un phénomène bien rare (comp, txUû = acctum). M. Weigand ne serait jamais arrivé à une telle conclusion s'il n'uvait pas perdu de vue Tafr. conm pour lequel on ne peut admettre aucun intermédiaire slave, One autre objection non moins sérieuse s'oppose à rexpiication de M. Weigand. On en trouve dans aucune langue slave un mot qui corresponde à la forme roumaine en question; il e^t bien téméraire d'admettre, comme M. Weigand, qu'un mot comme cclui-iâ aurait dis- paru de tous les dialectes slaves. 1! reste donc à expliquer par d'autres moyens l'existence des formes *quodro, 'quodrum, qui doivent être mises à la base de lOroHy coàru.

Dans le Corpus gknsanorum, t. II, p. 5 51, on trouve la glose Ksd^ : codra quadra '. Au t. III, p. 183 du même Corpus, on lit encore la glose suivante, qui n'a été relevée par aucun de ceux qui se sont occupés des tonnes romanes en question : nomos : codra. Nous voyons ici codra traduire le grec vopLéç, avec le sens de « portion [de pain] »>, et correspondre exacte- ment au latin classique quadra, comme plus haut. Si on rapproche de ces passages la forme Quodratus, pour Qua- dratus, attestée dans une inscription d'figypte de Tan 199 après J.-C. et citée par M. Scliuchardt \ on pourra admettre avec nous qu'il a existé en latin vulgaire une forme ^quodra, à côté de quadra, et *quodro, quodrum = *quadro, qua- drum. Le passage de a ^ 0 a être déterminé par TmAuence de la semi-consonne labiale ^ *, comme c'est le cas dans \ocare qui a remplacé le latin classique îwrârt*. En dehors du français, du roumain et du grec^ le mot *qtu>drum (^qttodra) a pénétré aussi en albanais nous trouvons kodrs avec le sens de « montagne, colline ^ ». Il se peut très bien que le roumain

I. Dicz citeauisi, d*après Du Cangc, cette glose sans lui atuchcr l'impor- ttDce qu'elle mérite.

i. VokaUsmus des VulgàrlaUins, i. I, p. 175.

}. Cf. Srhuchardt, l. i.. et E. Sccimann, Die Ausspracht dts LaUJin^ l^$» p. 171.

4. Sur d'autres forrnes grecques appareniccs à xôSps, d. Sophodts, Crrek Uxûxn ojitic rotnau and by^antitu pniods^ 187O1 s. v. xoSpelvTriC, clSchuchardl» /. c, t. Il, p. >io.

J. Cf. G. Meyer, Blymologiicini IVôrtethuch âér aibanfsischrn Spracbe^ Strasbourg, 1891, p. 193.

»4 O. DENSDSIANU

codru^ avec le sens de « montagne» forêt », soit un emprunt fait à l'albanais et que le latin "quodrum n'aitsurvécu dans le parler roman de la Dacic qu'avec la signification de « quartier de pain ». Quoi qu'il en soit, on ne trouve aucune difficulté à rattacher l'albanais kodrc (et le roumain codru) à la même forme latine ^quodrum, puisqu'une forêt vue de loin a l'aspect d'un carré *. Au point de vue séraasiologique, cette altération du sens primitif de quadrum ne présente donc rien d'anomiaP,

ROUM. FUNINGINE

Dans son étude sur la phonétique roumaine, publiée au 1. 1 du Grundriss dcr rotnaniscfkti Philologie, M. Tikiin, après avoir constaté le passage de l laiine intervocalique à r en roumain, cite le mot funingine = fuliginem, qui ferait exception A cette règle par la présence de n au Heu de r (^furif^iiic) '. M. Tiktîn ne nous dit pas pour quelle raison / aurait subi ici un autre traitement. Nous tâcherons d'expliquer cette particularité et de montrer qu'il ne faudra plus citer^ à la manière des vieux grammairiens, ce mot comme une exception à la règle générale. On verra que ce n'est qu'une exception apparente.

Un fait hors de doute c'est que fumngirtf doit être rattaché à fuliginem; mais pour expliquer la forme roumaine en question, nous croyons que, par une étymologie populaire, très naturelle d'ailleurs, fuligo était devenu *fumigo, sous l'influence de fumus-*. Dans un glossaire du moyen âge nous

I. Cf. Weigand, !.c. Il n*cst pas sans intérêt de rappeler ici que fOt/rM apparaît en vieux roumain avec le sens de « portion de terre bien dclimiiéc a (Hisdeû, CuvinUdinhiUritti, t. I, p. 165), ce qui nous fait mC'me comprendre comment *quodrum a pu recevoir U signification de a fordi ».

3. Je dois remarquer ici que l'ancien fran(;ais cor, écrit aussi c^rn = « angle », ne peut pas venir de quadrum, comme le croyait Dicz (/. c.)- Au point de vue de la phonétique française, cette étymologie est impossible. Ce mot n'est autre chose que le latin (ornu; le roumain (orn, qui remonte à la même forme latine, s'emploie aussi pour désigner l'angle, le coin d*ua objet, exactement comme l'ancien français cor, corn,

). fl lotenokalischcs cinfacbcs / wird r ; sarê = salem; bisweilen n : fumingifu 1^ fuliginem *> (p. 447).

4. D'aprts Pott (Bfitrùgt ^ur Kunde dtr indcgnynaniscffm Sprachett^ t. VIII, tS&4, p. 62)t fuligo serait même un dérivé àc /umus et aurait été précédé par

MOLOGIES ROMANES 65

trouvons même cette forme fumtgo avec un autre sens, il est vrai, et comme dérivé de /«m Mi, non comme résultant d*une confusion de fuli^o zxcc fumns. Elle est glosée par ncbula, turbo {Corpus glossariorum laihiorutn, t. V, p. S^i)- L'existence d*un autre fumigo, à côté de celui-ci, nous semble assez vrai- semblable*.

De 'fumiginem on doit avoir eu, tout d'abord, en roumain •furaigine; mais, par Tinfluence dissimilatricc d'une labiale(/) sur l'autre (m), on est arrivé à *fumgini' (comp. fnrnicà =^ for- mica, ftalhà =malva)^. *Fumgine est devenu plus xard/unin- gine^ par un phén,miéne analogue à genumik' ^= genuculus, rnàrunt (forme dissimilée d*ua plus ancien *fnànutit^ = minu-

tus, etc.

ROU.M. INTARITARE

Ce mot signifie en roumain « exciter, irriter, faire du mal «. Cihac dit qu'il vient du m latin inirritare (avec / copulatif intercalé') ». La même étymologie se retrouve chez M. Kôr- ting, Lat.-rom, Wôrtcrbucby n" 4502. On voit du premier coup

*Jumigo, Mais cette étymologie ne s'appuie sur rien de solide. L'origine de Jttligo reste toujours obscure.

I. Oa pourr-iit même admettre que tumigo, avec le sens qui nous est donné par la glose citée, a éià intlucncé par fuligo et a reçu la signification de celui-ci. Nous n'avons qu'à rappeler ici la forme calu(tn d'un texte italien publié par M. Mussntia {Motmmrnti antichi di dialctli italiani, dans XcsSitxungS' iierichU Jer k, JkaJfmie d<r IVissenâiafUH {pfjtlos.-hist. Classf), Vienne, t. 46» p. 217), la stgnitîcaiion de « suie 0 est duc à une confusion de caligo arec fuligo. Il nous semble cependant que la première explication que nous avons donnée est plus plausible,

3. Dans son compte rendu du livre de M. Grammont, La dissimihtion con- umanii^M, M- Gaston Paris doute beaucoup de l'influence dissimilatricc d'un p sur une m (Journal tUs Savants^ 1 898, p. 87). Nous ne savons pas si M. Paris a la même opinion pour toutes les labiales. Il nous semble cependant avoir lu cela entre les lignes. Même en admettant, avec M. Paris, que Vn de nap€ et de néfif{— mappa, mcspilum) n*esi pas un produit de la dissimilaiioa, il reste toujours quelques exemples, comme Tcsp. ttirmtro = niembrum, la port, n^mbra = memorat et tes formes roumaines citées par nous, qui confirment l'existence d'une dissimihtion entre labiales.

5. Dfctiomujire d'étymolûgit daco-rotrutnff 1870, t. I, p. 179.

xxytu. 5

66 O. DENSUStAKU

que cette ciymologîe ne peut pas (>tre prise au sérieux. Q.u*est-cc que pourrait signifier ce « / copulatif » que Cihac y introduit pour justifier le rapprochemenr fait par lui? Intàrîtare ne peut être qu*un dérivL' verbal du latin interitus. Et en effet, dans le Corpus gîossariorum latitwrum, t. IV, p. 105, nous lisons : lacessunt : interitant, qui explique ausïii bien que possible le mot roumain.

FR. MANCHE

Dans le Dictionnaire général de la langue française, nous trouvons, ;\ propos de la forme masculine de ce mot, la remarque suivante : « Du lat. pop. *manicum, wi. j., forme masc. correspondant i manica. ^ On n'a rien à dire contre cette êtymologic, mais nous rappellerons ici que manicus ne manque pas d*ètrc attesté dans des glossaires latins comme une forme populaire, de sorte qu'on ne devra plus le citer avec un astérisque. Ainsi, dans les glases de Placidus, nous lisons : •i manttbrium qnod rusfici nianicutn dicuni n (^Corpus gîossariorum laîimrum, t. V, p. 115; c'î. p, 507). Au même tome du Corpus, le mot capulus est expliqué par manicus de spata (p. 174) '. On trouve cependant à la glose suivante capulus = manica gladii. Faut-il supposer que manica avait reçu dans le latin populaire la signification du masculin français manche} La chose n'est pas impossible; Diez avait même exprimé cette hypo- thèse ^ Il ne faut cependant pas accorder trop d'importance à cette glose, puisque Tltalien manico et l'hispano-portugais mango nous montrent bien qu'il faut sans doute partir aussi pour le français d'une même forme, manicum, que les lexicographes devront désormais introduire dans le dictionnaire de la langue latine.

IT. SCOTEÇAR; ROUM. CUTEZJRE

Dans la traduction vénitieime du poème de PamphiU, publiée par M. Tobler d'après le nis, HamUton 390 de la Bibliothèque

1. Truis exemples de nustneum, rnannus sont cîtès aussi par Du Cin{;c d'après des documents du moyen i^e.

2. Et)mc4c£ihhfS tyorkrhkh drr rotn. Sprachfn, p. 205. Cf. G. Kôning, LaUimich.-rûmanischeê Wàr(erbu<h, vfi SO^é.

I

I

èXYMOLOGIHS ROMANES 6j

royale de Berlin (^Arcbivio glottoîo^ko italianOy t. X, pp. 177 et suiv.), on trouve au vers 182 le passage suivant : Qeti mcra aoso ne no scoU\-ava adir ati H mià thsiderij. Le mot scoteçava ne peut avoir ici que le sens de « oser », comme le traduit M, Tobler au glossaire (p. 255) et comme il résulte du texte latin du poème, qui porte : Nostra me ausus cram vota refcrre tibL Le m^mc mot se retrouve, sous la forme scoteço^ dans le poùme didactique de Girard Patecchio (v. 527), publié de même par M. Tobler '. Cette forme de l'ancien vénitien se rapproche du rounaain cuU:iarf qui a la même signification et qui doit remonter à un même mot, dont nous t.kherons d'élucider ici l'origine. L'albanais kud^on appartient aussi ù la même famille de mors *, ce qui nous a fait croire un moment que nous avions aflfaire à un paot d'origine illyriennc. Quand une même forme s€ retrouve eri vénitien, roumain et albanais, et que l'on ne peut pas en trouver l'étymologie en latin, on est tenic de lui attri- buer une origine illyrienne *. Ce n'est cependant pas le cas, croyons-nous, pour notre mot. La finale 'e^at\, -e^an' nous montre quUl faut chercher plutôt Tétymologie de ces formes dans quelque mot grec. Et en efi*et, on trouve dans des glos- saires et chez des auteurs du moyen âge un mot qui peut eocpliquer le vénitien saHecar aussi bien que les formes analogues du roumain et de Talbanais. Dans le Corpus glossariorum lait- norum, t. II, p. 354, on lit la glose xott^Jw : aleam ludo. Au t. III, pp. 334, 439, 478,1e substantif xoTTiffTi^; est expliqué par alcator; au t. V, on trouve le même mot dans les gloses : alco : cotiistis(p, 438)^ alcatur : cotisât (p. 264), cotizat: teblith (p. 349)*. Toutes les formes sont des dérivés de

î. Das Sprucffgcdii ht lits Girard Pateg, dans \e^ Abhandlungfn âfr kàntgUcben Akadtnitder Wisienk'hafUn ^u Berlin^ 1886.

3. Cf. G. Mc>'Cr, Êtpttoiûgischfs wèrUshuch der aUt, Spracbe, p. 209.

j. Voir, par exemple, ce que dit M. G. Meyer à propos du vén. nntssOt roum. muicol et alb, musk dans les Indogentutnische Foruhtotgen^ t. I (1891), pp. îaa-jaV

4. Voir d'auu-es exemples chex G. Sophocles, Gtetk Uxicon of the roman and hy^antine ptriods, Boston, 1870, p. 6S4 Nous ne sax'ons pas si le mot existe encore dins quelque dialecte grec d'aujourd'hui. Nous n'avons pu le trouver dans aucun dictionnaire grec moderne. Le Tescro dtila tingm grfca-voJgart td ttatiana. Pains, 1719» de A. da Somavcra, dte U forme n9tG> ^ « ardîre,

68 O. DENSUSIA>'U

xdrcoî = « ». Karriïw est donc synonyme de xugciJw, et si nous pensons au sens de u risquer, hasarder » qui s'était développé du sens primitif de ce dernier jouer aux dés), 011 pourra flicilcment comprendre comment xctTiÇw aussi a pu recevoir la signification de « hasarder, oser ». Le mot n'est employé, il est vrai, dans aucun texte du moyen âge avec le sens de « oser », mais il a pu exister dans la langue parlée : on sait combien le jeu de dés était répandu au moyen âge * et combien dès lors il était fiicile que le sens du mot qui le désignait ait subi une amplification.

La forme simple du mot grec s'est conservée en roumain et en albanais ■*, le vénitien jri?/(V'ï'' est un compose avec la préposition

ROUM. zàda, rr. dedà

Tous les philologues ont reconnu dans ces deux mots le latin laeda, mais en déclarant qu'il fallait partir d*un daeda pour pouvoir expliquer les formes du roumain et de ritallea (sicilien), Daeda est attesté dans deux passages du Corpus ghssanorunt îaiinorum qui ont échappé à tous ceux qui se sont occupés de ce mot. On trouve au t. II, p. 265, la glose gréco- latine : Baoïûv : he deda, hec teda (cf. p. 496). Voilà donc confirmé un fait qui était déjà assuré par la comparaison des deux forme romanes. D'après quelques philologues, daeda serait de iacda par suite d*un phénomène d'assimilation. Der- nièrement, M. G. Meyer a exprimé Tapinion que daeda repré- senterait la forme la plus ancienne et ne serait autre chose que le grec 5iîx (ace. de 5i^) qui aurait pénétré en latin à

havCTt ardire, osare «, que nous n'avons rencontra dans aucun autre dktîonnure ci qui est donnée par Gh.ic {Dictionnairt d'ètymologU Jaco-romau, éèÊKmts 5/dtrf, etc., p. 65^) comme étyniologie du roumain catt^art, Nousae saunons dire ^ le md existe encore en grec et s*il a quelques rapports avec

I. Cf. A- Miodonski, Anomymus aévfrsus aiêatarts, ErUngcn et Ldpug, 1889, pp. 46 et suiv.

a. On ne peut pas admettre, comme Miklosîch {Beitrâft ^r LatUlcbrt dtr rwm. DUifkU, CcmiotM'ttî-mtts, II, Vienne. iR&j, p. ii). que le rouroain emif^rt vient *dc l'albanais hJ^-k, Il se raïucbe dirvctement à U forme ffcajact sms aucun intcrmédxaire. Kmé^ ne scraisjaiiiAb dcx^nu €utt^arg.

4

ÊTYMOLOGIES ROMANES 69

une époque Ton disait encore îa£5a. Taeda serait, d'après M. Meyer, la forme la plus récente, provenue de darda par dissimilation '. Nous sommes plutôt disposé à admettre, avec M. Meyer-Lùbke ', que daeda doit son d initial à une confusion avec le mot grec mentionné plus haut. Il se peut même très bien que ce changement se soit produit en Sicile le latin était plus exposé que partout ailleurs à subir l'influence de la langue grecque.

Ov. Densusianu.

1. Indogermanische Forschungen, t. VI (1896), pp. 119-120. Cf. aussi O. Keller, Lateinische Volksftymologie und VtrwandUs^ Leipzig, 1891, pp. 154, )o6, qui explique le changement de </ en / par une influence des mots com- mençant par taed-.

2. Grammatik der rom. Sprachetij t. I, § 427*

ULTIMA PAROLA

SULLA VARIA ORIGINE

DEL SANFRATELLANO, NICOSIANO E PIAZZESE

In Sicilia abbîamo due gruppi di dialetti non sidliani : a) V aîhanese di Pîana dei Grcci, Mezzoiuso, Contessa, Palazzo Adriano, Santa Cristina; h) il gallo-italico di San Fratello, Novara, Piazza Armcrina, Aidone, Nicosia, Sperlinga. È sopra questo second© gruppo, che abbiamo V onore di richiamare 1' attenzione dei lettori della Romania.

Rimandando chi ami conoscere dettagliatamente non solo i risultati dei nostri studî, ma anche i fatti, su cui ci siamo fon- dati per ottenerli, ai precedenti nostri lavori sul soggetto ', siamo costretti di limitarci a pochi cenni, a fine di aggiungere anche in base aile ricerche di aliri glottologi, ulteriori conside- razioni aile già fatte, e trame le conseguenze, che più rigoro- samente si possa.

Pria di ognî altro ci occorre awertirc, che i luoghi dell* isola, decisamente gallo-italici, sono quelli sopra enumerati, e non quelli che nclle cronachc medievali figurano, corne îom- bardiy denominazione complessiva e indetonninata, qualî Butera, Corleone, Vicari, Santa Lucia, Capizzi, Randazzo, Maniace. GU ultimi tre sono anche da W. Meyer-Lûbke* consi-

1. Fonelica dii dial. galîo-ital. di Skilia^ in Arch. ghtt. /7j/., vol. VIII, p. }04-l6; Afinità deî dial. di San Fratello cou quelli dAV Emilta, Torino, Loeschcr, 1886; Stilla varia origine dfi dial. gallo-it. di Sii'iL,iiic., in Arch. stor. sic, 1897, p. 390-459-

2. Staliittischt Grammatiky Leipzig, Rcisland, 1890, *j 10. Ira i nomi dei luoghi albanesi di Sicilia, citati ivi, '", 6, maiicano quelli di Palazzo Adriano e Santa Cristina. Quanto a Maniace, che oggt non désigna che il casiello di Uird Nelson, Duca di Bronte, sebbene il Z)/{. topogr. della Sicil. di Aniico lo dia corne « paese popolobo 1, sembra bene non avère designato un paese vero c proprio neppure anticanientc.

pi

SULL ORIGINE DEL SA\FRATELLA\0 Jl

'iaz/a, Nicosia, etc. ; ma egli si

erati coniplessivainente con

fonda sopra un dato antico, incsatto.

Quando noi, raccoho sui luoghi siessi un sicuro e suifictente maieriale, potemmo compiinrc la Fonciica dei diaktti gaUo-itaUci Siciîia^ non si cra sull* argomenco pubblicato, che qualche saggio d' indole lettcraria, e qualche raccolia di poésie popo- lari '. La nostra Fonetica dette luogo ad alcune « Osservaxîoni e a^giunte, etc. " di G. Morosi, siate emcndate in parte da noi =, ed ebbe la fortuna di darc un largo contributo alla Gramm. sta^ îiana ed alla Gramm. ddk linguf roman:^e di W. Mej'cr-Lûbke, scbbenc in quest' ultima opéra Meyer-Lùbke non citi il nostro nome^ e nell* altra lo faccia solo una voira, per confutarci. La intima connessione del nostri dialetti col gruppo gallo-italico vcniva definitivamenie accertata e stabilita; e insicme venivano messi in rilievo i punti di differenza più caraneristicj rra quelH, che a noi par\'ero conie i tre tipi del gruppo nostro: ilsanfra- tellano, il nicosiano e il piazzese.

Restava il compito di definire la précisa patria di ciascuno di questi ; compito che sin d* allora non avevamo creduio di addossarci per intero, c di proposito. Tuttavia, nell' « Avver- tenza preliminare » délia Fonetica, avevamo indicato, nclla forma brève e modcsta di richiami ai numeri dcUa stessa, certi punti di contatto tra il sanfratellano e il piemontese seiten- trionale, nelle suc fasi più antiche.

t. 11 primo autore che dcssc i]ujlchc notîjcti sulle colonie lomharâf e qualche saggio popoUre, fu Lcon.irdo Vigo, RaccoUa amplissima iki canti popûlari uciliani, Catania, nuova ediz., 1870. Egli confuse le colonie lombarde, indicate dai cronistt, colle invasion! longobardiche, e giunsc a qualiftcarc il sanfratellano corne n favclla di Satatusvi a. V illustre storico Michèle Amarî, Stor. J/i Mitstilm. in Siciiia^ I-irenze, Le Monnier, 1854-72, toccando la quc- sttooe ddia origine dci nustri p.iesi lornhriH, s* indirizxava ad Angclo Oe Gubcnulis pcravcmc iumi linguisiici. La lettcra di risposta, iniitoUtj ! canti icmbariii di Sififia, à pubbl. net PoUtecnico, Milano, 1867. Men/ioniamo pure : L. Vasi, />/ diaUtlo sanfratfHauo, Paicmio, 1875, c D^IU Ofigttti e viundf di San FraUllo. l'alcrmo, 1882; R. Koccclla, IWnhfurio délia Ungna fiarlûia in Pia^^^t Antietina, Caliagirone. l87>, e Pofsit e proye. etc., id., id., 1877. La nostra Fomlica comp;irve nel 1884. in / rit.

2 Arcb. Ghttoi. ital, vol. VIII, 407-22; IX, 4>7-9* Q."' lealnientc Monni sconfcs&a « cette inesaiteixe, che ncssuoo mc^tlio del doïto siciliano poteva avvcnire ».

72 G. DE GREGORIO

Quesii punti erano i seguenti : i) a tonico, anche in posizione, riflesso per â [Num. délia Fonei, i|; 2) e lungo, anche in posiz., e nelle formule -ent,-ekd, -ens pevai [N. 3, 9]; 3) E brève per ai [N. 14-15]; 4) u brcvc per au [N. 31]; 5) CA per ct" [N. 82J; 6) ct per;/ in mardait [N. 84J; 7) ga pcr;V [N. 87].

Se non chc, in seguito, fiimmo indotti a ristudiare la que- stionc, sembrandoci non completamcntc siairo un confronte con fasi ricostrulie, non docuiucnlate. Pensammo che, se i dialetci dell* Itaha settentrionale hanno subito delle série evo- luzioni nel corso dei secoli, anche le loro propaggini siciliane forse non dovettero de! tutto sottrarsi ail' infiuenza délia evoluzione. Non potcndo raftrontare le fasi antiche, per man- canza di documcnii, credemmo dovere contentarci dci rafironti coi dialetti vivi. Inolire, il confronio, anche rispcllo ai punti considerati da noi, ci parve riuscissc più prortcuo e significative con altri terrîtori. Finalmente constatammo che vi erano pure degli altri fatti caratterislicï nella Fonetica nostra, che dessero appiglio alla idea deir affinitA con aitri dialetti chc non il piemontese. Il risultato di questi siudî comparativi ^ con- dotii tanto sopra osscrvazioni dirette» che sopra lavori verna- coli e filologici, pareva inducesse ad ammettere ncl sanfratellano un fondo emiliano, a cui si fo&sero mescolaci degli elemenu piemontcsi e lombirdi, in piccola proporzione. Alcuni degli argomcnti addotti per V affinité col piemontese venivano a essere riconosciuti più validi a moslrare l' affinitA coU* emiliano; altri, considerati attentamente, da vicino» tradivano un valore alquanto dubbio. In fme ben 7 altri argomcniî faccvano tra- boccarc Li bilancia dal lato dell' emiliano.

Ecco quest* altra série di argomcnii : i) a tonico per 5; 2) R consen'ato ncgl' infiniti di prima coniugazione; 3) facile cli- sione delle alone; corrispondenza nel fatto chc d rimane inalte- rato o viene atHevolico, anche nella medcsima radicale, secondo che si vcnga a trov.ire in posizione atona o tonica; 4) e + N

t. V. nosir Affiniià etc. Per questo lavoro ci gîovjvano il Saggio sui Jia- Itttl galîû-it, di B. BiondclIi,qujlchc jcccnno dcII* Ascoli, Arch, Glotl.^ I, 35, 293, 298, gli «pogli da noi Uxx\ in G. Papaniî, l parlari italiatti m CrrtaUo, e net DizioTurt» piemontcx, di Sani' Albino, bolognex, di G)roncdi Hcni. pirmigiflno, dt Uario Peschieri, modcnesc, di Em. Marancsi.

SULL ORIGINE DEL SAKFRATELLANO 73

allargato in ai; 5) r in posiz. allargato in ai; 6) o dei suffissi -ONE, -ONA (-una) -ore, ora risolto in au; hoc in ;^fl; 7) u brève od in posiz. cangiato in au, a; 8} c palatino, iniziale, e lalvolta implicato, riflesso per \ (^ + ^); 9) ci palatino iniz. e interno, pcr ^.

Altri fatti poî riferivamo o al fondo comune gallo-ltalico, quali le apocopi d' intere sillabe finali contencnti deniali, liquide o r, o a influenze del siciliano, quale il fatto di JJ = L iniziale, che non è gaUo-italico, ne romanzo, siciliano. Per noi esso ha ragionc nella imitazionc esagerata, e perciô crronea, del fcnomcno sicil. di dd ^= LL implicato '.

Ai primi risultati délia nostra indagine si atteneva, o accostava, W. Meycr-Lùbke, che fu indotio perô ad applicarli a sostegno délia origine, più particolarmente, monferrina. Egli addusse anche délie altre ragioni che, seconde il siio giudizio, appoggiavano qucsta idea; e mise avanti dei dubbi sulla vali- ditâ délie nostre prove, (iuesti dubbi ' si poggiano sulla idea, che a ncir cmiliano diventi a solo in date condizioni, e che i fenomeni da noi rilevati non sicno csclusivamente emiliani, ma anche o del piemontcse attuale, o del piemontesc dell' xi secolo. Mcyer-Lubkc pirriva appunto dalla idea, che la origine di tuttc

I. I nuovi vcnutî sentivano in bocca ai Sîciliani parole corne addattarî allattarc, addunarist accorgersi, etc. ; cercando di piegare la loro lingua aile condizioni siciliâne, e non cssendo in ci6 guidati dalla conosccnza îstintiva ed esatta délie leggi glottichc di qucsto dialcttn, cotninciarono ad inipicgare U 44 *n luogo di L sccmpio ini/iale, perci6 anche nei casi in cui il siciliano Lasdava intatta la liquida; e cosl dissero àdàt per latte, ^çfniij per luna » etc. De Greg., Affmità. etc., pag. 15. Una spit-gazione diversa darebbc di quesio Cano Meyer-Lùbke {Gramm. d^s iang, rom., Paris, Weltcr, 1890, I, 10), ammeitendo che « A Tépoque l'influence sicilienne (o gallo-italica ?) s'exerçait, -/- ait été prononcée Ibrtement, comme H, tandis que / intervoca- Uquc était identique à l sicilienne ». Un' altro caso di questo gencrc si ha odia riduzionc di / tra voc. a r ncl sanfr.. mentre aloini vcrnacoli sicilianî soltanto cungiano in r il d iniz. o ira vocali.

3. Non si capisce corne alcuni abbiano aeduco che Mej'er-Lûbke volesse acerbamcntc contradirc la nostra opïnione deil' u emilianismo », e che addu- cesse degli argomcnti decisivi contro di C5sa(/M/. Gramm., p, 8, n. i). Le suc pacate osscrvdzioni rivelano anzi, se non crriamo, una certa riserbatetza, se non indecisione; lo mostrano le frasi : u soweit ich die Beispiele ûber- ichc », auch das ist nichi ausschlîessUch Emitianisch », etc.

74 DE GREGORIO

le colonie gallichc di Sicilia si dovessc connettcre colle no/.ze di Adelaidc, figlia del Marclicse di Monferrato, con Ruggiero.

La fama giustamente goduta in Italia dall* insigne glotiologo fece si, che la opinione del « monferrinismo >• e dclla « origine unica » si facesse sirada, scbbcne su! secondo pimto non senibrache cgli si pronunziasse esplicitamente. Cosi E. Gorra' la condividc, R. Renier' vi propende. Ma C. Salvioni J deci- samente se ne stacca, in riguardo al primo punto, osservando chc Mcyer-Lùbke dovette a quella credenza cssere « indotto forse in molta parte dalla tradizione storica »; pcr lui il sanfratellano essendo piemontese. Anclie anteriorniente c indepcndcnccmcnte dalla fama di Meycr-Lûbke, parecchi folkloristi e leiterati parte- ciparono di quelb credcnza, qualc, ira' primi, G. Pitre ■♦, rife- rendosi a Vigo e De Gubernaiis.

Ecco dunque corne funinio costretti a ristudiarc la questionc anche dal lato storico, par determinare se unica, o varia, fosse r origine dcllc nostre colonie, e dove si fondasse la cosidetta tradizione storica délia venuta dei Monferrini. Sebbene ci gio- vassimo de!!' opéra sopra ciuta di Mich. Amari, non rinun- ziammo di consultare i principli fonti di cui, per V epoca che ci riguarda, egli si serve, cioè Romualdo Salernitano, Ugo Falcando » e vari diplomi.

Il fitto délia motteplicit.i délie infiltrazioni di gente iuliana in SicUia, durante i secoli xi, xii e xin, risulta assolutamente indiscutibilc. Le più iniporianii certo sono quelle avvenuie

I. Lîtt^w neclaiittr, MîUno, H<K'pU, 1894, p. 97.

1. Il 0 GtUndo n, dramma sacro pifmonUsf., etc. Torino, Cîausen^ 1^9^* p. 5, n. X. Qjjot* opéra è iniponantc anche perche offre un sicuro lesto mon- fcrrino; ma la distinzionc di alto (ïucridlun.) chiiM (scttcnir ) monferrino che si Cl non pu^ risolverc U questionc nostra.

\. în un jrticolo iti Kritinh. Johrfshrtnht ùh. <Ue Forfithtittt ttrr rontOfl. /*WiV., hfrauig. V. K Voïlmnlïeri*. R. Oîti\ Mùnchcn, OldcnlKnirg. I,p. lao.

4. SttUi di pùeMù pofk)iarf, Palcrmo. Pcduno. 1872, p. io6c ftctaim. Pilr* confessa pcrô chc « non un canto lombarOo Sicîlia.... Uo\ii) di pi>rTC a riscomro coi|caniidcl Monferrato •, p. 326.

}. Pcr la storta del rcgno di Guglielmu I e di parte qucUo di Gugt. Il, ùuo al 1 169» r opcra di <|ue5to autorc, chc, yc non siciliano, fu certo in Sicilia in quel tomo, * coMMdcrau corne fonte pnnci|«lissinia. G. B. Siragusa, La m l/itiona 0 Uhft Jt rtgno SiriUe in Fonti /vr ta stor. d'Ital.^ Roma, 1897,

p. VII, XV|«.

SULL ORIGINE DEL SANFRATELLANO 75

ronntL* la conquista dei Normanni. L' eleniento prédominante neir esercito dei tigli di Tancrcdi, vcnuti a conquistar V isob, era costituito da venlurieri italiani, accorsi da varie regioni, sebbene alcuni capi dell* esercito fossero normnnni, o francesi. Questi venturicri, compila V impresa, rimasero nelF isola, a^ruppandosi in dati ccntri, sotto qualchc loro capo, e in scgniio anche artirando da terraferma i parenti e gli amici. Q>si ebbero origine i vari villaggi, detti dai cronisti îombardiy che soscenncro una parte alquanto spéciale negli avvenimenti deir epoca, tra il iï6r e il ii6X, e che di li a poco poterono offrire al Gran Cancellierc Scefano di Rotrou un esercito di bcn 20,000 combattenti.

Il ricordo piii anrico di questi centri di popolazione, spéciale per lingua e raxza, ahbiamo noi trovato in un atto ' del 1 145, con cui si concède alla Rcgia Cappella di Palernio la tcrza parte dellc décime di Castrogiovanni e di Aidone, « praeier illas, quas capellani Domini Régis habituri sunt de Balio et Lmn- hardia, quae sunt de Capella Castclli «. Perô, anche prima dclla conquista normanna, iigurano nell' esercito di Maniace, coaibattente in Sicilia nel 1058, schiere di soldati di vcntura italiani.

K ben noto V avvcnimcnto délie nozze di Ruggero con Adelaide, o Adelasia, figlia di un Bonifazio, deiio da Malaterra, 0 famosissimo marchese degP Ii:ili;ini h, e da Pirro e Muratori identiticato con Ik>niùzio del Mont'errato. Qucsto avveni- mémo, che tii segutto da altri parentadi, stretti tm le due f'amiglic, non mosim che la ripiitazione délia famlglia di Ale- nmo neir esercito di Ruggero. Perô, non gli si devc dare più importan^a di quellache possa avère. Dato pure» che un nume- roso seguito accompagnasse Adelaide e i suoi congiunti, di gran lunga più iniportanii erano stati i preccdenti arrivi colK esercito normanno.

Le condizioni di disagio prodotte dal p.rssaggio dal régime fcudale a quello dei Comuni furono la precipua causa, a giudi/io

1. Conicnuio ncl VII dci Jiplomi pubbliciti da Garofalo, Tahnîanum nfgi^ ac impniatiT capeUx coihgiaLr Divi Petii sttcri et rf)*ii Paltttn Patiormi- iani, Pjnonm, ex regia typ. MDCCCXXXV. I/Amari. op. ctt , v III, p. 233, trovava il più anrico ricordo dei « Lnmhardi a in an 4tto di Ruggero s«nza data, mn, a »uo giudi^io, non posierioa* at ii)V

76 G. DE GREGORIO

di M. Amari, dclle emigrazioni vere e proprie, che seguirono i fatii rammcntati. A prescindcre da quelle anche più ainichc, che si fondano sopra tradizioni, corne ad esempio quella di Genovesi diretta a Caltagirone, noi abbiaino ricordi storîci sicuri di una vcra colonia partica dall' Alta Italia per la Sicilia. In uno strumento * datato da Brescia, Aprile 1237, Federico II a Oddone di Qimerana, che lo supplicava, a nome di « non- nulli homines de partibus Lombardiae », di avère assegnaia una terra in Sicilûi, concède « locum qui dicitur Scupellus, situm in eadem insola Slcilie, in vallc Mazarie etc. ». Ecco corne impallidisce, anzi svaniscc dcitutto la idea, che la origine dei paesi gallo-sîculi si pos&a solo connettere colla venuta di Adélaïde de! Monfcrrato. Ma vi ha un' altra considcrazionc di grave momenco : il cosidetio Monferrato dcl Medio Evo non coïncide con quello di oggi, ma con una zona centrale del Piemonte. L. Vigo stesso, che fu il primo a dare gran peso a quella venuta, lo riconosce. Un' ultimo particolare appogge- rebbe» benchè con qualche dubbio, la idea di successive colo- nizzazioni; ed è codesto, che nei ricordi più antichi dei paesi « lombardi » il nome di San Fratello non figuri, essendo stato aggiunto nel novero dallo storico Fazello.

Trattandosi di ricerche in cui noi non siamo molio vcrsati, abbiamo voluto consultare in proposito V egregio storico G. B. Siragusa, nostro coUega nelT Università di Palermo. Ebbenc : il suo giudizio è prccisamcntc conforme al nostro; egli trova esatti i nostri risultati, e crede anzi ben probabile, che oltre delle infiltrazioni ed emigrazioni storiche in Sicilia, parccchie alire ne siano avvenute, di cui non restano testimonianze.

Ritornando al terreno glottologico, noi abbiamo esaminato quelli, che potea credersi costituissero gli argomenti a favore del « monfcrrinismo »; e abbiamo consiatato che i fenomeni additati da Meyer-Lubke si devono ail' influenza del siciliano. Tali sono : i) mj in fi; 2) bj in ^; 3) pj in é; 4) bl in J> scam- biaio per cquivoco con ^; 5) d tra vocali in r. Riguardo quest'

I. Dapprim.1 pwbblicato daFaiclIo, CkrehasHculii^ dcc.î. L. X.poi ripubbli- Cflto da HuilUrd Bnïhollcs, Histor. dipL Frid. //, t. V, p. 128, e infinc, seconde altra Iciione, da R. Siarrabba, PrivUfgi etc. riptarâanti la terra Corleont, in Jrch. stor. sic. A Corleone infaiti passô la colonia da Scopello, che non k che una spîaggia.

SULL ORIGINE DEL SAKFRATELLANO 77

uldmo, e in îspccie riguardo il degradamcnio di d, da t, in r nel sanfrat., ci è scmbrata opportuna una spiegazione an;Joga a quclla dara pcr (^ da l inlziale, attenendoci al critcrio ctnico délia tmitazione csagcrata.

Per A ridotto, t\c\V eniilîano, ad a, Meyer-Lûbke avea osser- vato, che i nostri esctnpi scmbrassero rivelare un fenomeno circoscriito '. Eppurc B. Biondelli ^ lo crede uno dei carattcri spcciali, per cul 1* emiliano si discosti dal piemontese e dal lombarde; Gaudenzi ' afferma, che a tonica diventi nel bolo- gnese w, iranne solo in pochissimi casi di parole monosilla- biche tronche, in cui pure a non è T a itaÛana; B. Bianchi, conosciuto dallo stesso Meyer-Lubke, considcra â corne la tt caratlcristica sostaniiiale dei dialetli einiliani ». Dato pure che il fenomeno si ripeia nelle condizioni di a larino che chiuda sillaba ^ nel parassiioni e proparossîtoni, e di ^i innanzî /, qucstc condizioni sono cosi ample, abbracciano un numéro cosi strabocchevole di esempi ^ che non riescono a dïmostrare punto la ristrettezza dei fenomeno. Dal lato fisiologico ê poi risaputo, corne r tenda piuttosco ad ^llargare il suono vocalico précédente, che non a restringerlo. Finalmente, comunque si voglia> che il sanfratellano abbia gcncraliiizaro un pochino il fenomeno emiliano, resta sempre una supposizione plausibile.

Ncppure confutato da Meyer-Lubke c il 2" dei nostri argo- nienti (v. sopra), Egli solo aggiunge, che « das Infinitiv r bleibt..,. auch in vielen piemontcsischen Mundarten ». Dato pur ciô, ê innegabilc che il vcro tipo piemontese ù é, il mon- ferrino à, mentre V emiliano è «r.

Tralasciando il facile dileguo délie atone, che per noi stcssi

I. //. Gramm.y p. n. : : « sowcii ich die Bcispicle ûbersehe, auch die wenigcn von G. scibst gebrdchien, tritt dcr Wandel nur bci frcicm a und *i vor r, / -f Kons. ein. a

a. Op. cit.

). / suoni, U formt e U parole tJeir odierno JiuUtto dilîa città di Bologua^ Torino, Locscher, 18S9, p. xn e 1 seg.

4. Cosi spieghumo il « frcies a » di Meyer-Lûbke. /■ £:i/.,cp. 18: a Es tritt.. .f... ein fOr laicinischcs freics ii in P-iroxytonis und Proparoxyionis und fur a vor gedecktem r und /. u

j. Ke abbiamo oggiunio piCi di 50 œlla nostra op, cit. (Àrcb, stor, sic, i»97. p. 417-430).

78 G. DE GKKGORIO

non cosiiiuisce un fatro da sciogliere la quesrione, abbiatno quello di ai da e conico (4*, 5" dci nostri argom.), chc non si puô dire Ji poca importinza. Se c beii naturale che nelle zone che ainmctiono il dittongo, qua e Ih, sporadicamente, questo assuma la forma ai^ ncssuno potrà sosienerc che qucsta sia la forma noniialf del monfcrrino, o del piemoiuese. Essi hanno in gencrc il dittongo a, con il primo elemenio strettis- simo, per quaato noi abbiamo osservato. Molto largo suona invcce il dittongo emiliano, conie anche mostra la stessa grafia, //, adoperata in gcnere dagli scriitori vernacoli. Essa perô rivcla un mezzo di rcndcrc le voci meno difformi dalle italianc corrispondenti. Non maiica poi chi adoperi ai a dirittura. Cosi è chc Mcycr-Lùbke nelli Kom. Gramm. ' acccnna ncllo stcsso paragrafo ai riscontri di Bologna, di l'iorano, c di San Fratello, aggiiingcndo anche esempi picmontesi di ri.

Q>si au da p, pcr chi voglia contentarsi dcUc condi/Jonî attuali dci dialetti, scmbra un buon daio a favorc dclT ori- gine emiliana, e, in ispecie, dclla varia origine dei nostri ver- nacoli. Anche più rari sono qui i casi sporadici di altri dialetti, che otfrano il dittongo. Si iratta per6 scmpre di çuy non mai di à/t, che enormemente se ne alloniana; an/i si tratta in génère del semplicc suono p, quale è olTerto dal pedeniontano. Pia^za e Nicosia possono bene convcnire con questo, pcr taie riguardo. San Fratello se nedistaccadecisamente con i suoi àura^ curàuna^ ffirsâutta, vâti^, ottâuvr, vànr voio, amàur, culâur, Mnurâu^, ^àua giova, nâti^, noce, cràu'^, ddauv lupo, chc si accordano coi bologncsi àura^ vâu:^^ vàttây dutàur^ /anuius^ gâtilay panda (egli) pota, friit^', W«r, àuîm oimo, àurs orso, etc. Solo in parecchi casi di u in posiz. San Frat. ammelte il caratteristico jw, chc dipenderi da influenza siciliana. Chc questa connes- sione sia importante, ci scmbra bene lo riconosca Meyer-Lùbke *,

1. 1^ 97, vol. 1, p. 1 14-1I}. <]eir ed.fnnc. Ivi l^u^it^i ciuio anche iMint^tr (vinccre), che c CMtto. nd oiso che /^ rappresenti il nosiro^ (= i -\- s) dclb Fonttka ./« diah gaUo-it.^ J 10. Cfr. poi Dostrc Affimtà, de, p. 9, 10, ove per Fiorano Modcncsc abbuino ciiaio : Kuutàtnt, iàtvi^ aviUr, etc.

2. Hom. Gramm., J \to : « Cette diphtongue parili exister encore aujour- d'hui à partir de Parme, à Corregjîio et da»s le bolonais, cf. bo\ox\.four^ -tour^ tandis que plus au Nord on ne trouve qu'une monophionguc. Mais l'existence antérieure de ou dans cette région est attestée non seulement par le parallé*

SULL ORIGIKE DEL SAKFRATELLANO 79

quando ntua, che nel bolognese, e da Parma a Correggio, si abbia anche oggi il dittongo, non otîerto dalle aouc seicenirionali, c che solo poirebbe supporsi suUa base de! dialetio San Fra- lello.

Finalmente Meycr-Lubke, pur concedendoci che ce diventi tse ncir cmiliano, corne nel sanfratellano, mentre nel piemontese sia riflessd da se^ osserva, che quc.sto dovette svilupparsi da un tsc antcriore, che pote anche esistcrc in Pieniontc alT xi secolo '.

Per la flessione, ù soltanio la i" pers. pi. dcl près, -uorna, che addiii il piemontese. Per ct, Mcyer-Lùbke devc forsc aver sott* occhio le Osservaiioni etc. di Morosî, più che la nosira Foiutùa, ove a § 84 sono gli esempi « faty uotànta^ ddiet leito, ptc, tut tetto, aipiit, frit^ drit, nttot, cuot, frut. Ma 1' // balena ancora in mardait ». Qualche csenipio di é per ct, corne ddaéêua, a noi ci risuha; ma per rucrus abbiamo sempre înteso'r«ci//, corne è anche registrato da Vasi^, e non mai ruéà. A ogni modo, questo sarebbe un fenomeno specialmentc lom- bardo, sebbene sia anche inonferrino. Resta perô esattamente vero, che la risolu/ione normale del sanfr. oggi sia /; che distoglie dal piemontese. Per il nosiro assunto è poi molto significative il fatto, che tanto Piaz/a che Nicosia stacchino da San Fratello, offrcndo il riflesso piemontese, -i7.

Indichiamo ora per sommi capi le principali provc fonetiche di questo nostro assunto délia varictà dclla origine, che ci tro- viamo di avère svolto nello studio Snlla varia origine etc. 5 1) A in à nel sanfr., come nelP emiliano; di fronte ad a intatto del piazz. e nicos. ; 2) -are in cr nel sanfr.; in e stretto nel piaz2., come nel piemoni. ; in c, •eru nel nicos. ; 3) -ariu in er nel sanfr.; in er più stretto nel piazz.; in ieru nel nicos.; 4) f conico del lat. volg. in ai (dittongo), talvolta ridotto ad a, nel

lisme avec c, qui, il t:st vui. n'est pas parfaitement concluiini, mais par le développcmcni qu'on irouvc i S. Fraîcllo etc. » Cf. pure nostre Affinità^ tkc., p. Il, ove soao registratî dcgli e^cinpi di au per Florano, e Arch. slor, 4ie,^ 1897, p. 430452-

1, //, Grairtm., l. c : a dis im 11. Jahrh. auch in Piémont noch bcs- undeo haben kann. »

2. Ikllt originiy etc., di San Fr., p. 72. 5. Arch. stor, sic,, ]897, p. 416-3 j.

80 G. DE CREGORIO

sanfr. e nell' emiliano; in c nel pûizz., nicos. e piemont. ; 5) ô ton. del lat. volg. in au (ditt.) e anche a ncl sanfr. cd emil.; in p, cîoè 0 molto chiuso, nel piazz., nicos. e piemont.; 6) u ton. nel sanfr., piazz., nicos. intatto, come nel bologncse e aliri vernacoli cmiliani; nel piemont. cangiato in m, v; 7) ô ton. nel sanfr., piû spesso in uo, davanti nasale etc. in a, come nel bologn., che cangia talvolta 0, proveniente da un più antico uo^ in a. Il piazz. col suo ç pare si connetta col pie- mont, (ï, cu\ il nicos. mostra il riflesso sicil,; 8) CT di norma in / nel sanfr., come nell' emil.; in -// nel piazz. nicos. e piemont. ; 9) <!:, à iniz. nel sanfr. in ^ (/ + i) o i^ come nel bologn.; nel piazz. in c,g^ raram. ^; nel piemont, in Çy s.

Le condizloni odiernc mostrerebbero dunqiie : a) che i nostri dialctli, pur prcscntando i carattcri dclla famiglia gallo-italica, non si connettano con una varietà unica di questa famiglia; b) che nessuno di essi rispecchi il monferrino artuale; c) che spc- ciali attinenze ci si palesino tra il sanfratcllano e V emiliano (délia zona Modcna-Bologna), da un lato, e tra il piazzese e il piemontese. dall* altro; meno sicura restando la connessione tra quest' ultimo e il nicosiano. Questi i fatti; ma le conseguenze che se ne potrebbero crarre non sono ugualmente sicure, mas- sime pel 5" punto. Da un lato si poirebbe pcnsare che le genti venute a San Fraiello constassero principalmente di cmiliani, ma anche, in piccola proporzione, di picmontesi e lombardi. D'ahrolato, che codcste genti provenisscro da un luogodel cer- rcno gallo-iialico in cui verso il xii secolo (che è V epoca média délie varie cmigrazioni) si parlissc un dialetio uguale al sanfratellano con carattcri un po* varî. Ma, pcr T epoca cosl antica come quella a cui si riferiscono le emigrazioni in discorso, sembra più cauio non parlare di varietà, ma piuttosto di lingua gallo-icalica comunc. Poi, Meyer-Liibke non ci ha negato che î iâtti da noi rilevati sieno emiliani; solo ha affermato che esst non sono solianto cmiliani ( « nicht ausschliesslich EmiUa- nîsch »). Insomma, i fatti che, presi come sono, acccnncreb- bero a una manifesta fratellanza tra sanfratellano ed emiliano, pare abbiano délie radicî anche in altri tcrriiori; di cui qualche germoglio, ancor vivo, si lasci qua e rintraccbre sporadica- mente, qualche altro, gii dissccciio, o trasformato, possa essere rcintegrato mcrctf la induzioue. Inoltrc à bcn prcsumibilc che le diâereiue tn' parlari gallo-italici fosscro minime al principio,

SULL' ORIGINE DEL SANFRATHLLANO ÏÎÏ

e si accrcscesscro în seguîto, colT aiitônomia politica acquistata dalle varie rcgioni; in altri termini, che qui si vcda ripetuto iu piccolo, il fatto giii constatato ' nella storia più antica délie lingue neo-latinc. Messe le cose sotto questo punto di visia, non solo le nostre prime idée délie aniichc f.isi rispecchinte dal sanfratcllano, ma i resultaii del confronto coi dialclti odierni, e le osscrvazioni dci nostri dotti colleghi, clic accct- tiamo di buon grado, non si escludono a vicenda, ma trovano modo di conciliarsi. Per certi fenomeni il sanfratcllano rifletterebbc le fasi più antiche gallo-italiche, e costicuircbbe an/.i come il rappresentante di esse. Cosi per es., dal fatto chc au {on) da de! lar. volg. esïste tuttora, oltrc clic a Fiorano e vari altri luoghi di Erailia, anche a San Fratdlo, se ne potrebbe indurre, che esistesse nella lingua comune gallica verso il xii secolo, mentre è nell' ordinc logico e naturalc, che certe fasi antiche, non più rispecchiate da alcune lingue, possano essere fedeîmente conservate da altre. Solo si deve ammeitere che per ccrii punti anche V cmiliano sia più fcdelc conservaiore délie antiche fasi chc non per es. il piemontcse.

Da qui viene, che i tentativi di conneitere tutta la fonetica del sanfrat. con quella di altro diaictto (fat:* astrazione dai fenomeni, pur troppo numerosl, che dipcndono dal siciliano), debbono in qualche punto fallire. Ma non pcrciô restanoinuiili. Anzi, per chi guardi acuramente, acquistano una importanza bcn maggiore di quella che avrcbbero, se dovessLTO solo ser- virc alla spiegazione del sanfratcllano. In ogni modo la nostra lesi délia varietà di origine del sanfr. di fronce al piazz. etc., la quaîe è dimostrata tanio dalla storia che dalla linguistica, non resta per nulla indcbolita da codesta ammlssibile congectura.

* *

G giunge ora cortesemente dal Direttore dell* .^nh. glolt. it. un foglietio a stanipa, che contiene un articolo di Carlo Salvioni, intitolato « Deî posto da assegnarsî al sanfratclbno nel sistema dei dialetti gallo-italici », che prende « pretesio n dal nostro uhimo opuscolo « Sulla varia origine etc. ». Siccome

t. V. Meyer-Lûbke, Gramm. Jes t. rom.j ï, J j. .•, xxriii.

82 G. DE GRËGORIO

r articolo uscirà subito ', non commettiamo una indiscrexione neir informare i leitori délia Ronuinia del suo contcnuro.

Pria di ognî altro siamo licti constatare chc Y egrcgio autore, nei punti principal! da noi sostcnutl, ci dia implicita- mente ragione, benchè H lasci, e non sappiamo bcnc pcr quale causa, nella pcnombra. Questi punti crano : ï" la varieti délie colunizzazioni gallo-italiciie in Sicilia; 2" la impossibilité di connettere qualcuno dci nostri dialctti, c in ispccic il san- fratcllano, col monfcrrino. Anche è di accordo con noi piena- nientd in alcuni punti secondari, corne nel ritenere che n per Mj, e r per dd, non sieno caraneri monferrini, ma invecc influence sicîliane; etc.

L' unico diverso^ apprezzamento dcl Salv. riguarda la deter- minazione délia precis;i patria del sanfratellano, che, seconde lui, sarebbc costiluita dalle Alpi e preaipi novaresi, inclusa anche la Valmaggia, nel Canton Ticino. Sebbene colle nostre nuove piû perspicaci vedutc, qui manifestate, passi in seconda linea, o almeno diventi d* importanza relativa, la indaginc délia précisa patria, è nostro dovere di esaminare coscenziosa- mcnte le prove addotte. Infatti le nostre verità hanno semprc un valore relativo aile conoscenze; e la scoverta di un dia- letto che rispecchi a capello il sanfratellano potrebbe ancorn farci canibiare di opinione. Cosi non imputeremmo a colpa de! nostro cgregio collega, se egli, dopo aver sostcnuto Taflinitii col pieniontcse in génère, ora si trovasse indoito a salire su su sino in Isvizzera. D' altro lato poi risjicttianio la idea di assu- mcre comc solo criterio a quei fatti chc risultino propriamcnte carattcrisiici e nel sanfratellano e nella parlata gallo-italica colla quale il sanfrai. sia confrontato ». Ma osserviamo, che pur- troppo una vera graminatica comparativa gallo-italica non esiste; sicchè un rigore massimo non si puô prettndere nellc nostre indngini. Inoltre, a volersi attenere solo al criterio sopra riterito, si corrc rischio di dare alla coincidenza pcr qualche fenomeno sporadico una imponanza maggiore, chc non alla discrepanza pcr un numéro grandissimo di altri, comuni a tuita una regione.

1. Kcir Arch. ghtt, it., vol. XIV, p. 437 »cgg. 11 foglictto favoritoci gitingc â p. 448, che quasi chiude V onîcolu. Si du colla sigla > art. ».

2. U. dici;inio « Utvcrso •*, rifcrcnilocî naturalmcntc ail* opuscolo SnlLt varia (V^^, pubbl. in Auh. tior. tic.

OKIGIVE DEL SANFRATELLANO 83

Esaminiamo ora i fatti, faccndo capo ai fonti siessi, a cui si riferisce 1' art. Qucsti fontl sono : i) i ricchï e sisteniatici spogli fonetici siii ilialetti a settentrlonc del l-igo Mnggiore ' dellû stesso autore dell* art,; 2°) una raccoka di saggi dialettali uovaresi di Antonio Rusconi^

Dei 135 fatti linguistici, conslderati in altreitanti paragrafi ncUa prima parte dei Saggi (192-234), sono pochissiml quelli chc diano nppiglio a qualche incerto riscontro col sanfrntcllano. Questi fatii non appartengonoa tutta la regione novarese, main parte a uno, in parte a un altro vernacoloi skchè vicne il so^pctio, non infondato, che si tratti di mère coïncidence for- tuite. Cosi per es. « solo a Gerra s' ha -r* indistintamente per r -Il deir infinito » (Saggi, 196), sebbeneora (art., 446) vi si aggiungano altri nomi, e pcro non concesso, chc questo possa dir qualche cosa di fronic al sanir. -rr. Di E rifiesso per ci nci Saggi (198) si citavano in nota due soli casî, aVrj, rico- nosciuto non legiltimo, e primavéira, di Pecia. Pcko meno ristrctto e sporadico divcnta qucsto fcitto, se ora (art. 446, 447) vi si aggiunge -fi da -kre, in « quella parte délia Leventina che mette nelT Ossola », o qualche caso di (•, che si dice acccnni ad r/, in altre parti del Ficino, o anche qualche esenipio di oi di Ceppomorelli; non perô concesso, che alcuno di questi casi M il sanfr. ai. li ton. in posiz., riflesso per o a Ceppo- morelli, corne nel sanfr., è un fenomeno che f non si sottrae al sospetto d' essere récente » (an., 447); e diversi sono t casi di o per I: ton. fuori posiz. e nella formola é -\- nas. -|- cons. (ib. not. i), chc présenta la Valle Antrona. ê ion. in ie ' ncir Onsernone (Saggi 199) dice poco, di fronte al « dittongo

t . Sa^i iniwHO ai Jialetii di alcunt vallaU alï' estremilà stttcntrionaU dd Làigo Magj^iort, in Anh. gl, i'(., IX, pp. 1S8-360. Si cita per « Saggi ».

3. l pat tari àel no\wf\e f ddh Lmiullttia^ Novjra, Tip. Rusconi (ta dcdica porij U data di (( maggio 1878 n). Si ciu per w Husc. m.

}. Kcir art., p. 447, ^i dice : n U de G. lu dimenticatu questo indizio, o jlmCDO non s' è aweduto che Ta. bol. conoiccva il ditiongo iV. » î\ dir vero DOi credcmmo, conic credianio tuttoru, riscoDirarvi nientc^ltro che l' influença di quclla zona sictliana, chc présenta il dittongamento, il quale « invade la parte orientale dell' isol.i e U costa settenirionalc ». V. nostro Saggio di Bûiu~ irai ticiliariay Palermo, C. Clauseo, 1890, p. 15 c da pag. i.) ^ )).

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monoiionghizzato in i », che o s' ha in pressochè tutta la zona " (Saggi, 197).

Altri Éitti poi restano puco concludenti per una ragionc opposta a quella ora documentata, cioè pcr appartcnere a tutlo il sistcma gall.-it., oa vari suoi rami. Cosi c delT « abondante espunzione di vocali atone » (art., p. 447); e, dall' altro lato, délia elisionc di « neî suff. pliir. -ani, -^ni, etc. (art., p. 448), che è coniune per es. al berganiasco e a molti altri dialetti settcntrionali *, non che délia palatallzzazione di sj in i, che nell' art. stcsso (p. 448, n.3) si riconoscc appartcnere anche al gcnovese, etc.

FinaiiTientc, darebbcro un incerto appiglio, alla connessione coi dialetti a scttcntrionc dcl Lago Maggiore, dci faiti, che nel sanfratellano dipendono dalla influen/a sicitiana. Talî sono, oitre quello, notato sopra, del dittongo à da h, la riduzione in / di o gutturale (art., p. 448), c quella di s 4- cons. in s (art., p. 448). Il primo anche a noi avea dato V illusione di carac- tère piemontese^. Quando perô siudiammo la fonetica délie varie zone siciliane, dovcnmio constatare che « in tutta la zona dialectale messinese, ma priiicipahiiente a Messina, Spadafora, Rometta, Bauso, Milazzo, Barcellona, Paai, Naso, g iniziale innan/i a dégrada in / « >. Anche a S" Agata di Militello, e a occidente, il fenomeno è comune; e siamo proprio nella zona di S. Fratelio. Per il seconde fatto, V art. (p. 448) osserva, che avvienc soltanto nel gruppo si a Novara, mcntrc poi « è anche siciliane » *. Dalla nota y di p. 446 (art.) si dediice.

t. Meycr-Lûblît:, //. Gnimm.^ l 351. aggiunge anche che u aicht nur -uni /u -ai, -«' wird, M:)ndcrn aucli -«w; rri l'Iur. lU rafia^ tnset zu iom. i>

2. Qticsto c U 70 dclla prima scnc dci nostri argomcnii, qui 2 principio acccnnaii.

3. Sugç. di (onetica sicU., J 8a.

4. L' an. soggiunge : n ma, secondo lo Schnc^ans, LattU unJ latit ftttu'iki. d. sicil. Jiai.t p. 118, dipcodc da spcciali condinoni, che non val- gono pcl sanfratellano. o Invece ^iamo sctnprc ncllo sic&so ca&(>i cioè di s inrunxi cônïonantc sorda o sonora. Dai nonri .-tppuuti di J<moîogia sicU., Palcrmo. 1886, p. 2), Schncq;. apprese qucsto fenomeno; tanio vcro che ciU, p, 118, due voile, c che prcndc di peso tutti i no^iri csempï. S^hanlo, Schnceg. ha Ictlo mule U nonro ^harra^hiari (p. 250, rigo 21), che scrivc {btranwhian (I), avvertendo « cCr. de Greg., Tr. hat es DÏchi '>. (V. anchr

SULL' ORlCrNE DÊL SAKI-RATELLANO 8)

che anche il fcnomeno successive, chc sarcbbe il lo", abbia riscontro nel genovese.

Ed ecco esaminati tutti i punti, che a dir vcro neppure per r art. hanno valorc di provc, m.i soltanto d' « indizj ». Prima di passare aile cosi dette u prove », è opportuno di dare uiu occhiata ai Saggi, che nclla 2* pane (p. 235-248) descrivono sistcmaticamente i fenomcni che costituiscono " la più spicciua caratteristica di questi dialetti, presi in comunc », cioê « r influenza dell' -/ sulla tonîca », che a si manifesta... con una larghezza e una costanza, che non hanno esempio altrovc « (Saggi, p. 190). Ci spîace non potere nportare questi fenomeni, roolto intercssanti, che sono distribuiti in 14 paragrafi. Solo recheremo qualche esempio preso a caso, notando subito, che nessuno, proprio nessuno, dia V agio a un benchc lontano raffronto col sanfraiclLmo. Es. iaras pi. leras, câric pi, chérie etc. (p. 236); f'Ornàs fûmes, val îW etc. (237); tw// 2' pers. vdu ntandàva mamini etc. (p. 238); ^>ari io sparo ^kri, impari impcri^ îava lcvi\ tantn tintiy quanta qutnti cic. (p. 239); 2' pers. sitig e pi. indic. imperf. mandava mandivu^ catUava cantiu, vtisava vusiva^ poriava portiva etc. (p. 240); i^fidrvi vandivi, evi aveva ivi, seri siri etc. (p. 241); nella decUnaz. fiégrti nigri, Vfdru^ vidri, lingér Ungir etc. (p. 242), e via c via, senipre di questo passo, per un terrcno che si sente mancarc, e awalLirc in baratri scnza fondo, coi fianchi a picco, senza neppure qualche

Traîna, alU voce sharriuhiari.) Quanto alla vocale i. che Sclin. antcporrcbbe. dipcnderâ ccrto da qualche particolarc vUio di pronunzia. Ma iicssuDO megUo dcl no&tro collcga conoscc il nome di chi n girô qua5i lutta la Sicilia per iscopo linguisiico »(.'trch. ghlt. it., v. XIII, p. 468). A propos ito di feno- meni sicitiani, non possiamo fare a mono di rettificare,